Le suicide du Pr Megnien interroge sur les pratiques managériales à l’AP-HP

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

29 décembre 2015

Enfin, dans un entretien à l’Agence de Presse Médicale (APM), il minimise le harcèlement moral institutionnel. « C’est une histoire extrêmement complexe, mais c’est avant tout une affaire médicale. S’il y a eu un harcèlement c’est un harcèlement médical, et non administratif. Je refus que l’on dise que personne n’a rien fait pour notre collègue ou que c’est une faute de l’administration ».

Quant au Pr Granger, pourquoi est-il monté au créneau ?

Ce n’est pas la première fois que ce psychiatre, membre du CHSCT de l’AP-HP interpelle ses pairs et rend public le malaise de certains médecins. Déjà en 2014, il était intervenu lorsque l’activité de cinq chirurgiens avaient été mise en cause par Anne Costa, directrice de l’HEGP.

C’est un phénomène habituel que les personnes maltraitantes soient soutenues par leur hiérarchie et que les maltraitées soient renvoyés à leur solitude et à leur désarroi -- Pr Bernard Granger

Pour le Pr Granger cette fois encore « plutôt de que se situer au-dessus des luttes claniques, la directrice a pris ouvertement parti ». Le psychiatre précise aussi que « c’est un phénomène habituel que les personnes maltraitantes soient soutenues par leur hiérarchie et que les maltraitées soient renvoyés à leur solitude et à leur désarroi ».

Vexations, difficultés à trouver sa place

Le dramatique événement aura été l’occasion pour les médecins de l’AP-HP de libérer leur parole, anonymement toutefois.

Plusieurs parlent de la difficulté à se faire une place en ces temps de fermeture et de fusions d’hôpitaux – comme c’était le cas pour le Pr Mégnien qui a débuté sa carrière à l’hôpital Broussais, avant d’être relocalisé à l’HEGP. Sont mis en cause les regroupements en gros hôpitaux, « pas très productifs ni en termes de qualité globale des soins, ni de publications ».

D’autres évoquent l’opacité des avancements de carrière, y compris pour les PU-PH, qui s’imaginent – peut être à tort – voir un jour prendre des responsabilités de chef de service. Or, le nombre particulièrement important de PU-PH ne permet pas à tous d’obtenir la place convoitée. En outre, certains travaillent avec une qualification qui ne correspond pas toujours parfaitement à leur exercice. Ainsi le Pr Mégnien était professeur de thérapeutique et non de cardiologie.

Dans le milieu, on parle aussi de vexations au quotidien en cas d’arrêt maladie ou de congés maternité jugés un peu trop longs.

Vexations, aussi, pour ceux qui s’opposent au « clan dominant » médical de l’hôpital : perte de créneaux de consultation, changement de serrures des bureaux, indisponibilité des secrétaires. Des médecins racontent s’être « réfugiés » dans une activité de recherche ou dans des implications universitaires, ce qui semble avoir été le cas dans un premier temps pour le Pr Mégnien à l’Université Paris Descartes.

Cet évènement renvoie à des faits divers plus anciens de suicides de médecins. En 2010 le suicide du Dr Eric Delous, médecin anesthésiste, mis en cause pour une erreur opératoire et dont le décès avait ébranlé la communauté médicale. A la suite de cet événement, des changements majeurs de la gouvernance médicale et administrative avaient eu lieu.

En 2013, c’est un pneumologue qui a mis fin à ses jours dans son bureau de l’hôpital de Nevers.

Il faut souhaiter que des trois enquêtes – police, commission d’analyse des suicides à l’AP-HP, commission Houssin-Dessaude-Hardy – pourront travailler en toute liberté et déméler les causes de l’acte du Pr Mégnien. Une enquête indépendante de l’Igas aurait-elle permis d’obtenir de meilleurs résultats ? L’avenir le dira.

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