Réponse au suicide du Pr Mégnien : le plan de prévention de l’AP-HP est-il réaliste ?

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

6 janvier 2016

Paris, France — A évènement exceptionnel, réponse exceptionnelle : le directoire de l’AP-HP qui s’est réuni en urgence le 4 janvier 2016 a adopté « un plan d’action visant d’une part à prévenir et d’autre part à traiter plus efficacement et plus rapidement… les situations de conflits interpersonnels… qui s’enveniment à l’hôpital et nuisent durablement à la qualité des soins et à la qualité de vie au travail ».

Cet organe de concertation présidé par le Directeur Général, Martin Hirsch, est constitué de médecins (Prs Loïc Capron, président de la CME, Jean-Noël Garabédian, Ariane Mallat, Jean-Luc Dubois Randé, Bertrand Fontaine), de représentants des soignants et de l’administration.

Des mesures destinées au PU-PH et chefs de service

Il semblerait que le suicide sur son lieu de travail du Pr Mégnien donne lieu à une remise en question des dysfonctionnements qui peuvent exister à l’AP-HP, ce qui n’avait pas été le cas en 2007 quand le Dr Valéria Bors avait mis fin à ses jours au sein de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Le directoire souligne que ce n’est pas la première fois que l’on entend parler de problèmes au sein de l’HEGP, mais qu’ « aucune conclusion hâtive ou accusation individuelle ne peuvent être considérées comme légitimes ».

L’ensemble des mesures semble plus particulièrement proposé pour les praticiens hospitaliers professeurs d’université (PU-PH) et non pour les praticiens hospitaliers (PH) qui pourtant sont bien plus nombreux au sein du personnel.

7 mesures de prévention

Le plan détaille les 7 mesures de prévention préconisées.

  • « Prendre en compte les compétences managériales avant d’investir les praticiens de responsabilités ». Le directoire reconnaît que « les médecins qui ont des compétences médicales et scientifiques incontestées mais peu d’aptitudes managériales doivent avoir une reconnaissance autre ». Mais qui va évaluer les compétences managériales ? Et quelle pourra être la reconnaissance « autre » puisque les salaires de praticiens hospitaliers diffèrent nettement de ceux des praticiens hospitaliers professeurs d’universités (PU-PH) ?

  • « Mieux définir les responsabilités managériales avec des entretiens d’évaluation des praticiens et des procédures d’évaluation de la dimension managériale ». Une fois de plus, qui sera chargé de ces procédures ? Des administratifs ? Si c’est le cas, le pouvoir des directeurs d’hôpitaux et de l’ARS pourrait encore être plus prégnant.

  • « Entourer les procédures de nomination de chef de service de garanties d’objectivités ». Dans un milieu où l’on parle de lobby religieux, francs maçons, d’orientation sexuelle… qui pourraient influer sur les nominations, cette mesure semble nécessaire.

  • « Rétablir une durée limitée au mandat de chef de service… en tenant compte de l’appréciation de l’équipe médicale et paramédicale sur le management ». Une révolution proposée par les membres du directoire qui sont en majorité en fin de carrière. Cela va-t-il faire fuir les plus jeunes ?

  • « Renforcer la médecine du travail… mieux protéger les médecins du burnout ». Dans un contexte de non renouvellement des médecins du travail, en raison du faible nombre de praticiens formés depuis la réforme de 1984 de l’accès à cette spécialité, cette mesure pourrait être difficile à mettre en place.

  • « Repenser la fonction de ressources humaines pour les médecins ». Il faut dire que cette catégorie de personnel a été traitée de façon particulière par les services de ressources humaines depuis toujours : horaires de travail (non respectueux des lois), non prise en compte de la pénibilité, contrats parfois éloignés du droit social…

  • « Mettre en place des outils de suivi … pour mesurer la fréquence et la nature des situation à problème ».

6 mesures de détection et de traitement

Le plan propose aussi la mise en place de 6 mesures de détection et de traitements des situations conflictuelles :

  • « Mettre en place un dispositif d’identification des situation à risque… et favoriser les déclarations selon des procédures protectrices pour les personnes ». Le directoire aurait-il pris conscience de l’omerta qui règne parmi les médecins, de peur de mesures de rétorsion ?

  • « Se doter d’un vivier de personnes susceptibles d’intervenir ». Encore faut-il qu’elles ne soient pas liées de trop près à l’AP-HP, comme c’est le cas des trois membres de la commission chargés de l’enquête sur les conflits au sein de l’HEGP.

  • « Pouvoir déclencher des interventions précocement et plus systématiquement ».

  • « En l’absence de médiation locale prévoir une médiation externe ».

  • « Garantir que les interventions soient suivies de décisions…identifier les obstacles (statutaires, juridiques, organisationnels) ».

  • « Se doter de chartes permettant de partager les règles du mieux travailler ensemble ».

 

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