Risque infectieux : 50% de contaminations lors du retrait des tenues de protection

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

23 octobre 2015

Cleveland, Etats-Unis – Les blouses et gants employés par le personnel de santé pour se protéger de la contamination, ne protègent que si l’on sait s’en servir. Un travail américain publié dans le JAMA Internal Medicine avance des chiffres de 40 à 50% de contaminations des mains ou des poignets, lors du retrait des gants par du personnel de santé tout venant [1].

Ce même travail montre cependant qu’une formation est efficace, et permet de réduire fortement ce taux de contamination – qui reste toutefois de l’ordre de 12%.

Des études antérieures ont déjà montré que le port d’une tenue de protection n’empêche pas 2 à 5% du personnel soignant d’être infectés par des bactéries multi résistantes, de présenter des traces de contamination des mains lors du retrait des gants [2-4]. Des équipes du CHU de Créteil ont par ailleurs publié l’an dernier le chiffre de 24% des soignants de patients infectés par C. difficile, présentant une contamination des mains par des spores après retrait des gants [5].

Expérience de contamination

La question se fait un peu plus insistante à chaque nouvel épisode épidémique de grippe aviaire ou d’Ebola : quelle serait la valeur protectrice non pas théorique mais bien dans la vraie vie, des tenues de protection que revêtirait le personnel de soins ? Pour le savoir, les Américains sont donc passés au test. Le travail comporte 3 volets.

Premièrement, dans une expérience de contamination effectuée en laboratoire par des personnels de santé portant des gants contaminés par un produit fluorescent (révélé par illumination aux UV) et un bactériophage inoffensif de Coli (MS2), le retrait des gants s’est soldé par une contamination de la main ou du poignet dans 58% des cas par le produit fluorescent, et dans 52% par le bactériophage (p=0,45). L’utilisation de produit fluorescent reflète donc à priori de manière réaliste ce qui pourrait se produire avec un virus pathogène.

Deuxièmement, dans 4 hôpitaux de la région de Cleveland, du personnel de santé a été recruté pour participer à une expérience de contamination par produit fluorescent. L’expérience consistait à déposer 0,5 ml de produit sur un gant, puis à se frotter les mains entre elles, et éventuellement contre la casaque de protection. Il était ensuite demandé au participant de retirer son équipement de protection selon la technique qu’il estimait devoir employer. La contamination éventuelle était recherchée sur toutes les zones exposées du corps par illumination aux UV (mains, avant-bras, cou, visage, cheveux, et vêtements).

Erreurs de manipulation

Au total 435 simulations ont été effectuées : 56% par des infirmières, 27% par du personnel de soins (kinésithérapeutes, techniciens de radiologie, diététiciens, travailleurs sociaux,…) et 17% par des médecins. Ces simulations n’ont concerné que les gants dans 54% des cas, et la casaque dans 46% des cas.

Globalement, des contaminations ont été constatées dans 46% des simulations, plus fréquemment avec les gants qu’avec la casaque (53% vs. 38% ; p=0,002). On note que ces chiffres ne sont pas significativement différents d’un hôpital à l’autre.

Des techniques d’habillage ou de déshabillage incorrectes ont été observées dans 39,5% des simulations. Une fois encore, ce chiffre ne diffère pas d’un hôpital à l’autre (p=0,13), ni, plus surprenant, d’une catégorie de personnel de santé à une autre (p=0,26).

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....