Fin de vie : Faut-il prescrire du vin rouge ? Et si oui, comment ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

12 janvier 2016

Le projet a été initié à l’attention des patients et de leur famille « pour les aider à se relaxer et à parler librement » et avec « l’intention de restaurer l’envie, le goût, le désir et même le plaisir » [3]. « Il est temps de repenser le soin des patients, de tenir compte des sentiments et des émotions qui font l’être humain » précise-t-elle encore. L’initiative du CHU de Clermont s’appuie pour une grande part sur les travaux de Catherine le Grand-Sébille, socio-anthropologue, qui a mené tout un travail d’enquêtepour mieux comprendre les expériences sensorielles et gustatives des personnes en fin de vie [4].

Le vin est servi suivant un protocole institutionnalisé et un programme d’évaluation aide le personnel à identifier la façon dont le vin augmente le bien-être.

Bar à vin : pas du goût de l’ANPAA
Prôner l’épicurisme à l’aube de la mort quand les plaisirs se font rares revient-il à faire allégeance au lobby des alcooliers ou à inciter les patients à la débauche ? Certaines associations n’ont pas manqué de s’en inquiéter.
« Il est regrettable que sous couvert de bonnes intentions l'hôpital de Clermont Ferrand porte un message collatéralement dommageable pour la santé publique. On peut y voir la réhabilitation du concept dangereux du "Vin médecin" » peut-on lire dans le communiqué de l’association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) [5]. « L'hôpital a déjà prévu de faire appel aux dons pour alimenter sa cave. Nul doute dans ce cas que les producteurs seront nombreux pour le soutenir » ajoute-t-elle, allant jusqu’à suggérer que « le lobby de l'alcool [soit] si fort que la voix de la prévention s'arrête même aux portes des hôpitaux ».

La première gorgée de bière

Pour revenir aux Etats-Unis, le Dr John La Puma insiste sur le fait que le bien-être n’est pas assez pris en compte en médecine. Pour certains, comme Atul Gawande , professeur de médecine et rédacteur pour le New Yorker, cela devrait être son premier objectif. Dans son dernier ouvrage, Nous sommes tous mortels, ce chirurgien américain réputé, décrit la pratique médicale aussi, qui a tendance à multiplier les soins et les traitements coûte que coûte, même quand l’espoir n’est plus permis et pose une question fondamentale : au crépuscule d’une vie, comment continuer à mener une existence aussi riche que possible, c’est-à-dire pleine de sens, de satisfactions et de plaisirs [6] ?

Au point que les témoignages de médecins qui ont fourni du vin, de la bière ou des spiritueux à leurs patients sont considérés comme bienfaisants voire héroïques. A l’image de ce sympathique et émouvant récit dans du Dr Daniela J. Lamas, qui bravant les interdits, a fait entrer à l’hôpital une pinte de Guinness, qu’elle a partagé avec son patient en fin de vie. Elle explique que si elle n’a pas sauvé la vie de son patient, elle a rendu possible un moment très apprécié de complicité collective au sein de l’établissement, lui rappelant à elle aussi, sa première gorgée de bière [7].

Pour Le Dr La Puma, centres hospitaliers et maisons de retraite sont de bons candidats pour prescrire du vin à la demande, au titre de soins de confort, et bien sûr aussi une nourriture gouteuse. « De telles prescriptions ou programmes, écrit-il, font honneur à l’humanité que la médecine se doit d’offrir, de la façon la plus compatissante possible. » Prescrire du vin suppose néanmoins d’en connaitre la dose, ni trop, ni trop peu. Le médecin californien y va de ses conseils : à savoir, alterner eau et l’alcool, une gorgée de l’un puis de l’autre tout au long du repas, pour permettre au verre de vin de durer tout au diluant la quantité d’alcool. Boire à distance du coucher (au moins 2 heures avant) pour ne pas interférer avec le sommeil profond. Enfin, « les médecins devraient conseiller aux patients de boire le vin qu’ils aiment, quels que soient la qualité, le cépage, ou le terroir. S’ils ne sont pas sûrs de ce qu’ils aiment, il est possible de faire tester des vins ou d’acheter de petites production locales» conclut le médecin épicurien avant de livrer sa prescription.

La prescription-type du Dr La Puma
Vin rouge au choix
Boire un verre de 150 ml doucement, le soir, plus de 2 heures avant le coucher, de préférence accompagné de nourriture et à l’heure du repas, avec au moins 300 ml d’eau, chaque soir suivant la demande.
Ne pas dépasser ou combiner avec d’autres boissons alcoolisées. Possibilité de renouveler 1 fois.

 

 

REFERENCES :

  1. A Puma J. Prescribing Red Wine: An Rx for the End of Life . Medscape, 30 décembre 2015.

  2. « Un bar à vin » pour cultiver les saveurs jusqu’à la fin de sa vie . Réseau CHU, 30 juillet 2014.

  3. French hospital opens wine bar for patients , The Local, 31/07/2014

  4. Le Grand-Sébille C. Fins de vie : Plaisirs des vins et des nourritures . Espace éthique, 30 septembre 2014.

  5. Soins palliatifs et bar à vins - Position du bureau national de l'A.N.P.A.A . du 9 septembre 2014

  6. Gawande A. Nous sommes tous mortels, Ed. Fayard, 2015, 400 p, 22 €

  7. Lamas DJ. Smuggling a Beer for My Hospital Patient, The New York Times. May 28, 2015.

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