Cancer du rein métastatique : doublement de la survie sans progression sous cabozantinib

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

28 septembre 2015

Vienne, Autriche — La survie sans progression de patients atteints de carcinomes à cellules claires du rein métastatiques est améliorée avec un nouvel inhibiteur de tyrosines kinases à cibles multiples : le cabozantinib (laboratoire Exelixis) qui agit sur les voies MET et AXL et sur le récepteur du VEGF. Telle est la conclusion de l’étude de phase 3 METEOR, présentée par le Dr Tino Chouieri (Boston, Etats-Unis) au congrès européen de cancérologie, ECC2015 [1]. Les données ont été simultanément publiées dans le NEJM [2].

Agir sur plusieurs voies pour vaincre les résistances

« Actuellement, le traitement du cancer du rein métastatique à cellules claires fait appel aux inhibiteurs du VEGF et de ces récepteurs ou aux anticorps ciblant mTOR. Mais les résistances à ces traitements sont fréquentes et des données expérimentales montrent qu’en cas de résistance à une action sur le VEGF, les voies alternatives proangiogéniques et pro-invasives MET et AXL sont activées » a rappelé le Dr Chouieri.

Pour contrer ce mécanisme de résistance, l’étude METEOR a évalué l’efficacité d’un nouvel inhibiteur de tyrosine kinase qui agit sur les voies MET et AXL ainsi que les récepteurs au VEGF en se fondant sur un premier travail sans comparateur qui avait conclu à l’efficacité de cette approche. Il s’agit d’un essai de phase 3, randomisé versus évérolimus (le seul traitement à avoir l’AMM dans cette indication au moment de l’étude).

L’essai a fait participer 173 centres investigateurs de 26 pays afin de comparer le cabozantinib (1 cp à 60 mg/j jour, n=330 patients) à l’évérolimus (1 cp à 10 mg/jour, n= 328 patients), chez des patients atteints de cancer du rein à cellules claires métastatiques déjà traités par au moins une ligne d’inhibiteurs du VEGF.

Les changements de groupe étaient possibles en cours d’étude et des traitements adjuvants pouvaient être prescrits.

 

Quid de la survie globale ?

Au total 650 patients ont été inclus, les traitements étaient prescrits jusqu’à progression de la maladie ou apparition d’effets secondaires graves. Le critère principal retenu était la survie sans progression appréciée par un comité de radiologues indépendants.

« Ce critère est bien sûr moins robuste que la survie globale que nous avons utilisée comme critère secondaire, mais pour en faire un critère principal il aurait fallu inclure un plus grand nombre de patients », reconnaît le Dr Chouieri. « L’autre critère secondaire retenu était le taux de réponses objectives ».

La médiane de survie sans progression s’est établie à 7,4 mois avec le cabozantinib contre 3,8 mois avec l’évérolimus (HR 0,58, p<0,001). Le taux de réponse objective évalué à 17 mois était de 21 % pour le cabozantinib contre 5 % pour le comparateur (p<0,001). La survie globale – objectif secondaire de l’étude – était supérieure dans le bras cabozantinib au moment de l’analyse intermédiaire après 202 décès dans la population générale (HR 0,67 ; p=0,005).

« Mais ces données (sur la survie globale) ne sont pas définitives et elles devraient être complétées dans les mois qui viennent » a mis en garde le Dr Choueiri.

En effet, cette tendance ne s’est pas maintenue dans le temps et après 18 mois la survie est plus importante dans le bras comparateur (56 % à 22 mois contre 38 %).

Pour le Dr Choueiri, « cette tendance pourrait être liée à une utilisation plus fréquente de traitements adjuvants dans le groupe évérolimus (47 % contre 38 %) et au fait que les données dont nous disposons actuellement ne sont pas complètes.

L’évaluation de ces critères sera finalisé en 2016.

Plus efficace que l’axitinib ou le sorafenib

En prenant en référence les études précédentes dans ce domaine (RECORD-1, AXIS), une analyse comparative en sous-population du devenir des patients déjà traités par sunitinib montre que le taux de réponse est plus important avec le cabozantinib (22 %) qu’avec l’évérolimus (3 %), l’axitinib (11 %) et le sorafenib (8 %). Cette analyse montre en outre que l’incidence des effets indésirable ayant entrainé l’arrêt du traitement est assez similaire avec tous les médicaments puisque 9 % des patients sous cabozantinib, 10 % de ceux sous évérolimus, 9 % de ceux sous axitinib et 13 % de ceux sous sorafenib.

Les résultats de l’étude METOR rapportent une proportion élevée d’effets secondaires grade 3 ou 4 avec le cabozantinib (68 %) contre 58 % pour l’évérolimus. Parmi les effets secondaires tous grades confondus avec le cabozantinib, la diarrhée vient en première ligne (74 %) puis viennent la fatigue (58 %), les nausées (50 %), la perte d’appétit (46 %), l’érythrodermie palmo-plantaire (42%).

Commentant les résultats de l’étude METEOR le Dr Cora Sternberg (Rome, Italie) a insisté sur « la multiplicité d’options désormais disponibles pour le cancer du rein métastatique puisque 7 molécules ont obtenu une AMM en 10 ans. Le cabozantinib s’est révélé le plus efficace dans les tumeurs de bon pronostic ou de pronostic intermédiaire et chez les patients qui n’avaient été traités que par une seule ligne d’anti VEGF auparavant. »

 

L’étude a été financée par Exelixis Inc.

 

REFERENCES :

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