Cycle menstruel de l’adolescente : ce qui est normal et ce qui ne l’est pas

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

2 décembre 2015

Une oligoménorrhée ou une aménorrhée secondaire peut sous-tendre des désordres endocriniens en lien avec des perturbations de l’axe hypothalamo-pituito-ovarien, comme un syndrome des ovaires polykystiques ou une pathologie thyroïdienne, ou encore faire évoquer un trouble du comportement alimentaire.

L’hyperménorrhée chez la patiente adolescente peut être le premier signe d’un trouble de l’hémostase. La maladie de von Willebrand est la pathologie la plus communément associée à une hyperménorrhée à la ménarche. D’autres pathologies (insuffisance hépatique), ou plus rarement une tumeur maligne (voir encadré) peuvent aussi être envisagées.

Enfin, des pathologies telles que l’endométriose, certaines malformations génitales ou des infections pelviennes se manifestent par une dysménorrhée.

Causes de saignements anormaux :

- Grossesse

- Immaturité de l’axe hypohalamo-hypophyso-ovarien

- Troubles de l’ovulation, hyperandrogénie (syndrome des ovaires polykystiques, hyperplasie congénitale des surrénales, tumeur androgéno-sécrétante)

- Troubles de la coagulation (maladie de von Willebrand et autres)

- Dysfonctionnements hypothalamiques (troubles de l’alimentation)

- Hyperprolactinémie

- Pathologies thyroïdiennes

- Insuffisances ovariennes primaires

- Causes iatrogéniques (secondaire à une chimiothérapie ou à une radiothérapie)

- Causes médicamenteuses (contraceptions hormonales, traitements anticoagulants)

- Infections sexuellement transmissibles

- Tumeurs malignes

- Lésions utérines

Les règles : un signe d’alarme à ne pas négliger

En clair, si 50-80% des troubles du cycle suivant la ménarche sont la conséquence de cycles anovulatoires liés à l’immaturité de l’axe gonadotrope, il ne faut pas pour autant négliger d’en parler avec les jeunes filles. Les visites médicales préventives qui ont lieu à l’adolescence sont idéales pour entamer le dialogue et établir un climat de confiance qui permettra à la patiente de se sentir à l’aise pour évoquer sa santé (y compris intime) en toute confidentialité. Pour l’ACOG, le rôle du médecin se doit d’être à la fois éducatif en « assurant à chaque adolescente l’accès aux connaissances sur le fonctionnement de son corps et aux changements liés à son développement » et thérapeutique en « l’informant que des cycles irréguliers peuvent être normaux mais qu’il est possible de traiter si ces troubles génèrent une gêne ou un inconfort ». A titre d’exemple, la dysménorrhée est encore trop souvent interprétée par l’entourage de la jeune patiente comme un «passage obligé» ou comme un symptôme fictif, négligeable, considère la société savante américaine.

Une fois que les jeunes filles sont réglées, l’ACOG propose que les médecins « s’informent de façon systématique, à chaque visite, de la date des dernières menstruations et leurs caractéristiques, comme ils le font pour d’autres paramètres vitaux». Demander à la jeune fille de tenir un calendrier de ces menstruations peut être une bonne idée, et ce d’autant que l’historique de son cycle est flou ou imprécis. L’occasion pour le médecin de retrouver ce rôle éducatif en expliquant comment se calcule la durée d’un cycle, et de rassurer sur les possibles variations, souvent sources de malentendus entre médecins et jeunes patientes. Enfin, la technologie peut faciliter les choses, de nombreuses applications apparues ces dernières années peuvent faciliter le suivi des cycles. On citera le calendrier féminin Lite (Period Tracker) ou encore Clue – Suivi des règles, toutes deux disponibles gratuitement sur l'App Store et Google Play (Android).

REFERENCE :

  1. Menstruation in Girls and Adolescents : Using the Menstrual Cycle as a Vital Sign . The American College of Obstetricians and Gynecologists, Number 651, December 2015.

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