Le suicide du Pr Megnien interroge sur les pratiques managériales à l’AP-HP

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

29 décembre 2015

Paris, France – Le Pr Jean-Louis Mégnien, cardiologue à l’hôpital Européen Georges Pompidou (HEGP) est passé à l’acte le 17 décembre 2015, comme il l’avait annoncé dans un mail prémonitoire à sa hiérarchie le 28 janvier 2014 : « Mais que dois-je faire demain, m’occuper de mes patients, contacter mon avocat, ou me jeter par la fenêtre… ».

Mais que dois-je faire demain, m’occuper de mes patients, contacter mon avocat, ou me jeter par la fenêtre… -- Pr Jean-Louis Mégnien

Hiérarchie qui, du moins dans un premier temps, a minimisé le geste dans un mail aux médecins de l’AP-HP « nous avons l’immense tristesse de vous faire part du décès brutal du Pr Jean-Louis Mégnien, à l’âge de 54 ans ».

Comme si cet « accident du travail » – qui n’est absolument pas reconnu comme tel à ce jour – devait être traité comme n’importe quel « décès brutal » de médecin.

Pourtant, le Pr Mégnien s’est jeté par la fenêtre du 7ème étage de son lieu de travail à la veille des vacances, un choix qui devrait interpeler tant il parait significatif chez un père de 5 enfants. Au moment de son geste, il avait repris le travail depuis moins d’une semaine à la suite d’un long arrêt maladie.

CHSCT contre CME et direction

Depuis le suicide du Pr Mégnien, on assiste à une passe d’armes entre 3 protagonistes : Martin Hirsch, le directeur de l’AP-HP, le Pr Bernard Granger, psychiatre à l’hôpital Tarnier, membre de la CME (Commission Médicale d’Etablissement) de l’AP-HP et du CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurisé et des Conditions de Travail), et le Pr Loïc Capron président de la CME, à laquelle participe également l’Intersyndicat des médecins, chirurgiens, spécialistes et biologistes des hôpitaux de Paris.

Observateurs très attentifs du débat, on trouve aussi beaucoup, beaucoup de médecins qui n’acceptent de témoigner qu’anonymement, preuve du profond malaise ou de la difficulté à s’exprimer en public dans l’institution parisienne.

Enfin, Anne Costa, la directrice de l’HEGP, reste particulièrement silencieuse.

Souffrance au travail et luttes claniques

Qu’a fait Martin Hirsch dans les jours qui ont suivi le drame ?

Après la réunion d’un CHSCT exceptionnel, il a mandaté trois experts – très liés à l’AP-HP – le Pr Didier Houssin, le Pr Patrick Hardy et Mme Marie-Sophie Desaulle, pour réaliser un audit sur « l’écheveau des conflits médicaux à l’HEGP ».

La mission aura lieu entre janvier et février 2016.

Il a aussi alerté la commission d’analyse des suicides de l’AP-HP.

Martin Hirsch demande « à chacun de faciliter le travail des enquêtes et des deux commissions » [la commission des suicides de l’AP-HP, et celle désignée par Martin Hirsch].

S’agissant du Pr Capron, il a cosigné avec Martin Hirsch le mail « biographique » et « nécrologique » adressé aux médecins de l’AP-HP le 23 décembre 2015.

Il explique par ailleurs que dès 2013, les Prs Michel Desnos et Béatrice Crickx avaient cherché à extraire le Pr Mégnien de sa souffrance au travail. Reste qu’aucun suivi n’a été assuré par la suite.

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