Manque de sommeil des ados : en décalage horaire tous les matins

Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

5 novembre 2015

Paris, France –Déjà en 1994, une enquête Inserm réalisée sur plus de 12000 adolescents révélait que la moitié des adolescents se lèvent fatigués, que 43% ont souvent l’impression d’être fatigués dans la journée et que 7% s’endorment dans la journée.

Dr Chantal Stheneur

« Du fait d’un décalage physiologique de la phase d’endormissement, les adolescents vont avoir tendance à s’endormir beaucoup plus tard et à se réveiller spontanément plus tard. Or comme ils doivent se lever pour aller au lycée ils vont être constamment en dette de sommeil, un peu comme s’ils étaient en décalage horaire (jetlag) au moins pendant toute la matinée, ce qui rend difficile la concentration », explique le Dr Chantal Stheneur, pédiatre, spécialiste des adolescents à l’hôpital Sainte Justine de Montréal (Canada), à l’occasion des Entretiens de Bichat 2015 .

Retard de phase physiologique à la puberté
Le début du déclin de la sécrétion de mélatonine est concomitant du début de la puberté et c’est même un indicateur de la progression de la puberté. Le retard de phase du sommeil survient un an plus tôt chez les filles, marquant le début de la puberté mais son amplitude est moindre comparativement à celle des garçons. Le réalignement de phase de l’heure de coucher marque la fin de la puberté vers l’âge de 20 ans.

Agir sur l’hygiène de sommeil

«Outre le retard physiologique de phase, les adolescents ont souvent une assez mauvaise hygiène de sommeil. On sait que pour bien dormir il faut être dans une chambre ni trop chaude, ni trop froide, avec peu de bruit, pas trop de lumière, ne pas avoir faim, ni au contraire venir de manger, ne pas avoir pris d’excitants caféine, alcool, cigarettes ou autre. Il faut laisser un temps entre une activité intellectuelle intense et l’endormissement et depuis récemment, l’apparition des écrans à ajouter une problématique puisqu’ils émettent une lumière qui simule la lumière du jour donc empêche le cerveau de comprendre qu’on est en période de crépuscule et qu’il va être l’heure de dormir. Pour réussir à s’endormir, il faudrait avoir arrêté cette activité avec écran 1 à 2 h avant le coucher, ce qui est exceptionnel chez les adolescents qui regardent leur portable dans leur lit ou Facebook, c’est vraiment l’une des causes importantes des troubles du sommeil. Il faudrait pouvoir sortir les portables, les tablettes ordinateurs de la chambre des adolescents (des parents aussi…) » conseille la pédiatre.

Dans un travail mené auprès de 855 adolescents en Ile-de-France (thèse de C Spiry), la durée moyenne de sommeil des lycéens était de 7h14 (dette de 1h20 ) et de 20 à 30 % avaient des insomnies, plus souvent les filles. Le nombre d’heures de sommeil était corrélé à la qualité de vie et inversement corrélé au score de dépression hormis chez les gros dormeurs (> 10h)

« On sait que les apprentissages sont moins bons en cas de manque de sommeil et qu’on peut avoir des troubles de l’attention. Devant des signes de TDAH chez un adolescent, on devrait d’abord examiner la qualité du sommeil avant d’administrer des stimulants » insiste le Dr Stheneur.

« Se lever à 7 h n’est pas un bon rythme pour les adolescents. Aux Etats-Unis, certains enfants se lèvent même à 5 h pour faire des activités extrascolaires. Selon les dernières études menées sur le sujet, les cours en primaire devraient commencer à 9 h et au collège/Lycée à 10 h mais en France, il y a tellement d’heures de cours que c’est impossible à faire. »

Derniers conseils prodigués par le Dr Stheneur : indiquer à un adolescent qu’il est l’heure de se coucher a un impact certain (TCC), même si cela n’est pas immédiatement suivi d’un effet. Il ne faut pas hésiter à le répéter tous les soirs. Enfin, on peut tenter la mélatonine à courte durée d’action (celle à action prolongée est adaptée aux troubles du sommeil du sujet âgé), jusqu’à 9 à 10 mg. Mais si le trouble du sommeil n’est pas lié à la sécrétion de mélatonine, ce traitement n’aura aucun effet.

 

REFERENCE :

Stheneur C. Les troubles du sommeil de l’enfant et de l’adolescent Entretiens de Bichat 2015.

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