Santé des migrants : l’OMS cherche des solutions

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

31 décembre 2015

Rome, Italie – Fin novembre, le bureau européen de l’Organisation Mondiale de la Santé a tenu à Rome, une réunion consacrée aux défis sanitaires liés à l’afflux sans précédent de réfugiés et de migrants au cours des derniers mois en Europe [1].

L’objectif : définir le cadre à donner à des actions conjointes sur la santé des réfugiés et des migrants dans la Région européenne de l'OMS, et convenir des actions collectives les plus urgentes.

Selon l’OMS, en 2015, quelque 2 millions personnes ont trouvé refuge en Turquie, venant s'ajouter aux plus de 700 000 qui sont entrées dans d'autres pays de la Région européenne.

 
La proportion de familles avec de jeunes enfants, de femmes enceintes et de personnes âgées est en augmentation.
 

Or, jusqu'à 5 % d'entre elles ont besoin d'une assistance médicale et souffrent de problèmes de santé divers (blessures accidentelles, hypothermie, brûlures, événements cardiovasculaires, complications liées à la grossesse et à l'accouchement, diabète, hypertension, etc.).

En outre, selon, l’institution internationale, la proportion de familles avec de jeunes enfants, de femmes enceintes et de personnes âgées est en augmentation, ce qui oblige à modifier les interventions de santé publique.

L’OMS précise également, que le déplacement massif des populations, la pénurie d'eau ainsi que le manque d'abri et d'installations sanitaires adéquats amplifient les risques de maladies transmissibles.

Globalement, les principaux défis posés par les maladies transmissibles et non transmissibles sont : le dépistage des migrants en transit ; la prise en charge des cas de VIH/sida, d'hépatite, de tuberculose et d'infections respiratoires ; la santé sexuelle et la planification familiale ; l'accès à la vaccination ; le soutien psychosocial, la prise en charge de la santé mentale et des maladies chroniques telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires.

L’OMS rappelle que les besoins en matière d'éducation et d'emploi, et les barrières culturelles et linguistiques doivent aussi être pris en compte.

La vaccination : axe prioritaire

La vaccination a été l’un des thèmes phare de la réunion.

Les rapporteurs ont indiqué que de nombreux pays, en particulier ceux situés aux avant-postes des importants mouvements migratoires, avaient déjà entrepris des campagnes de vaccination pour les nouveaux arrivants.

Ils notent qu’au regard des récentes flambées épidémiques de rougeole, les pays doivent accorder la priorité à la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) ainsi que la poliomyélite.

Les experts ont insisté sur l’enregistrement des vaccinations effectuées, afin d'éviter les doublons inutiles.

En pratique, la vaccination n'est pas recommandée aux postes-frontière, à moins qu'une flambée épidémique de maladies à prévention vaccinale ne sévisse dans les pays de transit ou d'accueil.

Les aides de la Commission européenne

Jusqu’à présent, la Commission européenne a soutenu ses États membres de diverses manières, notamment par le biais de contributions financières, et d’équipes d'intervention (une en Italie et cinq en Grèce) afin de soutenir les pays dans le traitement des demandes et la prestation de soins de santé.

En parallèle, la Commission a mis au point un modèle de « dossier médical personnel », qui permet de reconstituer les antécédents médicaux des réfugiés qui ne sont pas en possession de documents. Ce dossier, actuellement rédigé en anglais et en arabe, est remis aux réfugiés.

Les termes employés dans le dossier ont été soigneusement choisis afin de rassurer les réfugiés qui sont réticents à l'idée de porter sur eux un dossier consignant l'itinéraire qu'ils ont emprunté.

Quelques initiatives nationales

En dehors des efforts déployés à l’échelon européen, de nombreux pays ont pris des initiatives propres.

L’experte suisse, notamment, a déclaré que son pays a mis en place une plate-forme d'apprentissage en ligne pour aider les professionnels de santé à acquérir des compétences interculturelles, afin qu'ils sachent poser les bonnes questions, au bon moment, lors des soins apportés aux personnes provenant d'autres régions du monde. Un service d'interprétation téléphonique est disponible dans 50 langues pour faciliter l'accès aux services suisses de soins de santé.

De son côté, l’Italie a récemment mis en place des dossiers médicaux électroniques dans plusieurs langues, que les migrants peuvent emmener avec eux jusqu'à leur destination.

En Turquie, les soins sont dispensés gratuitement aux réfugiés de la République arabe syrienne. En outre, un processus d'enregistrement amélioré et de vastes campagnes de vaccination contre la poliomyélite et la rougeole ont été mis en place dans les camps de réfugiés.

Enfin, les initiatives de nombreuses ONG, mais aussi des professionnels de santé et des citoyens ordinaires qui se sont portés bénévoles pour aider les réfugiés ont été saluées par l’OMS.

Recommandations finales
Les principales recommandations proposées par les participants à la réunion sont les suivantes :

- Intégrer aussi rapidement que possible les besoins des réfugiés et des migrants dans les structures de santé existantes, et renforcer les systèmes de santé afin qu'ils soient prêts à y répondre.

-Renforcer les systèmes de collecte de données sur la santé des migrants, et rendre ces dernières disponibles aux autres pays de destination.

-Les migrants ne représentent pas une menace pour la santé publique. Il est important de démystifier la perception selon laquelle les migrants sont porteurs de maladies transmissibles, dans la mesure où ils ne posent pas un risque plus élevé que les autres voyageurs internationaux. L'évaluation de la santé et le dépistage obligatoire ne doivent donc pas être considérés comme des solutions.

-Orienter les efforts vers les réfugiés et les migrants les plus vulnérables, tels que les enfants, les femmes, les personnes âgées et les personnes qui ont besoin de soins de santé mentale.

-Assurer la continuité et la qualité des soins.

 

REFERENCE :

  1. Communiqué du bureau européen de l’OMS. Les responsables européens de la santé se réunissent pour engager une discussion de haut niveau sur la santé des réfugiés et des migrants. 23 novembre 2015 .

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