« Grippe : pour éviter l’hospitalisation, passez à la vaccination » : la campagne qui inversera la tendance ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

15 octobre 2015

Paris, France – « La grippe est l’infection épidémique qui tue, chaque année, le plus de personnes en France ». Cet intitulé de l’éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 13 octobre 2015, consacré à l’épidémie de grippe de l’année dernière, donne le ton [1].

 
La grippe est l’infection épidémique qui tue, chaque année, le plus de personnes en France.
 

Pour la saison 2014-2015, le bilan de l’épidémie a été particulièrement meurtrier, notamment chez les personnes de plus de 65 ans . En attendant d’obtenir des estimations plus précises, les chercheurs de l’InVS ont comptabilisé le nombre de certificats de décès de l’hiver dernier et ont observé 18 300 décès toutes causes supplémentaires par rapport à la moyenne, principalement attribuables à la grippe.

« Nous pensons que la grippe a joué un rôle très important dans ces décès parce que les températures n’ont pas été très basses et qu’il n’y a pas vraiment eu d’autre épidémies concomitantes », a commenté Isabelle Bonmarin, épidémiologiste et coordinateur de la surveillance de la grippe au sein de l’unité des maladies à prévention vaccinale à l’InVS, pour Medscape France.

Les plus de 65 ans particulièrement touchés

L’excès de mortalité s’est essentiellement concentré chez les plus de 65 ans puisque 91% des décès ont concerné cette tranche d’âge.

Dans cette même tranche d’âge, le nombre de passages aux urgences et le nombre d’hospitalisations pour grippe après passage aux urgences ont été particulièrement élevés, respectivement de 30 911 et de 3 361. Aussi, près de la moitié des cas graves admis en réanimation les concernaient. Enfin, le nombre d’épisodes recensés en collectivités de personnes âgées a lui aussi été très important (1328 épisodes).

En cause, le virus de type A (H3N2), majoritaire l’hiver dernier (53%), et qui est connu pour être responsable de complications chez les sujets à risque, et notamment chez les seniors.

Cette situation à risque a été renforcée par l’inadéquation entre les souches A (H3N2) circulantes et celles contenues dans le vaccin mais aussi par la faible couverture vaccinale dans cette tranche d’âge.

Cette année, la souche A (H3N2) est toujours en circulation. Et, si le vaccin antigrippal est actuellement parfaitement adapté aux antigènes des souches grippales circulantes, elles peuvent encore muter. Le phénomène étant « fréquent et imprévisible ».

Composition du vaccin 2015-2016
-Souche analogue à A/California/7/2009 (H1N1) pdm09-

-Souche analogue à A/Switzerland/9715293/2013 (H3N2)

-B/Phuket/3073/2013 (lignée Yamagata)

« La même situation risque de se reproduire cet hiver si la couverture vaccinale demeure faible », alertent la DGS, la Cnamts, l’InVS, l’Inpes et l’ANSM dans un communiqué de presse conjoint [2].

Pourquoi vacciner les seniors pourtant peu répondeurs au vaccin ?

D’après les calculs de l’InVS publiés dans le BEH, même si l’efficacité du vaccin antigrippal chez les personnes âgées est très modérée (de l’ordre de 35%), « l’impact de la vaccination contre la grippe saisonnière sur la mortalité des personnes âgées en France est conséquent, avec une estimation d’environ 2500 décès évités par an sur la période 2000-2009 » pour une couverture vaccinale moyenne de l’ordre de 62 % chez les plus de 65 ans.

 
Si la couverture vaccinale atteignait le taux de 75 % recommandé par l’OMS, près de 3000 décès seraient évités chaque année [chez les plus de 65 ans] -- Jean-Claude Desenclos
 

Cependant, la couverture vaccinale des plus de 65 ans n’a été que de 48,5% l’année dernière (35% des 65-69 ans et 54,6% des plus de 70 ans) vs 51,9% en 2013. Une tendance à la baisse observée sur plusieurs années. Depuis 2008, la vaccination, dans cette tranche d’âge a chuté de 16 points.

Ce recul de la vaccination chez les plus de 65 ans a incité, la DGS, l’assurance maladie, l’InVS, et l’Inpes à réserver une large part de leur nouvelle campagne de communication plurimédia intitulée « Grippe : pour éviter l’hospitalisation, passez à la vaccination » aux personnes de 65 ans et plus.

« Si la couverture vaccinale atteignait le taux de 75 % recommandé par l’OMS, près de 3000 décès seraient évités chaque année [chez les plus de 65 ans]», insiste Jean-Claude Desenclos, directeur scientifique de l’InVS.

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