Réanimation cardio-pulmonaire : ne pas renoncer aux insufflations

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

14 décembre 2015

Orlando, Etats-Unis – Trente compressions puis 2 insufflations reste le credo de tout réanimateur. Sur la base d’un certain nombre d’études observationnelles, la tendance est toutefois de favoriser les compressions continues, en tout cas d’en laisser la possibilité. Pourtant, l’essai CCC, la plus vaste étude randomisée jamais consacrée à la réanimation cardio-pulmonaire, vient de conclure à l’équivalence de la compression continue et de la compression/insufflation, avec même un léger avantage à celle-ci sur des critères secondaires. Ces résultats viennent d’être présentés au congrès de l’ American Heart Association (AHA) 2015, par le Dr Graham Nichol (University of Washington, Seattle) et publiés simultanément dans le New England Journal of Medicine [1].

« A notre grande surprise, la survie et la récupération neurologique tendaient à être moins favorables dans le groupe compression continue » a déclaré le Dr Nichol à Medscape International.

Ironie de l’affaire, ces données sortent quelques jours après la publication des nouvelles recommandations de l’AHA sur la réanimation cardio-pulmonaire (RCP), qui laissent la porte ouverte à la compression continue, sous la forme d’un schéma comportant trois cycles de 200 compressions, entrecoupées par une analyse du rythme, avec insufflation passive d’oxygène (classe IIb) [2].

« Cette recommandation n’a pas été retenue dans les recommandations 2015 [3] de l’European Resuscitation Council (ERC) », note le Dr Rudolph W. Koster (Amterdam) dans un éditorial publié conjointement [4]. « L’AHA devra-t-elle reconsidérer ses recommandations ? « s’interroge-t-il en conclusion.

Les justifications de la compression continue
Même si elle ne montre aucune supériorité dans l’étude Nord-américaine, la compression continue bénéficie de plusieurs arguments. Il a été montré que toutes les pauses sont associées à une dégradation de la survie. Cette dégradation est en partie liée à la réduction de la perfusion coronaire, observée notamment durant les pauses longues qu’implique la défibrillation, mais aussi durant les pauses plus courtes pour insufflation. Chez l’animal, les résultats suggèrent que la compression continue pourrait améliorer la survie. Et cette notion est confortée par des cohortes observationnelles, avec contrôles historiques. En outre, l’expérience de l’Arizona, où la population a été entrainée à pratiquer un massage continu jusqu’à l’arrivée des secours, montre un taux de survie amélioré [5]. Ces résultats, obtenus à l’échelle d’un Etat, semblent avoir joué un rôle important dans la révision des recommandations américaines.

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