Les internes en médecine dépriment de plus en plus

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

17 décembre 2015

Lire aussi l’interview du Pr Eric Galam sur le pourquoi du burn out des internes français.

 

Boston, MA, Etats-Unis – Plus d’un quart des étudiants en médecine sont déprimés ou présentent une symptomatologie dépressive. Telle est la conclusion d’une méta-analyse qui a colligé une cinquantaine d’études internationales portant sur plus de 17 000 internes [1]. Des résultats d’autant plus inquiétants que cette prévalence qui concerne entre 21 et 43% des internes (quel que soit leur niveau d’études) a tendance à augmenter d’année en année. Pour l’éditorialiste, cette étude est révélatrice d’un profond malaise qui devrait conduire à repenser tout aussi profondément l’enseignement de la médecine [2]. Avec les commentaires pour l’édition française de Medscape du Pr Eric Galam, Professeur Associé de Médecine Générale (Université Paris Diderot) et Coordonnateur de l’Association Aide aux Professionnels de santé et Médecins Libéraux (AAPML).

28,8% d’internes dépressifs

Pour réaliser leur méta-analyse, les chercheurs ont recherché dans les principales bases de données (Embase, Eric, Medline et PsychINFO) les études qui se sont intéressées à la dépression chez les étudiants en médecine entre 1963 et 2015.

Au final, les investigateurs ont identifié 31 études transversales comprenant 9 447 individus et 23 études longitudinales ayant inclus 8 113 personnes. Si 35 de ces essais se déroulaient en Amérique du Nord, la méta-analyse a tout de même un caractère international avec 9 études originaires d’Asie, 5 d’Europe, 4 en provenance d’Amérique du Sud et 1 d’Afrique.

L’étude retrouve une prévalence de la dépression ou des symptômes dépressifs de 28,8% (4969/17 560 individus) qui s’étale de 20,9% à 43,2% selon les échelles de mesure utilisées. En revanche, la méta-analyse n’a pas montré de différences de prévalence selon que les étudiants en médecine étaient en début ou en fin d’internat, qu’il s’agissait de futurs chirurgiens ou non.

Précisons que conscients de l’hétérogénéité entre les études, les auteurs ont procédé à une deuxième analyse en se focalisant sur 5425 étudiants et trouvent cette fois le chiffre de 20,2% qui, d’après eux, « reflèterait mieux la prévalence exacte de la dépression chez les internes ».

Enfin, deux éléments supplémentaires doivent être pris en compte et ils concernent la progression dans le temps de ces symptômes. Primo, de façon globale, la prévalence de la dépression chez les étudiants n’a cessé de croître au fil du temps – entre 1963 et 2015 –, avec une faible mais constante augmentation de 0,5% par année calendaire. Deusio, les études longitudinales font apparaitre que la prévalence des symptômes augmente aussi avec les années d’études pour un étudiant donné. Dès qu’il démarre l’internat, un étudiant voit ainsi son risque dépressif croître de 15,8% en un an, soit un risque relatif de 4 ,5.

Comment contrer un problème “endémique” ?

Dans un éditorial, le Dr Thomas L. Schwenk (University of Nevada School of Medicine, Reno) fait remarquer que ce taux élevé d’étudiants dépressifs est d’autant plus « inacceptable », qu’il s’agit d’une profession dont l’objectif est de prendre soin et d’aider les autres. Au-delà du problème humain que cela soulève, le Dr Schwenk souligne les conséquences que cela peut avoir sur les performances professionnelles de ces étudiants, quand on connait le lien qui existe entre état dépressif des internes, soins de moins bonne qualité et erreurs médicales.

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