En augmentation, le burnout touche plus de 50% des médecins américains

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

10 décembre 2015

Rochester, Minnesota, Etats-Unis – A l’instar de la situation française, les médecins américains sont de plus en plus nombreux à être confrontés au burnout. Une enquête menée par la Mayo Clinic en 2014 établit à 55,4% le taux de médecins en épuisement physique et moral, soit une augmentation de 10% par rapport à l’édition précédente de l’enquête menée en 2011.

Un monde en pleine mutation

Surcharge de travail, modification de la relation médecin-patient, poids croissant des contraintes administratives, non reconnaissance…les médecins ont de plus en plus de raisons de tout plaquer, voire plutôt dans leur cas de déplaquer comme le constatait récemment le Dr John Mandrola . Les caractéristiques de la profession médicale – à la fois exigeante et valorisante – en font un secteur où le phénomène d’épuisement physique et mental est particulièrement marqué, et ce, dès les études. « Alors que les étudiants en médecine démarrent leur formation avec un profil de santé mentale meilleur que les autres étudiants, la tendance s’inverse après la première ou deuxième année d’étude, affirment les auteurs. Une fois dans le monde du travail, les médecins ont généralement un plus haut degré de satisfaction par rapport à leur choix de carrière, mais présentent plus d’insatisfaction et de burnout. »

Epuisement émotionnel, dépersonnalisation (déshumanisation) et perte du sentiment d’accomplissement personnel qui définissent le burnout concernaient, en 2011, environ 45% des praticiens américains interrogés par les chercheurs de la Mayo Clinic. Au vu des évolutions rapides que connait la médecine – informatisation galopante, remboursement aléatoire, nouveaux modèles de soin, etc -, ils ont voulu savoir ce qu’il en était 3 ans après.

Toutes les spécialités ne sont pas à égalité face au burnout

Les chercheurs ont invité par mail 35 922 médecins à répondre à un questionnaire. Sur l’ensemble, 6880 (19,2%; 67,5% d’hommes; âge moyen : 56 ans) ont complété l’enquête courant 2014. Le Dr Shanafelt et son équipe ont ensuite procédé à une double comparaison, avec les résultats obtenus en 2011 d’une part, et avec les résultats d’un échantillon en population générale.

Les critères investigués comprenaient : le taux de burnout – mesuré par le test de Maslach –, les symptômes dépressifs, les idées suicidaires et le taux de satisfaction concernant l’équilibre entre vie professionnelle/vie personnelle.

Sur les bases du test de Maslach, 54,4% des médecins ont rapporté au moins un symptôme de burnout en 2014 alors qu’ils étaient 45,5% en 2011 (P < 0,001). Le taux de satisfaction concernant l’équilibre entre vie professionnelle/vie personnelle se sont, eux aussi, aggravé en l’espace de 3 ans (40,9% en 2014 vs 48,5% en 2011, P < 0,001).

Toutes les spécialités ne sont pas à égalité face au burnout, ci-dessous celles qui ont connu une augmentation de l’ordre de 10% au cours des 3 dernières années.

Spécialités

2011 (%)

2014 (%)

Valeur de P

Médecine générale

51,3

63,0

P < 0,001

Pédiatrie

35,3

46,3

P = 0,005

Urologie

41,2

63,6

P < 0,001

Chirurgie orthopédique

48,3

59,6

P = 0,01

Dermatologie

31,8

56,5

P < 0,001

Médecine de rééducation

47,4

63,3

P = 0,01

Anatomo-pathologie

37,6

52,5

P = 0,006

Radiologie

47,7

61,4

P = 0,003

Chirurgie générale

42,4

52,7

P = 0,005

Pas d’augmentation des symptômes de dépression et des idées suicidaires

En ce qui concerne l’équilibre entre vie professionnelle/vie personnelle (VP/VP), la satisfaction a décliné en 2014 dans toutes les spécialités excepté la gynécologie/obstétrique et la chirurgie générale. Avec seulement 40,9% des praticiens considérant que leur emploi du temps leur laisse suffisamment de temps pour leur vie personnelle et familiale.

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