Attentats : comment le Plan blanc a été mis en place à Paris

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

16 novembre 2015

Paris, France -- La Ministre de la Santé, Marisol Touraine, et le Président de la République ont, dès le 14 novembre, rendu hommage aux soignants parisiens qui ont contribué à la prise en charge des blessés des attentats parisiens. C’est grâce à cette mobilisation exemplaire que l’on a déploré à ce jour seulement 3 décès parmi les 100 blessés classés « Urgence Absolue ».

Deux dispositifs coordonnés d’accueil des blessés en nombre ont été mis en place : un dispositif de médecine de catastrophe sur les lieux des attentats, et une mobilisation des hôpitaux sous la forme d’un Plan blanc. Ces réponses s’inscrivent dans le cadre du plan Orsan (Organisation de la réponse du système de santé en situation sanitaire exceptionnelles) qui date de 2014 et qui chapeaute les Plans blancs.

Medscape.fr a rencontré un médecin du Samu de Paris et un urgentiste parisien qui racontent comment les soignants se sont mobilisés.

Au SAMU de Paris

Dès l’annonce des premiers blessés, une cellule de coordination a été mise en place au SAMU de Paris, à l‘hôpital Necker. Le bâtiment du SAMU de Paris a été sécurisé par la police car un risque d’attentat de la cellule de coordination avait été identifié.

Sur place, un Directeur des Secours Médicaux et des adjoints ont été individualisés afin de coordonner les opérations sur site, en collaboration avec la préfecture, l’Agence régionale de santé (ARS), la police, les sapeurs pompiers et la protection civile. Les SAMU et SMUR de banlieue ont aussi été mis à contribution, notamment le SAMU 93 en raison des attaques du Stade de France.

Sur les lieux des attentats, la situation a été gérée différemment selon les lieux : pour les attaques dans des bars et restaurants, après un premier tri régulé par le SAMU, les blessés ont été évacués directement vers les hôpitaux parisiens où le Plan blanc hospitalier avait été mis en place.

Boulevard Voltaire, à proximité du Bataclan - la salle de spectacle qui a été la cible d’une attaque -, un poste médical avancé (PMA) a été mis en place en se référant aux système de gestion utilisés en médecine de catastrophe. Les blessés ont été classés en « Urgence Absolue », « Urgence Grave », « Urgence ». Le poste médical avancé avait fini son tri deux heures après la fin de l'assaut du Bataclan.

3 degrés d’urgence : U1, U2, U3

Les blessés en « Urgence Absolue U1 » ont été dirigés pour la plupart directement dans les salles de réveil des hôpitaux afin d’être au plus près des services de réanimation et de blocs opératoires. Il s’agissait en général de blessés par balle, souvent avec atteinte multiple, qui nécessitaient des soins de chirurgie thoracique, digestive et orthopédique. Ce sont les médecins du SAMU et des pompiers qui ont pris en charge ces patients.

Les blessés classés « Urgence Relative U2 » ont été transférés dans les services d’urgence parisiens ou de proche banlieue par les pompiers ou des services de la protection civile ou de la Croix Rouge.

Enfin, les blessés les moins graves (blessés légers U3) ont été traités sur place avec consigne de consulter dans un service d’urgences dans les jours qui suivaient si leur état le nécessitait.

Toutes les personnes ayant subi un stress psychologique étaient pour leur part invitées à se rendre secondairement dans un lieu de consultation type « cellule psychologique ».

Une répétition générale au SAMU de Paris le matin même
Le vendredi matin 13 novembre au SAMU de Paris, les équipes de secours se sont prêtées à une répétition du Plan blanc en simulant des attaques terroristes multisites, Un timing étonnant suggérant l’identification d’un niveau d’alerte maximum plus qu’un hasard du calendrier.

Au sein des hôpitaux

Dès l’annonce de l’ampleur des attaques, les Plans blancs départementaux régionaux et nationaux ont été mis en place. Au sein de chaque hôpital, l’administrateur de garde a été informé dans un premier temps, puis le directeur afin de mettre en place une cellule de crise. Ils avaient pour mission de rappeler leur personnel d’astreinte, de réouvir des lits, d’évaluer la capacité à prendre en charge des blessés selon le type de blessure et les disponibilités des blocs opératoires. En raison de la particularité de ces attaques par arme à feu, des services de chirurgie thoracique ont été sollicités en dehors de la région parisienne (même s'ils n’ont pas reçu de patients finalement).

Les directeurs d’hôpitaux et les chefs de services avaient pour mission de « vider » les urgences des patients présents au moment des attaques en les orientant vers des lits hospitaliers rendus disponibles : il s’agissait en général de lits réservés pour des interventions chirurgicales ou hospitalisation programmées. Les lits d’hospitalisation des urgences devaient eux aussi être libérés au maximum.

Le personnel qui n’était pas d’astreinte avait comme consigne de rester joignable afin de se présenter à leur hôpital d’affectation si nécessaire, pour éviter un afflux de soignants dans un nombre restreint d’hôpitaux.

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