Gliflozines : la FDA confirme le risque d’acidocétose et d’infections urinaires graves

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

8 décembre 2015

Silver Spring, Etats-Unis ― L’analyse des données de pharmacovigilance de la Food and Drug Administration (FDA) confirme l’existence des risques d’acidocétose et d’infections urinaires graves associés aux inhibiteurs de SGLT2 dits « gliflozines » (canaglifozine, dapaglifozine et empaglofizine) [1].

Les deux effets secondaires figureront désormais sur la notice de ces nouveaux antidiabétiques oraux qui induisent une glycosurie en s’opposant à la réabsorption rénale du glucose.

En mai dernier, l’agence du médicament américaine avait alerté sur la possibilité d’un lien entre les gliflozines et l’acidocétose et annoncé qu’elle réalisait une analyse des données de surveillance (voir article).

D’après le communiqué de l’Agence, entre mars 2013 et mai 2015, la FDA a identifié 73 cas d’acidocétose chez des patients atteints de diabète de type 1 et 2 traités par gliflozines. En outre, entre mars 2013 et octobre 2014, 19 cas d’infections urinaires engageant le pronostic vital et de pyélonéphrites ont été rapportés. Les 19 patients ont été hospitalisés et certains ont nécessité une admission en soins intensifs ou une dialyse.

La FDA a donc pris la décision d’ajouter de nouveaux avertissements et de nouvelles précautions d’emplois à la notice de tous les inhibiteurs de SGLT2 pour rendre compte de ces effets secondaires sévères.

L’Agence demande également aux laboratoires fabricants de mener une nouvelle étude de surveillance post-marketing sur 5 ans. Elle aura pour objectif de colliger les signalements spontanés d’acidocétose chez les patients recevant des gliflozines et d’analyser leur suivi spécialisé.

L'acidocétose est une acidité excessive du sang causée par l’accumulation de corps cétoniques. L'acidocétose est un phénomène de compensation de l’hypoglycémie. Lorsque l’organisme manque de glucose, la fonte des graisses permet la fabrication de corps cétoniques qui peuvent être utilisés comme substrats énergétiques, notamment par le cerveau. L’acidocétose se rencontre notamment chez les patients atteints de diabète de type 1 débutant, ou mal équilibré, ou encore, déséquilibré par une affection intercurrente. Elle est d’ailleurs une circonstance de découverte des diabètes de type 1 pédiatriques. L’acidocétose est favorisée par la prise concomitante de corticoïdes ou de bêtamimétiques.
Elle se manifeste par une soif intense, des urines fréquentes et abondantes et divers signes digestifs (douleurs abdominales, nausées, perte d’appétit. On note aussi, chez ces patients, une haleine à l’odeur de pomme, très particulière. Elle s’accompagne généralement d’une glycémie élevée (> 250 mg/dL).
Relativement rare aujourd’hui (environ 1 diabétique sur 250), l’acidocétose nécessite une hospitalisation en urgence pour administration d'insuline rapide et perfusion de glucose et potassium. A défaut, l’évolution peut aller jusqu’au coma et au décès du patient.
Hormis le diabète méconnu ou mal équilibré, les régimes sans glucides, les troubles digestifs, les efforts physiques intenses, ou les abus d’alcool favorisent des cétoses plus ou moins marquées.

 

Les recommandations de la FDA

 
L’acidocétose associée à l’utilisation de gliflozines peut survenir même lorsque la glycémie n’est pas très élevée.
 

En cas d’apparition de symptômes d’acidocétose, la FDA préconise aux patients recevant un inhibiteur de SGLT2 d’arrêter leur traitement et de consulter immédiatement. Les professionnels de santé sont eux, fortement incités à rechercher la présence d’une acidocétose ou d’une infection urinaire au moindre signe évocateur. Lorsqu’une acidocétose est suspectée, la gliflozine doit être interrompue et un traitement rapidement instauré.

L’agence souligne que, contrairement aux acidocétoses diabétiques habituellement décrites, l’acidocétose associée à l’utilisation de gliflozines peut survenir même lorsque la glycémie n’est pas très élevée.

Pour rappel, l’agence européenne du médicament (EMA) a, elle aussi, mis en place une analyse des risques d’acidocétose avec les inhibiteurs de SGLT2 en juin dernier.

 

REFERENCE:

1. FDA. SGLT2 Inhibitors: Drug Safety Communication - Labels to Include Warnings About Too Much Acid in the Blood and Serious Urinary Tract Infections. 4 décembre 2015.

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