Les internes en médecine dépriment de plus en plus

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

17 décembre 2015

Pour contrer un problème « endémique », l’éditorialiste évoque 3 types de solutions : mettre à disposition des étudiants et des médecins déprimés des possibilités supplémentaires en termes de prise en charge ; limiter l’exposition des internes à un environnement et un système délétère pour leur santé mentale et enfin, considérer que le système éducatif médical a besoin d’être modifié en profondeur.

Concernant l’accès à des soins psychologiques/psychiatriques, le Dr Schwenk doute de son efficacité en raison des stigmas attachés à la dépression. Les étudiants seraient réticents à consulter en raison de l’effet négatif que pourrait avoir sur la suite de leur carrière la révélation de leur mal-être. La seconde approche qui passe par la réduction des horaires du travail demandés aux internes n’aurait pas non plus porté ses fruits, suggérant que « la profession n’a toujours pas trouvé le seuil en dessous duquel la santé et les performances de l’étudiant s’améliorent ».

Les études de médecine ont peu évolué, le monde médical beaucoup

Enfin, en ce qui concerne un changement beaucoup plus radical de l’enseignement, l’éditorialiste déplore le peu de volonté et d’énergie à faire bouger les choses, tout en remarquant que l’étude de Mata montre « que l’on n’a plus le choix ». Pour le Dr Schwenk, la profession n’a pas pris conscience que le système éducatif n’a que très peu évolué comparé aux profondes mutations qu’a connu la médecine au cours des dernières années.

 
Tout étudiant en médecine des années 50 ou 60 reconnaitraient parfaitement les bases de l’enseignement médical, en revanche rien dans la pratique d’aujourd’hui ne lui serait familier -- Dr Schwenk
 

Pour l’éditorialiste « le niveau de dépression des internes est l’expression que ce décalage a atteint un stade critique. Tout étudiant en médecine des années 50 ou 60 reconnaitraient parfaitement les bases de l’enseignement médical (excepté peut-être sur le nombre d’heures travaillées qui a diminué), en revanche rien dans la pratique d’aujourd’hui ne lui serait familier ». Et pour cause, beaucoup de choses ont changé : l’allongement de la vie, de nouvelles considérations éthiques, l’informatisation des dossiers, l’augmentation de la judiciarisation de la médecine (parfois dès l’internat), mais aussi le raccourcissement des séjours hospitaliers et la notation en ligne des performances des médecins.

Solutions : logique versus réalisme

« Il faut relativiser ces résultats, commente le Pr Eric Galam, qui rappelle que l’enquête est une méta-analyse (54 études effectuées entre 1963 et 2015) dans différents pays avec des outils eux aussi différents et toujours déclaratifs. Aucune de ces études n’a été effectuée en France et la variance des résultats est importante (de 20,9% à 43,2%). D’ailleurs les auteurs eux-mêmes soulignent que nombre de facteurs liés à la culture institutionnelle n’ont pas été explorés. Ils insistent également sur la nécessité de mieux comprendre les environnements de travail ».
Néanmoins, les trois registres de solution proposés par les chercheurs sont, selon le Pr Galam, « logiques ». Reste à savoir s’ils sont réalistes… Il s’agissait, primo, d’offrir une meilleure prise en charge psychologique aux médecins et étudiants… « oui, mais ces derniers savent qu’il n’est pas trop recevable pour eux d’être malades surtout s’il est question de psychisme » commente le Pr Galam. Deusio, les auteurs proposent de limiter l’exposition des internes aux facteurs contributifs de l’environnement d’étude et de soin et notamment à l’hyper travail … « mais on a quand même besoin d’eux pour faire marcher un système en surchauffe ». Tertio, envisager la possibilité de changements profonds dans le système de formation médicale : « ce qui est bien sûr complexe et se heurte à nombre de résistances légitimes ou pas…Néanmoins, l’étude laisse entendre que la situation est critique et pourrait bien imposer ces changements désormais inéluctables ».

 

Ce travail a été financé par le US Department of State Fulbright Scholarship, le fond du National Institutes of Health (NIH), et le fond du NIH Medical Scientist Training Program. Aucun chercheur, ni éditorialiste n’a déclaré des liens d’intérêt.

 

REFERENCES :

1. Mata DA, Ramos MA, Bansal N, et al. Prevalence of Depression and Depressive Symptoms Among Resident Physicians. JAMA. 2015;314(22):2373-2383. doi:10.1001/jama.2015.15845.

2. Schwenk TL. Resident Depression The Tip of a Graduate Medical Education Iceberg. JAMA. 2015;314(22):2357-2358. doi:10.1001/jama.2015.15408.

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