Mélioïdose : une maladie émergente à nos portes ?

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

13 janvier 2016

Bangkok, Thaïlande -- On en parle depuis les années 1990 [1] : la mélioïdose devait être l’une des maladies émergente de la fin du 20ème siècle. Cette maladie endémique en Asie du Sud Est et dans le nord de l’Australie, qui a eu les honneurs du NEJM en 2012 [2], serait désormais une véritable menace – qui aurait pu tuer 89 000 personnes en 2015, selon un travail [3] de modélisation à partir des cas décrits entre 1910 et 2014.

Cette étude est publiée par une équipe thaï de l’Hôpital Nahidol (Bangkok) en association avec le Wellcome Trust. Si ces chiffres sont vrais, cette infection à bacille gram négatif saprophyte de l’environnement tuerait autant que la rougeole (95 600 décès par an) et bien plus que la dengue (9 000 à 12 500 décès annuels), deux pathologies considérées pourtant comme prioritaires par les autorités sanitaires locales en mondiales.

Un saprophyte de l’environnement
Burkholderia pseudomallei est une bactérie gram négatif saprophyte de l’environnement (en particulier des sols humides comme ceux des rizières), à grande capacité de survie (jusqu’à 6 ans). Ce pathogène intracellulaire facultatif est très virulent et il possède une antibiorésistance naturelle aux pénicillines, céphalosporines de première et deuxième génération, aux aminosides, à la rifampicine. Le CDC le considère comme un agent potentiel de bioterrorisme.

La contamination se fait par inhalation ou inoculation percutanée. Un risque particulier est retrouvé chez les agriculteurs des rizières.
Signes cliniques et traitement
Cliniquement, cette infection se présente sous un tableau polymorphe cutané, pneumoplogique ou général : asymptomatique, localisée, subaiguë, chronique, aiguë avec des formes invasives et un sepsis grave… Le diagnostic est assez souvent retardé en raison de la faible diffusion des tests diagnostiques (détection d’antigènes, d’anticorps ou PCR).

Les formes les plus sévères sont signalées chez des patients à risque : diabète, alcoolisme, insuffisance rénale, thalassémie.

Le traitement est fondé sur une antibiothérapie bactéride intra et extra cellulaire précoce et prolongée (jusqu’à 20 semaines). Les formes invasives doivent être traitées pendant 10 à 14 jours par de la ceftazidime ou de l’imipénème. Le traitement d’entretien de 12 à 20 semaines peut reposer sur la doxyclycline, le cotrimoxazole, ou l’association amoxicilline-acide clavulanique.

Des cas en Europe et en Amérique

Sur quelles données s’est fondée l’équipe du Dr Direk Limmathurotsakul ? Avant tout sur le site ProMED, un site participatif d’infectiologie qui existe depuis 1994 et au sein duquel les 70 000 soignants inscrits peuvent déclaré tout émergence infectieuse. Début aout 2015, une publication [4] reprenait tous les cas de mélioïdose déclarés entre 1995 et 2014 sur le site ProMED : un total de 4 630 cas avaient été signalés dont 505 mortels (taux de décès 11 %).

Les auteurs insistaient sur l’existence de cas dans des pays où la bactérie sévit de façon endémique (Australie, Thaïlande, Singapour, Vietnam, Malaisie), mais aussi dans des régions plus éloignées du bassin endémique : Taiwan, Grande-Bretagne, Inde, Brésil, Finlande, Belgique, Espagne, Etats-Unis, Israël… Ils signalaient des cas groupés dans certains pays – en particulier en Amérique du Sud, à Madagascar ou à l’Ile Maurice – dont le taux de létalité avait été particulièrement important par méconnaissance de cette affection.

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