L'anti-PCSK9 Repatha deux fois moins cher en Europe qu'aux Etats-Unis

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

3 septembre 2015

Londres, Royaume-Uni-- En pleine polémique sur le coût des nouveaux hypolémiants anti-PCSK9, Amgen vient d'annoncer que les européens payeront l'evolocumab (Repatha®) deux fois moins chers que leurs homologues américains.

D'après l'agence de presse Reuters, Amgen US a annoncé mardi que le prix du Repatha® serait de 340,2 pounds ($521,7/470 euros) pour 28 jours soit $ 6 780/6 000 euros par an. Aux Etats-Unis, où le lancement du médicament date de quelques jours seulement, le prix est de $14 100 par an, soit 12 687 euros [1].

En Autriche et en Finlande, le traitement couterait respectivement 7293 et 7825 euros ($8 220 et $8 820).

En France, et dans les autres pays de l'Union Européenne les négociations sont encore en cours.

Si la question du coût de l'anticorps monoclonal en lui-même se posera donc moins en Europe qu'aux Etats-Unis, celle du choix des patients à qui les anti-PCSK9 seront prescrits en définitive et donc celle du volume de prescriptions et du coût associé reste entière.

Retour sur la polémique
Quelques jours avant la tenue du plus grand congrès mondial de cardiologie organisé par la Société Européenne de Cardiologie (ESC), CVS Health, le second gestionnaire américain de régimes d'assurance-santé, avait annoncé dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), qu’il ne rembourserait pas le nouvel hypolipémiant anti-PCSK9 alirocumab (Praluent®, Sanofi/Regeneron) en raison de son coût élevé et par peur des dérives de prescription [2].

L’assureur dit craindre que les médecins interprètent mal les recommandations et qu’ils prescrivent les anti-PCSK9 en première ligne à de nombreux patients.

Si le traitement s’étendait aux patients atteints d’hypercholestérolémie familiale, d’hypercholestérolémie sévère, aux patients intolérants aux statines et à la prévention secondaire des maladies coronariennes, les anti-PCSK9 deviendraient « la classe thérapeutique la plus couteuse jamais commercialisée à ce jour », selon l’assureur [3].

Pour le Pr John Chapman (Dyslipidémies et athérosclérose : génétique, métabolisme et thérapeutique , INSERM U 551, hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Université Pierre et Marie Curie, Paris), interrogé par Medscape France, « à ce jour et si l’on suit les recommandations, le débat sur le coût des anti-PCSK9 est clairement disproportionné dans la mesure où moins d’un pour cent des patients atteints d’une hypercholestérolémie familiale sont actuellement dépistés aux Etats-Unis, comme en France. Dans l’Hexagone, selon mes estimations, entre 200 et 300 000 patients ont une forme d’hypercholestérolémie familiale hétérozygote. Si ces patients étaient tous traités, le coût serait exorbitant. Mais, en réalité, et c’est, en soi, un problème, à peine 5000 à 10 000 d’entre eux sont dépistés à ce jour », précise-t-il.

Cependant, concernant les autres indications potentielles, l’expert convient qu’à l’avenir, une proportion importante de patients à très haut risque pourra probablement bénéficier de ce type de traitements. Notamment, certains patients victimes d’un infarctus du myocarde, d’un AVC, d’arthériopathies périphériques, de diabète, ou d’insuffisance rénale chronique, avec des taux de LDL-c élevés.

Mais, pour l'expert, cela n'est pas forcément synonyme d'augmentation du coût.

« Nous allons, éventuellement, faire des économies avec ces traitements en raison de la réduction d'événements cardiovasculaires - dont le coût est rarement calculé, ni pour la vie du patient, ni pour le système de santé! », souligne le Pr Chapman.

(Voir notre article : Cholestérol : polémique autour du coût des anti-PCSK9.)

Le Pr John Chapman est orateur pour la plupart des laboratoires pharmaceutiques fabriquant des hypolémiants, impliqués dans l’athérosclérose, et les maladies cardiovasculaires ou fabriquant des nutraceutiques destinés à faire baisser le taux de LDL-c. Il est également orateur pour des organisations à but non lucratif sur les questions des maladies cardiovasculaires, du LDL-c et des nouvelles approches thérapeutiques.
Il est co-créateur du site éducationnel indépendant www.pcsk9.org

REFERENCES:

1. Europe gets Amgen cholesterol drug for 50-60 percent of U.S. price. Reuters. 1er septembre 2015.

2.Shrank WH, Barlow JF, Brennan TA. New therapies in the treatment of high cholesterol: an argument to return to goal-based lipid guidelines. JAMA 2015; published online August 10, 2015. DOI: 10.1001/jama/2015.10017.

3.Shrank, Lotvin A, Singh S, Brennan TA. In the debate about cost and efficacy, PCSK9 inhibitors may be the biggest challenge yet. Health Affairs Blog 2015; published February 17, 2015. Available http://healthaffairs.org/blog/2015/02/17/in-the-debate-about-cost-and-efficacy-pcsk9-inhibitors-may-be-the-biggest-challenge-yet/

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