Autopsie virtuelle : une approche complémentaire qui s’affirme

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

4 décembre 2015

Paris, France – La rencontre de l’imagerie moderne et de la médecine légale a donné naissance à une nouvelle discipline, l’autopsie virtuelle, particulièrement utile en cas d’homicide, de polytraumatisme ou de décès opératoire, mais aussi en pédiatrie dans l’exploration des morts subites inattendues du nourrisson et des morts fœtales in utéro. Le sujet a fait l’objet de deux présentations lors de la conférence de presse des 63èmes Journées Françaises de Radiologie Interventionnelle [1].

De la « forensic radiology » à la Virtopsy©
L’imagerie tridimensionnelle, tomographie à rayons X (TDM ou scanner) et imagerie à résonnance magnétique (IRM), a révolutionné l’accès au corps des patients de leur vivant, pourquoi n’en ferait-elle pas autant après leur mort ?

Ce judicieux questionnement a conduit, en 1998, un radiopédiatre de l’Alabama du Sud, Gil Brogdon, à élaborer les bases de l’imagerie médicolégale dans un ouvrage – qui fait désormais référence – intitulé «Forensic radiology ». Le concept sera ensuite repris à Berne (Suisse) par l’équipe de Richard Dirnhofer, et plus particulièrement par l’un de ses membres, Michael Thali, qui développe un vaste programme d’évaluation de l’imagerie post mortem auquel il donne le doux nom de Virtopsy©, contraction de « virtual » (du latin virtualis) et de « autopsy ».

On peut définir l’autopsie virtuelle comme la réalisation d’une autopsie sans dissection du corps grâce à la combinaison de diverses techniques d’imagerie, dont l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et le scanner. Là où l’autopsie propose de « voir soi-même », la « Virtopsy » vient en complément pour «mieux voir » et orienter l’autopsie [2].

Chez l'adulte, un outil complémentaire

« Si l’arrivée de l’imagerie en coupes en thanatologie est récente, la radiographie est utilisée depuis longtemps en médecine légale, dès son invention en 1895 par Roentgen, les premières radiographies ont été effectuées en 1896 sur des patients, puis sur des cadavres à la recherche de projectiles d’arme à feu, un intérêt qui a été également compris immédiatement par les anthropologues pour l’étude des momies » explique le Dr Fabrice Dédouit (médecin légiste et radiologue, CHU Toulouse, Rangueil).

L’imagerie en coupe comme la radiographie doit être considérée comme un outil complémentaire de l’autopsie, au même titre que d’autres examens, la biologie moléculaire avec la recherche de l’ADN, la toxicologie ou l’anatomopathologie. Mais, par rapport à la radio classique, l’imagerie en coupe est beaucoup plus «rentable» pour le diagnostic. Le scanner sans injection permet d’identifier environ 15% des lésions qui ne sont pas observées à l’autopsie. A l’inverse, la moitié des lésions authentifiées à l’autopsie ne sont pas vues au scanner. Ce sont donc des approches complémentaires, insiste le médecin légiste.

Les avantages
- Absence de lésions corporelles, respect de l’intégrité du corps
- Non destruction de preuves ou d’indices susceptibles d’être endommagés à l’autopsie classique
- Conservation des images qui peuvent être transférées et analysées à distance, ou réexaminées à posteriori
- Présentation d’images devant un tribunal et non des photos d’autopsie
- Stockage des images dans une banque de données utile à la recherche et à la formation des étudiants
Les limites
- Problème d’accessibilité et de disponibilité des appareils d’imagerie
- Surcoût lié à ce panel d’examens/absence de valorisation technique des actes

Lésions osseuses, épanchements gazeux mieux vus au scanner

Le scanner est particulièrement intéressant pour les fractures osseuses : il permet d’avoir une vue complète du squelette, et tout particulièrement du rachis cervical haut difficile d’accès à l’autopsie, tout comme le massif facial. Le scanner met également en évidence les épanchements gazeux qui ne sont pas vus à l’autopsie: pneumothorax, pneumopéritoine, pneumopéricarde..., mais aussi les embolies gazeuses.

L’IRM présente, elle, l’avantage, par rapport au scanner, de fournir un très bon contraste spontané inter-tissulaire (sans injection de produit) et donc une très bonne visualisation des organes, comme le foie, la rate ou les reins, et bien sûr le cerveau.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....