SEP primaire progressive : efficacité de l’anticorps anti-CD20 ocrelizumab

Aude Lecrubier, Pauline Anderson, Sue Hugues

Auteurs et déclarations

19 octobre 2015

Barcelone, Espagne     ― Pour la première fois, un traitement semble réellement efficace dans la sclérose en plaques primaire progressive (SEP-PP). Selon les résultats de l’étude de phase 3 ORATORIO présentés lors de l’ECTRIMS (    European Committee for Treatment and Research in Multiple Sclerosis) 2015, l’anticorps monoclonal injectable ocrelizumab (Roche) limite     significativement la progression du handicap des patients atteints de la maladie par rapport à l’administration d’un placebo [1].

 
Nous avons ouvert une brèche dans le mur. Nous pouvons enfin faire quelque chose dans la sclérose en plaques-PP -- Dr Jerry Wolinsky
 

Aujourd’hui, aucun traitement n’est approuvé dans cette forme de la maladie qui touche environ 10 à 15 % des personnes atteintes de sclérose en plaques     (aggravation continue du handicap dès l’apparition des symptômes sans période de rémission). Les médicaments immunomodulateurs indiqués dans le traitement de la SEP rémittente (stéroïdes, interféron, acétate de glatiramère (Copaxone®, Teva), agents oraux, natalizumab (Tysabri®, Biogen) et alemtuzumab (    Lemtrada®, Sanofi) n’ont malheureusement pas validé leur efficacité dans la SEP-PP.

« Il y a eu 4 ou 5 études dans la sclérose en plaques primaire progressive (SEP-PP) au cours des 20 dernières années, mais c’est la première fois que l’on     a un résultat sur le critère primaire d’efficacité. Tous les autres essais ont été des échecs. Nous avons ouvert une brèche dans le mur. Nous pouvons enfin     faire quelque chose dans la sclérose en plaques-PP », a commenté le principal investigateur d’ORATORIO, le Dr Jerry Wolinsky (Université     du Texas, Etats-Unis) pour Medscape.com.

L’ocrelizumab est un anticorps monoclonal qui cible les lymphocytes CD20. Ces derniers seraient impliqués dans la destruction de la myéline et des axones     observés dans la sclérose en plaques.

Dans l’essai multicentrique, en double aveugle, ORATORIO, 732 patients atteints de SEP-PP ont été randomisés pour recevoir soit 600 mg d’ocrelizumab tous     les 6 mois (2x300 mg espacés de 2 semaines) soit un placebo. L’essai en aveugle a duré 120 semaines minimum.

L’ocrelizumab limite la progression du handicap

Le critère primaire d’efficacité est le temps avant la progression du handicap, défini par une aggravation continue sur au moins 12 semaines du degré     d’incapacité physique mesuré par l’échelle EDSS (Expanded Disability Status Scale).

L’ocrelizumab réduit le risque de progression du handicap pendant au moins 12 semaines de 24 % vs placebo (p=0,0321). En parallèle, il diminue de 25% le     risque de progression du handicap pendant au moins 24 semaines (p=0,0365) et de 29% le temps requis pour parcourir une distance à pied de 25 pas soit 7,62     mètres (p=0,0404).

En outre, avec l’ocrelizumab, l’hyperintensité en T2, reflet des lésions de myéline, baisse de 3,4% sur 120 semaines comparé au placebo, ce qui augmente le     volume de T2 de 7,4% (p<0,0001). Sur 120 semaines, globalement, l’ocrelizumab réduit le taux de perte du volume cérébral de 17,5% vs placebo (p=0,0206).

Un profil de tolérance satisfaisant

L’incidence des effets secondaires est similaire chez les patients recevant l’ocrelizumab vs placebo (95,1% vs 90 %, respectivement), tout comme les     événements indésirables sévères (20,4% vs 22,2%, respectivement) et notamment les infections graves.

L’effet secondaire le plus fréquemment observé regroupe les réactions modérées à sévères au point d’injection (39,9 % vs 25,5% pour le placebo).

Le rôle central des lymphocytes B

D’après le laboratoire Roche, ces résultats positifs valident l’hypothèse selon laquelle les lymphocytes T jouent un rôle central dans la maladie.

En outre, les études pré-cliniques ont montré que l’ocrelizumab ne se liait pas aux cellules souches ou aux cellules plasmatiques ce qui suggère que     d’importantes fonctions du système immunitaire seraient préservées.

A ces résultats porteurs d’espoirs dans la SEP-PP s’ajoutent ceux, également positifs, de deux autres essais de phase 3, OPERA I et    OPERA II, qui évaluent l’ocrelizumab dans la SEP-récurrente rémittente et qui sont, eux aussi, présentés à l’ECTRIMS 2015 (voir article).

L’ensemble des données de ces trois essais de phase 3 seront présentées aux autorités de régulation en vue d’obtenir des autorisations de mises sur le     marché début 2016.

 

REFERENCE:

  1.    

    Congress of the European Committee for Treatment and Research in Multiple Sclerosis (ECTRIMS) 2015. Résumés 246 and 2368.

       

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