Le cancer serait toxique pour le cœur, même en l’absence de chimiothérapie

Aude Lecrubier, Deborah Brauser

Auteurs et déclarations

9 novembre 2015

Vienne, Autriche — Si la cardiotoxicité de certaines chimiothérapies est bien connue, une nouvelle étude autrichienne suggère que le cancer, en lui-même, serait délétère pour le cœur.

Les résultats sont publiés dans la revue Heart [1].

L’étude, qui a porté sur plus de 500 patients qui n’avaient jamais reçu de traitement anti-cancéreux cardiotoxique auparavant, montre que les taux de troponine ultra-sensible et de cinq autres neurohormones cardiovasculaires sont élevés à l’entrée dans l’étude et augmentent au fur et à mesure que le cancer évolue.

 
Ces données suggèrent que des lésions myocardiques infra-cliniques sont directement liées à la progression de la maladie -- Dr Noëmie Pavo
 

En outre, la troponine ultra-sensible, les peptides natriurétiques NT-proBNP, MR-proANP, la pro-adrénoméduline, la pro-endothéline C- terminale (CT-proET-1) et la copeptine sont tous des marqueurs prédictifs de la mortalité toutes causes, le critère primaire d’évaluation, et ce, même après ajustement.

« Ces données suggèrent que des lésions myocardiques infra-cliniques sont directement liées à la progression de la maladie », notent les auteurs, le Dr Noëmie Pavo et coll. (Université médicale de Vienne, Autriche).

On peut regretter qu’il n’y ait pas de données sur la mortalité cardiovasculaire ou sur la mortalité due au cancer.

Des voies croisées ?

Les chercheurs viennois soulignent que précédemment, il a été montré que les cellules cancéreuses pouvaient produire des peptides vasoactifs comme l’adrénoméduline et l’endothéline-1 et des hormones cardiaques comme les peptides natriurétiques ANP et BNP. Ils notent, cependant, que jusqu’ici, en l’absence d’explication pour justifier leur présence, les niveaux élevés de peptides natriurétiques étaient considérés comme des faux-positifs.

Dans leur nouvelle étude, le Dr Pavo et coll. ont enrôlé 555 patients (60% des femmes) à l’hôpital général de Vienne entre avril 2011 et juin 2013. Les informations sur les tumeurs ont été recueillies à l’entrée dans l’étude et après un suivi moyen de 25 mois. Des prélèvements sanguins ont été réalisés en parallèle pour doser les marqueurs cardiaques.

Les chercheurs constatent qu’à 25 mois, 34% des participants étaient décédés. Et, bien que le marqueur le plus prédictif de la mortalité toutes-causes soit le NT-proBNP, d’autres marqueurs sont également statistiquement significatifs (voir tableau ci-dessous).

Risque relatif pour la mortalité toutes-causes/marqueurs cardiaques

Marqueur

RR ( IC 95%)

p

Troponine ultrasensible

1,21 (1,13-1,32)

<0,001

NT-proBNP

1.54 (1,24-1,90)

<0,001

MR-proANP

1,40 (1,10-1,79)

<0,01

MR-proADM

1,31 (1,19-1,44)

<0,001

CT-proET-1

1,21 (1,14-1,30)

<0,001

Copeptine

1,22 (1,04-1,42)

0,01

Le Dr Pavo et coll. notent également, qu’après ajustement pour la troponine ultrasensible, il existe toujours une association statistiquement significative entre la mortalité toutes-causes et les marqueurs à l’exception du MR-proANP. « Ceci souligne l’effet indépendant de ces hormones dans le cancer », notent les auteurs.

Les marqueurs augmentent avec la progression de la maladie

Les auteurs remarquent que les patients qui ont des tumeurs de stade 4 ont des taux d’interleukine-6 (IL-6), de protéine C réactive (CRP), d’haptoglobine et d’amyloïde sérique A supérieurs à ceux qui ont des tumeurs de stade 1 à 3.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....