Avec la COP 21, les pneumologues se lâchent

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

27 novembre 2015

Paris, France – Profitant de la COP 21, les pneumologues (dont notre blogueur, voir sa vidéo) montent au créneau pour alerter sur l’impact sanitaire de la pollution. Depuis quelques années seulement, la pneumologie, mais aussi la cardiologie et la cancérologie commencent à en mesurer les effets. Or, cette pollution va augmenter, et ses cofacteurs aussi : on constate par exemple la remontée vers le Nord de l’ambroisie, grande pourvoyeuse d’allergie.

Lors d’une conférence de presse organisée par la Société de Pneumologie de Langue Française, les Prs Bruno Housset (Créteil) et Philippe Delaval (Rennes) ont insisté sur 2 objectifs : développer une recherche clinique à la mesure de l’enjeu, et informer le grand public.

La recherche clinique est pour le moment quasi absente. L’épidémiologie a objectivé un certain nombre de risques de l’exposition aiguë et chronique. Mais à des questions aussi simples que l’intérêt du port d’un masque pour les sujets vulnérables, ou l’intérêt des épurateurs d’air à domicile, on n’a pour le moment aucune réponse. En fait, ce sont aujourd’hui les chinois qui font figure de leader en recherche clinique : par exemple, sur la question du masque, des travaux suggèrent une efficacité en cas d’insuffisance coronaire.

Le concept d'"exposome"

En arrière-plan d’une recherche clinique balbutiante, on cherche à développer de nouveaux concepts, comme celui d’exposome, néologisme désignant toutes les substances auxquelles un individu a pu être exposé au cours de son existence – y inclus in utero si l’on pense au tabagisme maternel. Ces substances pourraient se compter en dizaines de milliers ; l’exposition est extrêmement variable selon les lieux de vie, mais aussi, à l’intérieur d’une même ville, d’une rue à l’autre. Enfin, des paramètres psychosociaux semblent moduler les vulnérabilités. Pour réduire un peu le nombre de variables, on tente de raisonner en termes de mécanisme biologique activé, ou inhibé par des familles de polluants. Il reste que le champ de recherche est extrêmement complexe.

Pour affiner les données, les Autolib parisiennes vont être équipées de capteurs de particules fines. Le lancement coïncide avec la COP 21. L’objectif est de cartographier ces particules en temps réel. Indépendamment de la recherche, des applications pour limiter sa propre exposition aux particules sont envisageables (ainsi un cycliste pourrait emprunter telle rue plutôt qu’une autre).

Second objectif de la SPLF : alerter le grand public. Il est clair que le renfort de l’opinion publique ne sera pas de trop.

La toxicité des particules fines

La première préoccupation aujourd’hui vient des particules fines (PM 2,5 : particules de diamètre < 2,5 microns). Les particules plus grosses sont en principe évacuées de la trachée par le système muco-ciliaire. Les particules fines, en revanche, « passent dans le sang, et augmentent les maladies cardiovasculaires », explique le Pr Housset. « Les macrophages alvéolaires ne peuvent pas tout éliminer. C’est notamment le cas de l’amiante ».

Or, les PM 2,5 constituent un « carrefour », par lequel vont passer bon nombre d’effets du réchauffement climatique. Ces particules fines, jusqu’aux nanoparticules (< 100 nanomètres), complexent en effet les pollens ( alors que les saisons de pollinisation vont continuer de s’allonger), des virus, comme le virus respiratoire syncytial (VRS), et l’ozone (dont les concentrations vont, elles aussi, augmenter avec la durée d’ensoleillement). Enfin, la question n’est pas restreinte aux milieux urbains, puisque les feux de forêt, dont on prévoit la multiplication, sont gros producteurs de PM 2,5.

On parle beaucoup des pics de pollution, mais c’est la pollution de fond qui est en cause dans la BPCO, le cancer, la maladie asthmatique,… », ajoute le Pr Housset. On estime que 90% de la morbidité et mortalité observées sont liées à la pollution chronique.

« Pour les pneumologues, il n’existe pas d’effet seuil », ajoute le Pr Housset.

En revanche, il existe des normes européennes – parfois beaucoup moins strictes que celles de l’OMS, notamment en ce qui concerne les PM 2,5, révélait le Dr Jean-François Argacha (Bruxelles) au derniercongrès de l’European Society of Cardiology , en présentant une étude belge sur l’augmentation des infarctus du myocarde ST+ par des niveaux même faibles de pollution.

Message positif

Face à des intérêts aussi puissants que ceux du diesel, par exemple, de quels moyens disposent les pneumologues, pour, au moins, se faire entendre ? A la question posée par Medscape France, le Pr Housset a répondu par un chiffre : l’European Respiratory Society compte 30 000 membres.

Dès 2009, l’ERS avait lancé un appel dans une prise de position qui encourageait les médecins à exercer une pression sur les gouvernements de l’Union Européenne en faveur de mesures permettant à la fois d’atténuer les effets du changement climatique, et de s’y adapter.

Six ans plus tard, faute de mesure tangible, il y a au moins un bilan. Pour s’en tenir aux effets à long terme de la pollution, de « nouveaux » effets sanitaires sont décrits, en particulier sur la croissance et la reproduction, tandis que les effets déjà connus sont mieux chiffrés : 15% des nouveaux cas d’asthme et de cancer bronchique sont liés à la pollution atmosphérique. En France, les citadins voient leur espérance de vie réduite de 6 à 8 mois par la pollution, en particulier les particules. Enfin, pour terminer par un message positif, une réduction de la pollution, telle que la Californie l’a imposée par des normes drastiques, se solde par une régression des pathologies associées à l’échelle de la population. Et la réduction des particules fines et du dioxyde d’azote dans 5 villes du sud californien a été corrélée à une augmentation du volume et de la capacité pulmonaire des 11-15 ans. Donc on ne dira pas qu’on ne savait pas.

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