Anticoagulation pour FA : enquête sur les connaissances des patients

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

4 décembre 2015

Dans le même ordre d’idée, 90% des patients anticoagulés comprennent que l’objectif du traitement est « d’affiner le sang ». Mais il reste 9% des patients à penser qu’il s’agit de traiter l’arythmie.

Enfin, on relève un traitement antiplaquettaire chez 15,3% des patients, principalement l’aspirine (12,9%). Pour la moitié d’entre eux, les patients sous antiplaquettaire prenaient aussi un anticoagulant.

S’agissant de la surveillance de l’INR parmi les patients sous AVK, 76% rapportent un minimum d’une mesure mensuelle, et 22% une mesure annuelle. Mais 2% indiquent n’avoir besoin d’aucun test sanguin.

La valeur cible d’INR est dépassée environ deux fois/an chez 45% des patients, et plus de trois fois l’an chez 21%. Le contrôle semble toutefois parfait dans 29% des cas, et a contrario, inefficace (dépassement plusieurs fois par mois) dans 5% des cas. On note que 42% des patients déclarent avoir déjà au moins une fois ajusté eux-mêmes leur dose d’AVK.

En ce qui concerne les AOD, 30% des patients concernés déclarent n’avoir pas besoin de surveillance du sang, et 16% n’en savent rien. Vingt-cinq pourcents des patients supposent toutefois avoir besoin d’un test mensuel. Par ailleurs, s’agissant de la surveillance rénale et hépatique, on trouve 21 et 12% de patients respectivement à répondre par l’affirmative. Vingt-trois pourcents estiment par ailleurs devoir éviter certains autres traitements, et 19% devoir suivre un régime alimentaire spécial.

Enfin, le chiffre le plus parlant, peut-être, est la proportion de patients qui n’ont de réponse à aucune de ces questions : 24%.

Sérieuse lacune sur le risque hémorragique

Sous-information aussi du côté du risque hémorragique. Parmi les patients anticoagulés, une (faible) majorité (54%) sait être exposée à un risque accru de « petits saignements ». Mais seulement un gros quart (26%) se sait à risque de saignements, y inclus majeurs. Par ailleurs, 16% des patients sous AOD rapportent des saignements antérieurs, quelle qu’en soit l’importance. Mais ce chiffre monte à 25% sous AVK, et à 34% sous combinaison d’AVK et d’antiplaquettaire (21% sous traitement antiplaquettaire, et 23% sous combinaison AOD + antiplaquettaire).

Dernier aspect abordé par l’étude : l’observance. Des interruptions de traitement anticoagulant sont rapportées par 14,5% des patients. Dans 24%, l’interruption a été décidée par le médecin, et dans 4% des cas, elle a été motivée par des saignements. Mais dans 6% des cas, c’est le refus, par le patient des mesures d’INR qui a motivé la décision, dans 7% des cas, ce sont des résultats instables, et enfin, 51% des patients déclarant une interruption sont incapables d’en préciser le motif.

Peut mieux faire, l’éducation des patients sert à ça

Dans leur discussion, les auteurs soulignent quelques décalages entre leurs résultats et les recommandations. « Les dernières recommandations de l’ European Society of Cardiology (ESC)sur la FA préconisent une anticoagulation à partir d’un score CHA2DS2-VASc de 1, et privilégient les AOD sur les AVK », rappellent-ils. Toutefois, « dans cette enquête, seulement 33% des patients recevaient un AOD ».

Nuance entre la France et l’Europe en cas de CHA2DS2-VASc = 1

Selon le Parcours de soins HAS, actualisé en juillet 2015, une anticoagulation par AVK est recommandée dans la FA non valvulaire pour les scores CHA2DS2-VASc ≥ 2, et « à discuter » pour les scores CHA2DS2-VASc <2. Les AOD ont les mêmes indications mais en seconde intention.

Selon les recommandations européennes de 2010, qui ont été réactualisées en 2012, un score CHA2DS2-VASc > 2 relève d’un traitement anticoagulant, avec une préférence pour un AOD, de même qu’un score = 1. Il est précisé qu’un « traitement antiplaquettaire, aspirine plus clopidogrel, ou – moins efficace – l’aspirine seule, doit être envisagé chez les patients qui refusent un AOD, ou ne peuvent tolérer une anticoagulation pour une raison autre que les saignements ».

Par ailleurs, « les recommandations émises en 2014 par l’ESC et l’European Association for Cardio-Thoracic Surgery sur la revascularisation myocardique, préconisent que les patients présentant une indication d’anticoagulation (par exemple, les patients en FA avec score CHA2DS2-VASc > 2) ne reçoivent que cette anticoagulation, sans traitement antiplaquettaire 1 an après la revascularisation. Or, un traitement antiplaquettaire était administré à 15,3% des patients, et une association avec un traitement anticoagulant a été retrouvée dans 7,7% des cas ». Les auteurs reconnaissent cependant ne pas avoir de chiffre sur les revascularisations effectuées dans l’année précédente. (On note 19% de coronariens dans l’enquête).

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