Evolution de la prévalence des démences en Europe : deux bonnes surprises

Aude Lecrubier, Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

25 septembre 2015

Cambridge, Royaume Uni— Hasard du calendrier, alors qu’une étude du British Medical Journal explique qu’en jouant sur les facteurs de risque et en utilisant des médicaments préventifs à visée cardiovasculaire principalement, on pourrait éviter la majorité des démences d’Alzheimer, une autre étude, publiée dans le Lancet Neurology fait, elle, les comptes des maladies effectivement évitées. Plus concrètement, ce second travail constate sur un suivi allant de 7 à 30 ans, une baisse de la prévalence des démences dans certains sous-groupes de populations et certains pays d’Europe. [1]

Selon les auteurs, Carol Brayne et coll. (Institut de santé publique de Cambridge, Université de Cambridge, Royaume-Uni) « le nombre de cas de démence dans certains pays de l'Europe de l'Ouest s'est stabilisé en dépit du vieillissement de la population, et ce malgré l'épidémie de cas de démence rapportés dans des études récentes ».

Méthodologie
L’analyse a porté sur 5 études réalisées en Europe de l'Ouest.

Chacune a comparé l'incidence ou la prévalence de la démence entre deux cohortes de patients similaires mais à plusieurs années d'écart.

Ces études ont été réalisées en Suède (2 études), aux Pays-Bas, au Royaume Uni et en Espagne.

Les populations étaient âgées d'au moins 70 ans dans les études suédoises, et de 55 ou de 65 ans ou plus dans les autres études.

Les cohortes les plus anciennes ont été étudiées entre 1976 et 1989 et les secondes cohortes entre 1994 et 2008. L'écart temporel était donc de 7 ans dans l'étude espagnole et allait jusqu'à 30 ans dans une des études suédoises.

Les données concernant les premières cohortes (anciennes) ont montré des estimations de prévalence de la démence similaires entre les différents pays, avec un doublement tous les 5 ans.

Puis, les comparaisons entre les deux cohortes (anciennes et plus récentes) pour chaque étude ont rapporté une baisse de la prévalence de la démence au Royaume-Uni et en Espagne (patients d'au moins 65 ans dans les deux cas).

Dans l'étude espagnole (Saragosse), il s'agissait d'une baisse de la prévalence de 43% chez les hommes entre 1987 et 1996 (p=0,0002). En revanche, la prévalence globale ne diminuait pas. Alors qu'au Royaume-Uni, la prévalence globale a diminué significativement pour l'ensemble des patients (-22%, p=0,003).

Dans les études suédoises, la prévalence de la démence est restée stable dans le temps.

 
Nous observons probablement les bénéfices de la prévention et des traitements des principaux facteurs de risques cardiovasculaires – Pr Brayne
 

L'étude réalisée à Rotterdam n'a pas évalué la prévalence mais l'incidence de la démence. Cette fois, une baisse de l'incidence a été observée sur une période de 10 ans, bien que non significative.

Pour expliquer les baisses de prévalence observées eu Royaume-Uni et en Espagne, le Pr Brayne indique qu'elle « coïncide avec une meilleure prévention en termes d'éducation et d'habitudes de vie, notamment. Mais, elle correspond aussi à une réduction des facteurs de risque d'origine vasculaire au cours des dernières décennies ».

« L'incidence et les décès attribuables aux maladies cardiovasculaires ont diminué dans les pays développés depuis les années 1980. Aujourd'hui, nous observons probablement les bénéfices de la prévention et des traitements des principaux facteurs de risques cardiovasculaires comme l'hypertension et l'hypercholestérolémie », ajoute-t-elle.

Si l’on se réfère aux conclusions du récent article du Journal of Neurology Neurosurgery & Psychiatry qui montre que neuf facteurs de risque potentiellement modifiables seraient impliqués dans les deux tiers des cas de démence, on voit qu’il reste du chemin à faire…

Selon les auteurs, la baisse de l'incidence de la démence dans ces pays développés est un signal positif dans le contexte du vieillissement global des populations. « Il est important de se rappeler que les plus de 85 ans sont le groupe démographique qui croit le plus et qu'il est estimé que près de 40% d'entre eux seront atteints de démence un jour ou l'autre », souligne le co-auteur Yu-Tzu Wu (Université de Cambridge, Royaume-Uni).

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêts en rapport avec le sujet.

 

REFERENCES:

1.Caroll Brayne et coll. Dementia in western Europe: epidemiological evidence and implications for policy making. Policy view. Lancet neurology, publié en ligne le 21 août 2015.

2.Wei XU, Jin-Tai Yu et coll. Meta-analysis of modifiable risk factors for Alzheimer’s disease Journal of Neurology Neurosurgery & Psychiatry; doi 10.1136/jnnp-2015-310548

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