Chirurgie et chimiothérapie : les résistances vont devenir un casse-tête pour l’antibioprophylaxie

Aude Lecrubier, Lara C.Pullen

Auteurs et déclarations

3 novembre 2015

Princeton, Etats-Unis – Les bénéfices associés à un acte chirurgical ou à une chimiothérapie dépendent en grande partie de la prévention des infections. Or, l’efficacité de l’antibiothérapie prophylactique diminue en raison de l’augmentation de la résistance aux antibiotiques. Une simulation du nombre d’infections et de décès associés à la montée de l’antibiorésistance aux Etats-Unis révèle une situation préoccupante. Les données sont publiées dans le Lancet Infectious Diseases [1].

Tellant et coll. décrivent un futur dans lequel les patients qui ont besoin d’une chirurgie ou d’une chimiothérapie ne sont plus protégés des infections potentiellement mortelles-- Dr Joshua Wolf

« Tellant et coll. décrivent un futur dans lequel les patients qui ont besoin d’une chirurgie ou d’une chimiothérapie ne sont plus protégés des infections potentiellement mortelles par l’antibioprophylaxie. Tous les médecins ont la responsabilité d’empêcher cette situation de devenir la réalité de nos patients en soutenant le combat contre la résistances aux antibiotiques à travers le monde et en utilisant les antibiotiques de façon raisonnée dans leur pratique », alerte le Dr Joshua Wolf (Hôpital de recherche pédiatrique St Jude, Memphis, Etats-Unis) dans un éditorial accompagnant l’article [2].

En pratique,les auteurs, le Dr Aude Teillant (Biologie de l’écologie et de l’évolution, Université de Princeton, Etats-Unis) et coll. ont évalué l’efficacité de l’antibiothérapie prophylactique et l’antibiorésistance pour les 10 interventions chirurgicales les plus courantes aux Etats-Unis et pour la chimiothérapie des hémopathies malignes (leucémies, lymphomes, myélomes).

Les 10 interventions chirurgicales les plus fréquentes étaient, dans l’ordre : la césarienne, la biopsie prostatique, la chirurgie vertébrale, l’avortement chirurgical (aspiration), l’hystérectomie, l’implantation de pacemaker, la pose d’une prothèse de hanche totale, l’appendicectomie, la chirurgie colorectale, la chirurgie de la fracture du col du fémur.

Les auteurs ont réalisé une méta-analyse d’essais contrôlés randomisés sur l’antibioprophylaxie à l’hôpital entre 1968 et 2011. Puis, ils ont estimé le nombre d’infections et de décès qui seraient associés à différents niveaux de baisse de l’efficacité de l’antibioprophylaxie.

Infections : résistance aux antibiotiques dans un tiers à la moitié des cas

Les auteurs montrent qu’aux Etats-Unis, la protection contre l’infection conférée par l’antibioprophylaxie oscille de 35% pour la chimiothérapie à 86 % pour l’implantation d’un pacemaker.

En parallèle, ils estiment qu’entre 38,7% et 50,9% des bactéries qui induisent une infection au niveau du site chirurgical sont résistantes aux antibiotiques prescrits en prophylactique. Et, pour la chimiothérapie, 26,8% des infections sont dues à des bactéries résistantes aux antibiotiques.

Proportions d’infections dues à des germes résistants après chirurgie et chimiothérapie

Type d’intervention

Antibiothérapie prophylactique standard

Principaux germes

% d’infections causées par des bactéries résistantes

Césarienne, hystérectomie

Céfazoline

Staphylococcus aureus (19,7%), Escherichia coli

(12,9%),

Staphylocoque à coagulase négative (7,1%),

Enterococcus faecalis (8,3%),

Streptococcus spp (7,6%)

38,7%

Biopsie prostatique

Fluoroquinolone

E coli (91,0%), Pseudomonas aeruginosa (9,0%)

Isolats cliniques: 50,0–90,0%;

Cultures rectales avant biopsie: 20,5%

Chirurgie vertébrale, prothèse de hanche totale, fracture de hanche

Céfazoline

S aureus (47,1%), Staphylocoque à coagulase négative

(11,0%), Streptococcus spp (5,6%),

E faecalis (4,6%),

P aeruginosa (4,4%)

47,7%

Implantation de pacemaker

Céfazoline

S aureus (30,7%), Staphylocoque à coagulase négative (13,4%),

P aeruginosa (7,9%),

E coli (6,4%), Klebsiella pneumoniae/Klebsiella oxytoca (5,9%)

50,9%

Appendicectomie, chirurgie colorectale

Céfazoline et métronidazole

E coli (18,6%),

S aureus (11,5%),

E faecalis

(9,3%),

Enterococcus spp (5,9%),

P aeruginosa (5,6%)

43,2%

Chimiothérapie

Fluoroquinolone

S aureus résistant à la méticilline(11,3%),

E coli multi-résistante (8,0%),

Enterococci résistant à la vancomycine(4,2%),

P aeruginosa multi-résistant (3,3%)

26,8%

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