Partenariat Sanofi-Google : un second souffle pour le laboratoire qui « perd » le Lantus ?

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

22 septembre 2015

Paris, France – Big data et big pharma se marient. Dans un communiqué à valeur de faire-part paru le 31 août dernier, Sanofi annonçait avoir noué une collaboration avec Google Life science, la division sciences de la vie de Google, « pour améliorer les résultats cliniques dans le diabète » [1].
De quoi s’agit-il ? Les deux géants, dans leur domaine respectif, vont allier leur compétence dans le domaine des dispositifs médicaux, de l’analyse des données, de l’électronique miniaturisée et de « puces de faible puissance ». Et ce afin de créer de nouveaux outils « qui rassemblent un grand nombre d’aspects, auparavant cloisonnés, de la gestion du diabète […] cela comprend les indicateurs de santé tels que la glycémie et les niveaux d’hémoglobine glyquée (HbA1c), les informations rapportées par les patients, les régimes médicaux et les dispositifs de détection ». Bénéfice escompté pour les patients : faciliter la gestion de leur diabète, et réduire le risque de complications.
Pour les systèmes d’assurance, obligatoire ou complémentaires, la meilleure gestion du diabète abaisserait le coût des soins.

Améliorer la gestion de la glycémie
Plutôt que la découverte de nouvelles thérapeutiques, ce nouveau partenariat vise avant tout l’amélioration de la gestion de la glycémie par les patients eux-mêmes.
Un enjeu capital : dans un pays comme les Etats-Unis, rapporte Les Echos, la moitié des personnes souffrant du diabète ne seraient pas réellement suivies, et ceux qui le sont ne le seraient pas de manière satisfaisante. Selon la dernière édition de l’Atlas du diabète de la Fédération internationale du diabète, le nombre de diabétiques passera de 382 millions à 592 millions à l’horizon 2035. Un marché gigantesque pour une firme comme Sanofi, dont le quart du chiffre d’affaires est réalisé grâce au diabète.

Biosimilaires du Lantus
Cette annonce survient à un moment clé pour Sanofi. Cette année, le brevet du Lantus® est tombé dans la plupart des pays européens en mai 2015, et aux Etats Unis en février 2015. Or cette insuline glargine à longue durée d’action est le médicament vedette de Sanofi dans le traitement du diabète. D’ores et déjà, de nombreux laboratoires ont ou s’apprêtent à commercialiser des biosimilaires moins couteux que le Lantus®.
Ainsi, fin août, en Grande-Bretagne était commercialisé Abasaglar® (précédemment Absaria®), un biosimilaire du Lantus®, approuvé par l’EMA en septembre 2014. Ce biosimilaire est déjà en vente en République Tchèque, Slovaquie, Estonie. Son prix est de 15% inférieur à celui du Lantus®.

Baisse du chiffre d’affaires
Cette concurrence qui pointe son nez s’est traduite cette année par une baisse du chiffre d’affaire diabète de Sanofi. Au second trimestre 2015, le chiffre d’affaires de la division Diabète a baissé de 3,8% « reflétant comme attendu la baisse des ventes de Lantus® aux Etats-Unis, en ligne avec celle du trimestre précédent », selon des résultats financiers présentés par Sanofi [2]. Quant au chiffre d’affaires Lantus®, il a baissé pour sa part de 5,8% et de 15,4% aux Etats-Unis, « en raison de l’augmentation des remises accordées pour conserver des positions favorables dans les formulaires des principaux payeurs ». Au global, sur le premier semestre, le chiffre d’affaires diabète a reculé de 3,5%.

Insuline inhalée et autre insuline glargine : les relais
Le partenariat avec Google s’inscrit donc dans un contexte particulier, où Sanofi doit trouver des nouveaux produits et alternatives pour compenser la perte de son chiffre d’affaires dû aux génériques du Lantus®.
Outre ce partenariat, Sanofi a par ailleurs annoncé depuis le début de l’année une série d’innovations dans la prise en charge du diabète. En février dernier, Sanofi et Mannkind annonçaient la vente aux Etats-Unis de Afrezza®, une insuline d’action rapide à inhaler, indiqué chez le diabétique 1 et 2. Ce médicament, « une combinaison médicament-dispositif médical », approuvé par la FDA est disponible sur ordonnance.
Le même mois, la FDA approuvait Toujeo® de Sanofi, une autre insuline glargine en une prise par jour indiquée chez les patients adultes atteints de diabète de type 1 et 2. En juillet dernier, Toujéo® recevait une AMM au Japon. Toujéo® a également été approuvé en Europe en avril dernier. Si ces deux médicaments sont encore en phase de lancement, et restent prometteurs, leur chiffre d’affaires est pour le moment loin de prendre le relais de celui du Lantus® : sur le premier semestre 2015, le CA Lantus® était de 3293 millions d’euros, contre 20 millions d’euros pour Toujéo® et 3 millions d’euros pour Afrezza®…

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