La méditation de pleine conscience serait plus efficace qu’un placebo sur la douleur : décryptage

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

30 novembre 2015

Dans le groupe qui a pratiqué la méditation de pleine conscience, l’appréciation de l’intensité de la douleur a diminuté de 27% et celle du ressenti émotionnel de 44% entre la période avant intervention et la période après. En comparaison, la crème placebo soi-disant antalgique a réduit l’intensité douloureuse de 11% et le ressenti émotionnel de 13% (P = 0,032 and P <0,001, respectivement, versus méditation pleine conscience). La méditation placebo a, elle, entrainé une diminution de 9% et 24% respectivement. A l’inverse, le groupe contrôle (celui qui écoutait un enregistrement audio) a rapporté une augmentation de 16 % de l’intensité de la douleur et de 18 % de la sensation douloureuse.

Des circuits neuronaux différents selon les groupes

En termes d’imagerie, la méditation de pleine conscience semble réduire la douleur en activant des zones du cerveau (cortex cingulaire antérieur et orbito-frontal, cortex insulaire antérieur) associées à l’auto-contrôle de la douleur alors que la crème placebo réduit la douleur en agissant sur les aires de gestion de la douleur (activation du cortex préfrontal dorsolatéral et désactivation du cortex somato-sensoriel secondaire). « Des résultats qui suggèrent que la méditation est un processus actif, une pratique d’ordre cognitif, alors que l’effet placebo relèverait plus d’un processus cognitif passif » analysent les auteurs.

Dans cette étude, la méditation « placebo » a montré l’implication de circuits neuronaux qui se superposent partiellement à ceux observés lors de la méditation de pleine conscience. Néanmoins, des différences apparaissent entre ces deux pratiques cognitives dans la gestion de l’épisode douloureux. « Ce qui est sûr, c’est que la « vraie » méditation de pleine conscience entraine une réduction de l’intensité et du ressenti bien plus grande (27% et 44%, respectivement) que la « fausse » méditation (8% et 27%). Secundo, en présence d’un stimuli douloureux, la méditation « fantôme » se caractérise par une activation plus forte du thalamus, du putamen gauche, du cortex cingulaire postérieur et une désactivation du cortex cingulaire antérieur et du cortex préfontal médian » écrivent les auteurs [1]. Des résultats qui, pris dans leur ensemble, suggèrent que la méditation placebo pourrait avoir réduit la douleur selon un effet relevant plutôt de celui observé avec la relaxation – qui s’accompagne d’un ralentissement de la respiration.

A noter : le thalamus est désactivé pendant la méditation de pleine conscience, alors qu’il l’est dans tous les autres états. Cette région cérébrale fonctionne comme une passerelle qui détermine si l’information sensorielle est autorisée à atteindre les centres cérébraux supérieurs. « En désactivant cette région, la méditation de pleine conscience a permis à ces signaux relayant la douleur de disparaitre » explique le chercheur [2].

Courtes séquences

« Cette étude est la première à montrer que les effets atténuateurs de la douleurs liées la méditation de pleine conscience passent par des voies très distinctes de celles qui interviennent lors de l’effet placebo ou encore d’une « fausse » méditation de pleine conscience » explique Zeidan.

« Sur la base de nos résultats de ces résultats, nous pensons que des sessions aussi courtes que 4 fois 20 min de méditation de pleine conscience peut améliorer la gestion de la douleur. Néanmoins, étant donné que l’étude a porté sur des volontaires sains, il est trop tôt pour les généraliser à la douleur chronique ».

Pour le chercheur Antoine Lutz qui travaille sur l'impact des thérapies méditatives sur la douleur et la dépression, l’idée de vouloir différencier de façon objective ce qui relève de la croyance d’un effet spécifique de la pratique méditative est « très intéressante », de même que le design de l’étude. Pour autant, il se dit « surpris » d’observer de telles différences entre les différentes interventions surtout sur une pratique de la méditation de 4 fois 20 minutes. Obtenir un tel effet sur la douleur en si peu de temps reflète-t-il vraiment l’acquisition d’une nouvelle compétence cognitive ou simplement un effet d’attente ou bien un effet d’instruction? De même, « les croyances des participants dans les effets thérapeutiques liés aux interventions placebo ou de méditation n’ont pas été suffisamment caractérisés» fait remarquer le chercheur lyonnais. Enfin, « la méditation est plus que de la relaxation mais la posture corporelle décontractée participe de l’effet méditatif, ne chercher à obtenir que l’effet mental de la relaxation – le pourquoi d’une méditation vraie vs une méditation « sham » - est très ambitieux ». Au final, cette étude a le mérite d’exister et de poser de bonnes question mais elle peine, tout de même, un peu à convaincre et demandera confirmation.

 

 

REFERENCES :

  1. Zeidan F, Emerson NM, Farris SR, et al. Mindfulness Meditation-Based Pain Relief Employs Different Neural Mechanisms Than Placebo and Sham Mindfulness Meditation-Induced Analgesia. The Journal of Neuroscience, November 18, 2015 : 35(46):15307–15325.

  2. Mindfulness Meditation Trumps Placebo in Pain Reduction , Wake Forest Baptist Medical Center, 13/11/2015.

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