Quoi de neuf à l’ECC 2015 ? L’immunothérapie et des progrès dans les cancers rares

Dr Isabelle Catala avec Zosia Chustecka

Auteurs et déclarations

25 septembre 2015

Vienne-Autriche—Le dernier congrès commun de l’European CanCer Organisation (ECCO) et de l’ European Society for Medical Oncology (ESMO) a lieu à Vienne en Autriche entre le 25 et le 29 septembre 2015. Un événement majeur qui sera accompagné de la publication de nombreux résultats dans des revues prestigieuses : au moins 9 dans le New England Journal of Medicine, 2 dans le Lancet Oncology, une série de 11 sur l’étude EUCOARE-5 dans l’European Journal of Cancer et bien d’autres dans les Annals of Oncology et dans Cancer Discovery.

Pour le Dr Elisabeth de Vries (Groningen, Pays-Bas), vice présidente du comité scientifique de l’ESMO, « ce congrès est devenu tout à fait pluridisciplinaire et l’intégration des différentes spécialités d’organes est l’une des particularités de cette réunion scientifique ».

L’immunothérapie efficace à moyen terme

Comme depuis 2 ans, l’immunothérapie tient le devant de la scène à l’ECC 2015. Pour la première fois, des résultats à moyen terme vont être présentés avec l’étude CheckMate 057 phase III qui évaluait l’efficacité du nivolumab chez des patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules.

Par ailleurs, on attend les résultats de deux essais évaluant une combinaison d’immunothérapie dans le mélanome : CheckMate 067 Phase III avec l’association nivolumab-ipilimumab, et COMBI-v Phase III avec l’association dabrafenib-trametinib. 

 
Le congrès de Vienne sera t’il un « good bye » ou un « arrivederci » pour l’oncologie européenne ? Dr Alberto Costa (Pavie, Italie)
 

Pour le Dr de Vries interrogée par Medscape Medical News, « les données présentées sont celles du début de la maturité pour une approche qui était novatrice il y a peu, et c’est ce qui est intéressant ».

Des travaux montrant que ces médicaments qui sont déjà indiqués dans le cancer du poumon et le mélanome sont aussi efficaces dans d’autres types de cancers. « C’est ce qui fait la particularité de ces traitements : leur action transversale dans différents types de cancers. Mais il faut bien aussi garder à l’idée que ces traitements ne sont pas efficaces pour tous les patients », continue le Dr de Vries.

Le Dr de Vries ajoute, « l’efficacité des premières immunothérapies nivolumab et pembrolizumab, a redonné un élan à la recherche clinique en oncologie, mais il faut désormais redéfinir les places de chacune des options thérapeutiques – chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie – dans ce contexte.

Tumeurs neuroendocrines, cancers du rein et du poumon à petites cellules

L’une des autres nouveautés de ce congrès vient de la publication des résultats d’études menées dans des cancers rares, telles que les tumeurs neuroendocrines et le cancer du rein. Les résultats que le Dr de Vries a qualifiés de « nouveaux, différents et intéressants dans un domaine plu confidentiel que le cancer du sein ou du poumon », seront présentés à l’occasion des sessions présidentielles ou des sessions « late-breaking ».

Parmi les résultats le plus attendus, l’oncologue néerlandaise cite METEOR avec le cabozantinib et CheckMate 025 avec le nivolumab, tous deux dans le cancer du rein avancé, RADIANT-4 avec l’évérolimus et NETTER-1 avec un radioélément dérivé de l’ocréotide (Lutenium 111-DOTA-Ocreotate (177 Lu) DOTA-TATE)

On attend aussi les résultats d’une étude novatrice sur l’utilisation d’un anticorps conjugué Rova-T (anticorps, liant et substance cytotoxique) dans le cancer du poumon à petites cellules.

Vers une multiplication des congrès européens en oncologie

Si jusqu’à présent, la vie des oncologues européens était rythmée par un congrès réunissant l’ESMO et l’ECCO tous les deux ans suivi en alternance par une réunion de l’ESMO, les deux organisations ont choisi de travailler séparément dans les prochains mois. Ainsi l’ESMO prévoit un congrès annuel en octobre (2016 Copenhague, 2017 Madrid), alors que le prochain colloque ECCO aura lieu en janvier 2016 à Amsterdam.

Comme l’explique le Dr Alberto Costa (Pavie, Italie) dans un éditorial de Cancer World « les américains ont décidé de maintenir 3 congrès distincts d’oncologie : l’AACR plus spécifiquement dédié à la recherche, l’ASCO où se retrouvent les oncologues cliniciens et l’ONS où sont conviées les infirmières de cette spécialité. En Europe, nous avons une longue habitude de travailler tous ensemble, et multiplier les congrès remet en question notre savoir-faire ». Et il conclut par « le congrès de Vienne sera-t-il un « good bye » ou un « arrivederci » pour l’oncologie européenne ?

A en croire le Dr Martine Piccart (Bruxelles, Belgique) présidente de l’ECCO et le Pr Rolf Stahel (Zurich, Suisse) président de l’ESMO, loin d’y perdre, les oncologues gagneront à cette multiplication des congrès. L’ECCO 2017 sera l’occasion de réunir la communauté oncologique, des médecins généralistes, des économistes de la santé et des experts dans la définition des politiques de santé. Pour sa part, l’ESMO 2016 fera un tour d’horizon des avancées récentes dans le domaine de la recherche en oncologie et dans les applications pratiques de ces données dans un contexte où le délai entre les premiers essais cliniques et la mise sur le marché diminue régulièrement d’années en années.

Reste à attendre 2017 pour faire un bilan de cette politique de séparation des organisations européennes de recherche en cancérologie pour voir si les oncologues y gagnent vraiment en termes d’accès aux dernières informations dans leur spécialité.

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