Cannabis : « légaliser intelligemment pour fumer moins et mieux »

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

19 janvier 2016

Tout d’abord, il y a le mode majoritaire de consommation du cannabis en France sous forme de joint mélangeant résine - essentiellement en provenance du Maroc - et tabac, ce qui induit une exposition non seulement au THC mais aussi à la nicotine du fait du tabac et entretient la dépendance à celui-ci.

« Tous les pneumologues savent que la prise d’un joint le weekend est une source majeure de reprise tabagique car l’addiction à la nicotine chez les anciens fumeurs est bien plus forte que l’addiction au THC du cannabis. Il leur incombe donc de prévenir les rechutes au tabac des personnes sevrées de leurs cigarettes. Fumer des joints de cannabis, même épisodiquement, condamne trop souvent à reprendre de la nicotine avec les effets pervers de dépendance qui y sont liés. »

Herbe ou nicotine ? Conseils pour faire moins pire…
Pour éviter la dépendance nicotinique, notamment chez tout ancien fumeur dépendant au tabac,le médecin peut, à la place, conseiller soit d’utiliser des plantes à fumer– très peu utilisées en France maisqui peuvent être achetées en 2 clics sur internet – ou bien de ne consommer que des feuilles de cannabis (de l’herbe)…en insistant bien entendu sur le fait que l’arrêt de toute consommation est le bon objectif et que cet objectif de réduction du risque n’est qu’un pis-aller.

Le deuxième objectif est de supprimer la fumée. Toujours dans le cadre de la réduction des risques, le médecin peut recommander des systèmes de vaporisation (sans fumée), soit avec de gros vaporisateurs de type Vulcano®, soit avec de petits vaporisateurs portables ressemblant à des e-cigarettes. « Mais au jour d’aujourd’hui, je ne recommande absolument pas de prendre des e-cigarettes au cannabis, précise le Pr Dautzenberg. En Amérique où le cannabis est légalisé dans de plus en plus d’Etats, ce sont surtout les feuilles de cannabis qui sont utilisées (marijuana), et désormais largement remplacées par la vaporisation de formes liquides de cannabis devenue la forme majoritaire d’utilisation du produit. »

Dépénaliser et encadrer intelligemment

Aux Etats-Unis toujours, « la légalisation, quand elle est faite intelligemment, a participé à augmenter l’ordre social, et non à favoriser le désordre social, avec moins de criminalité et une absence de hausse de la consommation » indique le pneumologue.

Aux Etats-Unis, la légalisation, quand elle est faite intelligemment, a participé à augmenter l’ordre social.

Dans les pays développés, il est frappant d’observer que plus la législation est répressive, plus la consommation est importante. En 2014 La France est numéro 1 en Europe avec la Tchéquie avec 46% d’expérimentations et 26% d’utilisations dans l’année (source : Eurobaromètre 2014).

« Je reste persuadé que si l’on sort de la Loi Evin de 1970, totalement prohibitrice pour le cannabis, et si l’on met une règle stricte, alors on va diminuer la consommation de cannabis et on va supprimer les formes les plus dangereuses. On pourra aussi faire de la prévention en milieu professionnel ou scolaire, ce qui est très difficile aujourd’hui. »

Cette dépénalisation encadrée est d’ailleurs en accord avec le souhait des jeunes français. Interrogés dans l’Eurobaromètre cité précédemment, presque aucun ne veut une absence de règle (< 3%), seule une petite minorité des jeunes soutient le maintien du bannissement du cannabis (14%), en revanche, l’immense majorité demande une réglementation du produit (83%), comme cela existe pour le médicament, pour le tabac… Dépénaliser et sortie de la loi ne veut pas dire qu’il n’y a pas de règle, c’est au contraire se mettre dans un circuit bien encadré » considère le Pr Dautzenberg, qui partant d’une position toute personnelle, espère étendre le débat à l’ensemble de la communauté pneumologique lors du prochain congrès qui se tiendra à Lille du 29 au 31 janvier 2016.

Cannabis de synthèse : fortement déconseillé
La commercialisation sur internet, de quelques 130 cannabinoïdes de synthèse avec, pour certains d’entre eux des effets psychotiques puissants, pose problème. Si certains sont interdits, d’autres passent à travers les mailles du filet. Ils se présentent le plus souvent en sachets de plantes à brûler imbibées de cannabinoïdes et se consomment sous forme de joints, exposant à la fumée.

« En l’état actuel des connaissances, on ne peut que déconseiller ces produits ; même s’il est possible que, dans le futur, certains apparaissent comme une réduction du risque par rapport à la résine de cannabis fumée dans des joints avec du tabac » a indiqué le Pr Dautzenberg.

REFERENCE :

  1. Conférence de presse de présentation du Congrès de pneumologie de langue française 2016. 14/01/2016.

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