Toux psychogène de l’enfant : la thérapie comportementale efficace dans 95% de cas

Aude Lecrubier avec Diana Swift

Auteurs et déclarations

4 novembre 2015

Iowa City, Etats-Unis ― Face à une toux chronique « d’habitude » ou d’origine psychogène chez l’enfant, la thérapie comportementale est efficace dans la plupart des cas, selon une étude publiée le 16 octobre 2015 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology [1].

Pour les auteurs de l’étude, le Dr Miles Weinberger (Service de pédiatrie, centre hospitalo-universitaire pour enfants, Iowa City, Etats-Unis) et le Dr Mark Hoegger (Collège de Médecine, Iowa City, Etats-Unis), en premier lieu, il est primordial que les cliniciens apprennent à distinguer les toux « d’habitude » ou d’origine psychogène des autres toux chroniques « afin d’éviter des examens complémentaires poussés et couteux et les traitements inutiles » mais aussi parce qu’elles sont « associées à une morbidité considérable. » Cependant, toute la difficulté vient du fait que ces toux d’habitude ou psychogènes sont rares.

Toux chronique, d’habitude, psychogène, tics … quelques définitions
La toux est considérée comme chronique lorsqu’elle excède 4 semaines. Afin d’en identifier la cause, la réalisation d’une radiographie du thorax et un bilan biologique minimal à la recherche d’un syndrome inflammatoire sont pratiqués. Un avis spécialisé peut être nécessaire.

La toux d’habitude (>4 semaines) se traduit parune petite toux sèche ou un raclement de gorge qui se répète plusieurs fois par minute sur de longues périodes, et même parfois toute la journée mais qui disparait la nuit pendant le sommeil. La toux d’habitude peut s’installer à la suite d’une infection des voies aériennes. Elle s’apaise lorsque l’enfant est plongé dans une activité mais peut se majorer après un stress émotionnel ou physique.

La toux psychogène (>4 semaines) est une toux plus permanente à type de « cornage » ou aboyante. Elle est d’avantage en rapport avec une pathologie psychique sous-jacente : somatisation, anxiété, dépression. Il existe des diagnostics différentiels possibles : trachéomalacie…

Les tics correspondent à des mouvements brusques, impérieux, stéréotypés, identiques à eux-mêmes, sans rythme. Ils se produisent le plus souvent au niveau des muscles du visage ou des épaules. Les tics transitoires (simples) surviennent chez 4 à 24 % des enfants à l’école élémentaire. Ils sont peu intenses, sans retentissement social et durent moins d’un an. Ils sont temporairement suppressibles par la volonté.

Source : Bertrand Delaisi, Unité de Pneumologie Pédiatrique, Hôpital Robert Debré – Paris

« Une fois identifiée, une thérapie comportementale simple peut faire disparaître la toux d’habitude chez la plupart des enfants », écrivent les auteurs.

Les Dr Weinberger et Hoegger appuient leurs conclusions sur les résultats d’une étude menée entre 1995 et 2004 dans leur clinique dédiée à l’allergie pédiatrique. Sur les 140 enfants souffrant de toux répétitive, 55% étaient des garçons âgés de 4 à 18 ans (10 ans en moyenne).

Chez la plupart des patients, la toux était « aboyante » mais une toux plus sèche plutôt de type raclement de gorge était présente dans 10 % des cas. Dans 11 % des cas, les deux types de toux coexistaient.

A la première consultation, la toux durait depuis en moyenne 4 mois (d’un mois à un an). Les enfants avaient généralement reçu du salbutamol (bronchodilatateur), des corticoïdes oraux, du montéluklast (leucotriènes sulfidopeptidiques), des corticoïdes inhalés, des antibiotiques, des anti-acides, ou des antitussifs. Ils avaient effectué plusieurs visites aux urgences et 4 avaient même été hospitalisés. Lors des consultations, 85 enfants ont eu des crises de toux.

Grâce à une approche comportementale simple, la toux a cessé pendant 15 à 30 minutes chez 81 des 85 patients qui toussaient (95%).

Une approche comportementale simple
1) Montrer au patient que l’on est confiant sur le fait que la toux va s’arrêter.

2) Lui expliquer que la toux est un cercle vicieux qu’il faut briser. Qu’elle est d’abord provoquée par une irritation de la gorge puis que la toux entretient l’irritation ce qui induit de nouvelles quintes de toux, etc. Expliquer que retarder une quinte de toux même de quelques secondes est un pas en avant vers la guérison.

3) Inciter le patient à s’empêcher de tousser pendant un court moment chronométré, 1 minute, par exemple. Augmenter ce temps progressivement et proposer des solutions pour calmer l’irritation comme de boire de l’eau tiède, ou faire des inhalations.

4) Conforter le patient sur le fait qu’il arrive de mieux en mieux à maîtriser son envie de tousser. « Il devient plus facile de retenir la toux, n’est-ce pas ? » (Le fait de hocher la tête positivement, entraîne généralement une réaction similaire chez le patient).

5) Lorsque le patient est capable de s’empêcher de tousser volontairement (en général pendant près de 10 minutes), demander : « Vous commencez à sentir que vous pouvez refreiner votre envie de tousser, n’est-ce pas ? ». (Hochement de tête positif).

6) Terminer la session lorsque le patient a répondu positivement plusieurs fois à la question « Avez-vous le sentiment que vous pouvez résister à l’envie de tousser par vous-même ? » Cette question n’est posée que lorsque le patient n’a pas toussé pendant au moins 5 minutes.

7) Se montrer confiant sur le fait que si l’envie de tousser revient à la maison, l’enfant sera parfaitement capable de refaire ce qu’il vient de faire lors de la séance (autosuggestion).

Pour souligner l’importance de leurs résultats, les auteurs citent une étude de la Mayo Clinic chez des enfants qui n’ont pas bénéficié d’une thérapie comportementale et dont les résultats sont bien moins probants.

Les 60 enfants qui ont participé à l’étude souffraient d’une toux chronique inexpliquée depuis 7 à 8 mois en moyenne. Chez 44 patients (73%), la toux d’habitude a persisté pendant 6 mois de plus en moyenne avant de disparaître spontanément. En revanche, les 16 autres (27%) toussaient toujours 6 ans après, en moyenne.

Si l’approche comportementale ne suffit pas, le Dr Bertrand Delaisi propose d’essayer l’orthophonie pour faire prendre conscience et améliorer la connaissance de son anatomie. Des exercices de contrôle de l’organe phonatoire peuvent s’avérer utiles.

Différentes méthodes qui agissent sur l’arc reflexe peuvent aussi être proposées : phoniatrie, chant, relaxation, sophrologie…

En cas d’échec des approches précédentes, mais aussi de conséquences sociales importantes ou lorsqu’il parait clair qu’il existe une pathologie psychiatrique sous-jacente, il faut recommander un rendez-vous avec un pédopsychiatre.

 

Les auteurs n’ont pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

REFERENCES :

1. Weinberger M., Hoegger, M. The cough without a cause: Habit cough Syndrome. Lettre à l’éditeur. J Allergy Clin Immunol. Publié en ligne le 16 octobre 2015.

2.Toux psychogène? Dr Bertrand Delaisi. Unité de Pneumologie Pédiatrique Hôpital Robert Debré – Paris. Congrès Francophone Pédiatrique de Pneumologie et d'Allergologie 2013

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