Dormir moins de 6 heures majore le risque de s’enrhumer

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

10 septembre 2015

San Francisco, Etats-Unis -- L’équipe du Dr Aric Prather (San Francisco, Etats-Unis) publie dans la revue Sleep les résultats d’une nouvelle étude qui constate qu’un sommeil de moins de 6 h par nuit - mesuré objectivement - majore la sensibilité au rhinovirus [1].

Mesure objective du sommeil par le port d’un bracelet connecté

En 2009, le Dr Prather avait déjà mené un travail similaire en analysant des agendas subjectifs du sommeil et avait conclu à un risque de susceptibilité au rhinovirus chez les petits dormeurs.

Mais depuis cette date les bracelets et montres connectés se sont développés et ils permettent désormais une mesure objective simple des différents paramètres du sommeil.

Les 94 hommes et 70 femmes volontaires de 18 à 55 ans ont été recrutés pour l’étude entre 2007 et 2001. Leur sommeil a été apprécié par le port d’un bracelet connecté pendant 7 jours.

Une mesure des anticorps anti-rhinovirus 39 a été effectuée ainsi qu’une appréciation de la qualité et de la quantité de mucus nasal produite quotidiennement.

Inoculation volontaire de rhinovirus

Les participants ont été admis pour une « quarantaine » de 6 jours dans un hôtel où chacun devait rester confiné dans sa chambre.

Après 24 h d’observation, ils ont été soumis à une injection intra-nasale de particules de rhinovirus 39.

Durant toute la période de l’essai, leur taux d’anticorps était mesuré quotidiennement, des tests de fonction de la clairance muco-ciliaire étaient pratiqués, ainsi que des lavages de nez et une mesure de la quantité de mucus produite par pesage des mouchoirs utilisés dans la journée.

NDLR : Ils étaient payés 1 000 $ pour la participation à cet essai.

Effet du manque de sommeil sur l’immunité
Les circulation des cellules de l’immunité T et B est la plus intense en début de nuit, puis, au petit matin, ces cellules vont se concentrer au sein des organes lymphoïdes.
Une privation partielle ou totale du sommeil menée dans des conditions expérimentales chez l’homme induit une diminution de la prolifération des cellules T, une modification de la sécrétion de cytokines des cellules T helper avec une moindre production d’interleukine 2.
La réponse T helper 1 est par ailleurs diminuée et les cellules présentatrices d’antigènes sont moins actives.
En outre, il existe une majoration de l’activation des voies pro-inflammatoires avec un déséquilibre entre les taux d’interféron gamma et la production d’IL-4.
Globalement, ces différents phénomènes concourent à majorer le risque de mortalité prématurée, de maladies chroniques et de sensibilité aux affections aiguës.

Un risque objectif majoré pour les petits dormeurs

Sur les 164 participants, 124 (75,6 %) ont été infectés et 48 (29,3 %) ont développé des signes biologiques d’infection. Le risque d’infection objectivée biologiquement s’est établi à 45 % pour les personnes qui dormaient moins de 5 h par nuit, à 30 % lorsque le sommeil était compris entre 5 et 6 h, et à 18 % lorsque le volontaire dormait plus de 7 heures. Seul le temps de sommeil calculé par l’objet connecté était lié statistiquement au risque d’infection. A l’inverse, la fragmentation du sommeil ou la qualification subjective du sommeil par agenda n’influaient pas sur le risque de rhume.

Les auteurs précisent toutefois que la cause de la majoration du risque n’est pas connue et qu’il serait intéressant de mesurer ce même risque après mise en place de thérapies comportementales destinées à améliorer la durée du sommeil.

 

REFERENCE:

Prather A, Janicki-Deverts D, Hall M et coll. Behavioral assessed sleep and susceptibility to the common cold. Sleep 2015 ; 38(9) : 1353-1359.

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