POINT DE VUE

Samu ou paramedics ? Interview d’un urgentiste américain à Paris

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

16 décembre 2015

                                                                       

            

Dr James E Manning

            

Paris, France -- Le Dr James E Manning est co-responsable des urgences de l’hôpital universitaire de Caroline du Nord à Chapel Hill (UNC). Il avait prévu de longue date de venir passer une semaine à Paris pour se familiariser avec l’utilisation de l’ECMO (ExtraCorporeal Membrane Oxygenation) en pré-hospitalier dans l’arrêt cardiaque.

Il est arrivé à Paris au matin du 15 novembre et a intégré les équipes d’ECMO du Samu de Paris le lendemain. Il analyse pour l’édition française de Medscape les différences de prises en charge pré-hospitalières, à la lumière de ce qu’il a vu dans le contexte particulier post-attentats.

Medscape édition française : Quel a été votre sentiment à votre arrivée à Paris le 15 novembre ?

Dr James Manning : Je savais à mon arrivée à Paris que ce séjour serait particulier puisqu’il avait lieu moins de 36 heures après les attaques.

Le dimanche matin où je suis arrivé, il faisait beau, je m’attendais à ce que personne ne soit dehors. Or, j’ai vu des Parisiens vivre « comme des parisiens », même si un certain calme régnait. Tout cela m’a inspiré, j’ai su que je pouvais trouver ma place au sein des équipes du Samu, même dans ce moment difficile.

J’ai été immédiatement inclus dans les équipes, preuve que les médecins ont continué à travailler, tout comme les Parisiens ont continué à vivre, sans peur et sans trop changer leurs habitudes.

Pouvez-vous expliquer les principales différences dans la prise en charge pré-hospitalière entre la France et les Etats-Unis ?

Dr J.M : En France, les décisions médicales sont prises sur site puisque les médecins sont présents dans les ambulances. Aux Etats-Unis, sur quasiment tout le territoire, ce sont des « paramedics » – secouristes intervenant en pré-hospitalier – qui sont envoyés sur les lieux d’intervention.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la technique du « scoop and run » utilisée par les paramedics ?

Dr J.M : En présence d’un traumatisme grave, les paramedics ont pour mission, en premier lieu de stabiliser le patient (éventuellement en le perfusant), puis de déterminer vers quelle structure il doit être adressé (Trauma Center majeur ou urgences les plus proches). Ce sont eux qui dirigent le patient le plus rapidement possible. En raison de l’étendue du territoire et de la difficulté des transports terrestres dans des villes embouteillées, le recours aux hélicoptères sanitaires entre l’hôpital et le site de l’accident est fréquent, en particulier en cas de traumatisme graves.

Pour toutes les autres urgences – arrêt cardiaque, AVC, asthme… – le patient est transféré à l’hôpital le plus proche, où s’effectue le triage. C’est au sein de l’hôpital de secteur que le diagnostic est établi. Lorsque les moyens techniques sont insuffisants sur place, un transfert vers un établissement mieux adaptée peut être décidé.

Comment sont effectués les transferts secondaires ?

Dr J. M : Une fois l’indication de transfert posée par les urgentistes, le malade est transféré généralement en hélicoptère – mais encore aussi parfois par la route – vers l’établissement de référence. Les hélicoptères ou les ambulances de « critical care » sont déclenchés dans les centres hospitaliers receveurs. Très rarement, des ambulances locales (dans lesquelles sont présents deux paramedics) sont utilisées.

La plupart du temps, ce sont des paramedics qui accompagnent les patients. Ce n’est pas habituel qu’un médecin soit présent dans les transports.

La grande différence que je vois avec la France vient des médecins à bord qui évaluent les patients. Et les transports secondaires avec surveillance par un médecin

 

Qu’est ce qui a été à l’origine de ce choix stratégique ?

Dr J.M : Ce choix stratégique de mise en place d’un maillage du territoire par des paramedics vient en premier lieu de la taille du pays. D’autres facteurs jouent aussi : le manque de médecins urgentistes, les risques médico-judicaires et le coût d’une approche fondée sur la présence de médecins hors de l’hôpital.

Le système pré-hospitalier, jusque dans les années 1960, était très rudimentaire. Les personnes impliquées dans les soins étaient de volontaires qui n’avaient même pas formés.

Le système a ensuite évolué. Un enseignement minimal de quelques dizaines d’heures a d’abord été proposé. Le niveau en ensuite été élevé progressivement (plusieurs centaines d’heures de formation maintenant) et les gestes et médicaments utilisables par les paramedics sont de plus en plus importants : perfusion, défibrillateur, intubation, médicaments de l’asthme, de l’arrêt cardiaque, de l’insuline ou du sérum glucosé. Les responsabilités sur le terrain ont progressivement augmenté. Aujourd’hui, des « Basic medical technicians » et des « Basic trained emergency technicians » travaillent sur le terrain avec une formation spécifique mais ils ne sont pas infirmiers. C’est une différence majeure avec la France.

 

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