Antidépresseurs chez l'adolescent : l'étude 329 est un cas d’école de fraude scientifique

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

1er octobre 2015

La contre-expertise du RIAT

Dans ce contexte de controverse et suite au refus de GSK de ré-analyser les résultats de l'étude 329, le RIAT a décidé de reprendre les données en suivant le protocole initial de Martin Keller et coll. En parallèle, Joanna Le Noury et coll. ont pu analyser 34 % des dossiers patients. Après de longues tractations, les dossiers patients (77 000 pages) ont été rendus disponibles par GSK par l'intermédiaire d'un seul ordinateur portable sécurisé, rendant le travail particulièrement laborieux, et surnommé «le périscope» par les chercheurs du RIAT.

Des médicaments pas plus efficaces que le placebo

4 variables de valeur significative ont été introduites en cours d’étude sans mention de leur analyse post-hoc. Il s'agit d'une infraction caractérisée aux règles des essais contrôlés randomisés.

Il résulte de l’analyse du RIAT que l’IRSS paroxétine (20-40 mg) et l’antidépresseur tricyclique imipramine (200 à 300 mg) ne sont pas significativement plus efficaces que le placebo après 8 semaines de traitement pour les critères d’efficacité primaires (score HAM-D et proportion de répondeurs) et secondaires (échelle de dépression de la K-SADS, impression clinique globale …).

Entre l’entrée dans l’étude et l’évaluation après les 8 semaines de traitement, les baisses du score sur l’échelle de la dépression d’Hamilton sont respectivement de 10,7, 9 et 9,1, (p=0,2).

Pour expliquer la différence entre les données d’efficacité rapportées à l’origine et celles du RIAT, les chercheurs pointent plusieurs violations du protocole de l'étude. «Nous nous sommes tenus aux méthodes du protocole et à la désignation des critères primaires et secondaires [initialement énoncés] » contrairement à ce qui a été fait en 2001. A titre d’exemple, les chercheurs du RIAT notent que dans l’analyse de Keller et coll., 4 variables de valeur significative ont été introduites en cours d’étude sans mention de leur analyse post-hoc. Il s'agit d'une infraction caractérisée aux règles des essais contrôlés randomisés.

Plus d’effets secondaires sévères et psychiatriques avec la paroxétine

Concernant la tolérance, l'analyse 2015 montre qu'elle est moins bonne dans les groupes recevant les traitements actifs. Le RIAT relève plus d’événements en relation avec le suicide (tentatives de suicide, idéation suicidaire) et de comportements agressifs chez les patients traités par paroxétine et plus de problèmes cardiovasculaires chez les patients recevant de l’imipramine vs placebo.

Comparaisons des effets secondaires associés à la paroxétine vs placebo (RIAT)

 

Paroxétine (n=93)

Placebo (n=87)

Fréquence des effets secondaires (paroxétine/placebo)

Effets secondaires (total)

481

330

1,4

Effets secondaires sévères

70

24

2,6

Effets secondaires psychiatriques

63

25

4

Patients suicidaires

11

1

10,3

Dans la nouvelle analyse, par rapport au placebo, le RIAT dénombre 1,4 fois plus d’effets secondaires associés à la paroxétine, 2,6 fois plus d’effets secondaires sévères, 4 fois plus d’événements indésirables psychiatriques et 10 fois plus de patients suicidaires.

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