Antidépresseurs chez l'adolescent : l'étude 329 est un cas d’école de fraude scientifique

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

1er octobre 2015

Bangor, Royaume-Uni -- Blanc un jour, noir, 14 ans après... Une nouvelle analyse des données de l'étude 329 invalide les conclusions de la publication initiale, à savoir l'efficacité et l'innocuité des antidépresseurs paroxétine (Déroxat, GSK et Gé.) et imipramine (Tofranil, Amdipharm Ltd) chez les adolescents souffrant de dépression majeure [1].

En 2001, l’étude 329, a largement contribué à promouvoir l’utilisation des antidépresseurs imipramine et paroxétine (Deroxat et Gé., GSK) dans cette population pédiatrique [2].

Quatorze ans plus tard, et après de nombreux remous, une nouvelle analyse de l’ensemble des données arrive à des conclusions diamétralement opposées, faisant peser de lourds soupçons de fraudes scientifiques sur le laboratoire GSK, qui a financé l'étude, et sur les auteurs, Martin Keller (Brown University, Etats-Unis) et coll.

Selon les auteurs de la nouvelle analyse, Joanna Le Noury (Université de Bangor, Royaume-Uni) et coll. (pour le groupe RIAT; Restoring Invisible and Abandoned Trials), dans cette population, les deux médicaments seraient non seulement inefficaces mais dangereux. Les résultats sont publiés dans le British Medical Journal (BMJ) [1].

Le RIAT
En 2013, après avoir identifié un certain nombre d'essais contrôlés randomisés « douteux », un groupe international de chercheurs a demandé aux financeurs et aux investigateurs concernés de publier les essais non publiés et de publier des versions corrigées des essais aux conclusions controversées. L'initiative a reçu le nom de «Restoring Invisible and abandoned trials (RIAT) ».

«Peu d’études ont suscité autant de critiques que l’étude 329», rappelle d’entrée de jeu Peter Doshi, rédacteur en chef adjoint du British Medical Journal (BMJ) dans un éditorial accompagnant l’article du RIAT [3].

Peu d’études ont suscité autant de critiques que l’étude 329-- Peter Doshi

Dès 2002, un employé de la Food and Drug Administration (FDA) en charge d’analyser l’étude indiquait que l’essai devait être considéré comme « négatif car aucun des traitements actifs ne montrait de supériorité statistiquement significative par rapport au placebo. »

La même année, GSK était attaqué par l’Etat de New York car plus de deux millions de prescriptions de paroxétine avaient été délivrées à des enfants et des adolescents hors AMM aux Etats-Unis après une campagne marketing caractérisant l’étude 329 comme démontrant «une efficacité et une tolérance REMARQUABLES. »

Dix ans plus tard, GSK a d’ailleurs été condamné à payer 3 milliards d’euros pour la promotion hors AMM des deux médicaments psychiatriques paroxétine et bupropion (Zyban ).

Notons que dès 2003, le Royaume-Uni a décidé d'interdire la paroxétine chez les enfants en raison du risque de suicide.

En 2006, une revue de la littérature de la Food and Drug Administration (FDA) [4] a conduit, pour les mêmes raisons, à apposer un label black box sur l’emballage de tous les antidépresseurs aux États-Unis, mais sans toutefois contre-indiquer leur usage chez les moins de 18 ans.

A ce jour, en Europe, ni la paroxétine, ni l'imipramine n'ont obtenu d'AMM pédiatrique dans la dépression sévère.

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