Le coaching par texto, allié du coronarien en prévention secondaire

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

7 décembre 2015

Sydney, Australie – Chez des sujets coronariens, le renforcement de la prise en charge habituelle par des textos (SMS) de prévention cardiovasculaire et de motivation, reçus sur son mobile au rythme de quatre par semaine, améliorent le LDL-C, l’index de masse corporelle (IMC), le tabagisme et l’activité physique à 6 mois. Ce résultat, publié dans le Journal de l’American Medical Association par une équipe australienne [1], démontre que des dispositifs simples et peu coûteux, (puisque l’envoi des messages est automatisé) peuvent se montrer efficaces - même si l’on ne sait pas encore combien de temps cette efficacité de maintiendra.

En 2011, une étude britannique publiée dans le Lancet avait déjà montré que l’envoi de textos pour renforcer la motivation des fumeurs à se sevrer, permet de doubler le taux d'arrêt de la cigarette.

Le travail en question est une étude randomisée, la Tobacco Exercise and Diet Messages (TEXT ME), menée de septembre 2011 à novembre 2013 chez 710 patients, porteur d’une maladie coronaire prouvée à l’angiographie ou victimes d’un premier IDM. Cette population était âgée de 58 ans en moyenne, elle comportait 82% d’hommes, et 53% de fumeurs.

Outre la prise en charge habituelle, la moitié des participants ont reçu quatre fois par semaine des textos, rappelant des principes de prévention, ou questionnant sur l’activité physique du jour, par exemple. Ces messages, basés sur les recommandations australiennes (Australian Heart Foundation Healthy Living Guidelines) étaient préenregistrés, et adressés automatiquement. Il ne s’agissait pas de messages personnels. Toutefois, des messages spécifiques ont été adressés aux fumeurs, et un certain degré de personnalisation pouvait apparaitre, avec la mention du prénom du récipiendaire, automatiquement ajouté dans le texte de certains messages.

Après 6 mois, et adressage de 96 messages, le LDL-C, considéré comme critère primaire, était significativement plus bas chez les sujets qui les avaient reçus (79 vs. 84 mg/dL ; p=0,04). De même la PAS (128,2 vs. 135,8 mm/Hg ; p<0,001), l’IMC (29 vs. 30,3 kg/m2 ; p<0,001) et la proportion de sujets restés fumeurs (26 vs. 43% ; p<0,001). L’activité physique hebdomadaire était, elle, significativement plus élevée dans le groupe intervention (936,1 vs. 624,7 MET.min/semaine ; p=0,003).

« La durée de ces effets reste cependant à déterminer », écrivent les auteurs, de même que « leurs conséquences cliniques ».

Sur la bonne voie

Dans un éditorial associé à l’article [2], les Drs Zubin J. Eapen et Eric D. Peterson (Duke Clinical Research Institute, Durham, Etats-Unis) remarquent que l’objectif de l’OMS et de l’American Heart Association, qui consiste à réduire la mortalité CV de 25% en 2015, « est difficile, et demandera des approches et des outils qui (1) ont prouvé leur bénéfice clinique, (2) peuvent être dimensionnés pour atteindre une large population, et (3) sont accessibles en termes de coûts ». En l’occurrence, le coût des 96 messages est évalué à 10 $ par patient.

Les éditorialistes mettent par ailleurs en avant une caractéristique des messages envoyés dans cette étude : « pour développer les messages utilisés dans cette étude, les investigateurs ont collaboré non seulement avec des cliniciens et des institutionnels mais aussi par des patients ». Au demeurant, dans l’étude, les messages adressés étaient considérés comme « faciles à comprendre » et « utiles » par 97% et 91% des destinataires respectivement. On note aussi que 86% des destinataires jugeaient la fréquence de 4 messages/semaine « appropriée ».

En soulignant que les applications santé utilisables sur smartphone, qui envahissent le marché, n’ont pas toutes été validées, loin s’en faut, les éditorialistes concluent que l’étude TEXT ME est sur la bonne voie, même si, passé ce premier essai monocentrique, « il reste du travail à faire ».

 

L’étude TEXT ME a été financée par la National Heart Foundation of Australia, et la Bupa Foundation.
Les auteurs rapportent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

REFERENCES :

  1. Chow CK, Redfern J, Hillis GS, et coll. Effect of lifestyle-focused text messaging on risk factor modification in patients with coronary heart disease . JAMA 2015; 314:1255-1263. Abstract

  2. Eapen ZJ, Peterson ED.Can mobile health applications facilitate meaningful behavior change ? JAMA 2015; 314:1236-1237.

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