Quinolones : prudence indispensable, rappelle l’ANSM

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

21 octobre 2015

Saint-Denis, France – L’ANSM met en ligne un point sur la sécurité des quinolones administrées par voie générale [1].

« Suite à la persistance de signalements d’effets indésirables connus, l’ANSM souhaite rappeler aux professionnels de santé et aux patients les risques d’effets indésirables des quinolones qui nécessitent une restriction d’utilisation ou une surveillance particulière », explique l’agence.

Sont donc listées les manifestations nombreuses et sévères qui doivent conduire le patient « à consulter un médecin ».

Les tendinopathies

L’ANSM rappelle qu’elles sont rares mais potentiellement graves puisque les conséquences peuvent aller jusqu’à la rupture d’un tendon. Le risque est accru en cas de corticothérapie, chez les patients âgés, ou pratiquant une activité sportive intense, ou encore au moment de la reprise de la marche chez un patient alité.

La survenue d’une tendinopathie nécessite l’arrêt du traitement et l’exclusion ultérieure des quinolones, ainsi qu’une « prise en charge appropriée (notamment mise au repos du tendon, contention appropriée, talonnette ou encore avis en milieu spécialisé) ».

L’allongement de l’intervalle QT

Chez les patients présentant un allongement congénital ou acquis de l’intervalle QT, des troubles électrolytiques (en particulier une hypokaliémie), une bradycardie, une insuffisance cardiaque, ou des antécédents de troubles du rythme, ainsi que chez les patients âgés, ou traités par un autre médicament susceptible d’impacter le QT, certaines quinolones doivent faire l’objet de « précautions d’emploi, voire de contre-indication ».

Selon un classement européen, la moxifloxacine a un potentiel d’allongement du QT élevé. La lévofloxacine, la norfloxacine, l’ofloxacine et la ciprofloxacine ont un potentiel d’allongement du QT moyen. L’énoxacine, la péfloxacine et la loméfloxacine ont un potentiel d’allongement de l’intervalle QT faible ou inconnu.

« Il est important d’inviter les patients à consulter immédiatement un médecin en cas de survenue de signes évocateurs d’une arythmie cardiaque », souligne l’ANSM.

Les neuropathies périphériques

« Des neuropathies périphériques sensitives et sensitivo-motrices ont été rapportées sous quinolones » rappelle l’ANSM, en précisant que les symptômes, à type de sensations de brûlure, de fourmillements, de picotements, de douleur ou encore d’engourdissement, notamment au niveau des mains ou des pieds, peuvent survenir rapidement après l’initiation de la quinolone.

Dès l’apparition de symptômes évocateurs, il est important que le patient consulte son médecin, afin de prévenir une éventuelle évolution vers une atteinte irréversible.

La photosensibilisation

La prise de quinolone nécessite de se protéger du soleil ou des rayonnements UV afin d’éviter les réactions de photosensibilisation. Cette protection s’impose durant toute la durée du traitement, et doit être poursuivie durant quelques jours, selon la demi-vie d’élimination de la quinolone.

Autres effets indésirables

D’autres effets indésirables dont certains spécifiques à certaines quinolones, peuvent survenir en cas de prédisposition.

Parmi ces effets indésirables, l’ANSM souligne en particulier les risques de convulsions, de manifestations neuropsychiques pouvant dans de rares cas conduire à des suicides (parfois après une seule prise, souligne l’ANSM), de réactions cutanées bulleuses graves, d’aggravation d’une myasthénie, d’effets hépatiques, de troubles de la glycémie, d’hémolyse en cas de déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD), de troubles de la vision.

A propos de ce dernier effet, l’ANSM souligne qu’un « ophtalmologiste doit être consulté immédiatement si la vision se dégrade », et indique que « l’association entre la prise de quinolones et la survenue de décollement rétinien est en cours d’évaluation au niveau européen notamment suite aux résultats d’une étude pharmaco-épidémiologique récente menée par l’ANSM à partir des données de l’assurance maladie ».

« Bien que les quinolones soient commercialisées depuis plus de 20 ans et que leur profil de risque puisse être considéré comme caractérisé, l'ANSM reste attentive à tout élément nouveau qui pourrait faire évoluer l'information sur ces médicaments », conclut l’agence, en invitant les professionnels de santé et les patients à consulter les RCP et les notices des médicaments disponibles dans la Base de données publique des médicaments.

 

REFERENCE :

  1. See comment in PubMed Commons below Profil de sécurité des quinolones administrées par voie générale - Point d'Information ANSM du 15 octobre 2015.

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