Le café délétère à long terme chez des adultes avec pression artérielle limite

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

31 août 2015

Londres, Royaume-Uni -- L'effet du café sur le risque cardiovasculaire ou sur celui de développer un diabète a fait l'objet de multiples études observationnelles aux résultats généralement assez neutres. Les résultats de l’étude italienne HARVEST, présentés au congrès de la Société Européenne de Cardiologie (ESC 2015) sont donc assez détonants, puisqu’ils montrent que, dans une population d’adultes jeunes avec une pression artérielle limite, la consommation de café a un effet délétère. Le suivi longitudinal de cette cohorte constate en effet que les buveurs de café (expresso bien sûr en Italie !) vont aggraver leur hypertension et présenter plus souvent que les non consommateurs une intolérance au glucose. [1]

Jusqu’ici, la littérature (largement relayée par les médias) a plutôt montré que le café avait un effet protecteur dans le diabète de type 2 mais il est vrai qu’il n’existe pas de consensus pour le risque cardiovasculaire.

L’expresso peut augmenter le risque d’infarctus en cas de prédisposition

Plus précisément, cette étude italienne montre que boire plus d’un expresso par jour si l’on est jeune et légèrement hypertendu (stade 1) augmente fortement le risque cardiovasculaire, principalement d’infarctus du myocarde. Au cours des 12 ans de suivi, ce risque est quadruplé à partir de 4 expressos par jour et triplé entre une et trois tasses par jour.

En outre, les auteurs, le Dr Lucio Mos et coll. (cardiologue à l’hôpital San Daniele del Friuli, Udine, Italie), observent que ces gros consommateurs d'expressos deviennent plus hypertendus et ont plus d'intolérance au glucose que les petits consommateurs.

Ils suggèrent donc que l'augmentation du risque cardiovasculaire est à la fois médiée par les effets à long terme du café sur la pression artérielle (PA) et le métabolisme du glucose et par les prédispositions génétiques de ces patients avec une hypertension limite au départ.

Une population ciblée et suivi sur le long terme

Attention, il s'agit d'une population à risque d'HTA à l'entrée. Il y a donc une sélection génétique des sujets -- Lucio Mos.

L’étude prospective HARVEST a suivi sur une période de 12 ans plus de 1200 patients non diabétiques, âgés de 18 à 45 ans [2]. Les patients avaient une hypertension de stade 1 non traitée (PAS entre 140 et 159 mmHg et ou PAD entre 90 et 99 mmHg).

« Attention, il s'agit d'une population à risque d'HTA à l'entrée », précise Lucio Mos. « Il y a donc une sélection génétique des sujets ».

Les buveurs de café dits « modérés » consommaient entre 1 et 3 expressos par jour, et les grands buveurs au moins 4. Parmi les participants, plus d’un quart ne buvaient pas de café, les deux tiers étaient des consommateurs « modérés » et 10 % étaient des grands consommateurs. Les consommateurs de café étaient plus âgés et avaient un indice de masse corporelle plus élevé que les non buveurs.

Le risque cardiovasculaire accru à partir d’une tasse par jour

Au cours des 12 années de suivi, les auteurs ont dénombré 60 événements cardiovasculaires dont 80 % d’infarctus.

Les analyses multivariées incluant d’autres habitudes de vie, l’âge, le sexe, la morbidité cardiovasculaire parentale, l’indice de masse corporelle, le taux de cholestérol total, la pression artérielle ambulatoire mesurée sur 24h, le rythme cardiaque mesuré sur 24h et les changements de poids au cours du suivi, montrent que la consommation modérée et importante de café sont toutes deux prédictives de la survenue d’événements cardiovasculaires: RR=2,9 [1,04 à 8,2] et RR=4,3 [1,3 à 13,9] respectivement.

Une relation linéaire entre la consommation de café et l’hypertension traitée

En parallèle, les investigateurs trouvent une relation linéaire entre la consommation de café et le risque d’avoir recours à un traitement antihypertenseur au cours du suivi, avec un risque statistiquement significatif pour les grands buveurs.

Plus de pré-diabète chez les grands buveurs de café

En outre, comme les hypertendus développent souvent un diabète, l’équipe a également étudié l’effet d’une consommation à long terme de café sur le risque de développer une intolérance au glucose. Là encore, une relation linéaire est observée avec une augmentation du risque de pré-diabète de 100 % [30% à 210%] chez les grands buveurs de café.

Un risque de pré-diabète fonction du type de métaboliseur du café

Les auteurs constatent que le risque de pré-diabète associé à la consommation de café diffère en fonction du génotype CYP1A2, qui détermine si les personnes métabolisent le café lentement ou rapidement. Le risque de pré-diabète augmente significativement seulement chez les métaboliseurs lents (RR=2,78, IC 95 % [1,32 à 5,88, p=0,0076]) qui consomment des quantités importantes de café.

« Les métaboliseurs lents de café sont exposés plus longtemps aux effets délétères de la caféine sur le métabolisme du glucose. Et, le risque est d’autant plus important que les participants sont en surpoids ou obèses et qu’ils consomment beaucoup de café. L’effet du café sur le pré-diabète dépend donc des quantités de café consommées chaque jour et des prédispositions génétiques », explique le Dr Mos.

Un risque CV médié par les effets du café sur la PA et le métabolisme du glucose

La relation semble partiellement médiée par les effets à long terme du café sur la pression artérielle et le métabolisme du glucose.

L’ajustement pour l’hypertension traitée atténue la force de l’association entre le café et les événements cardiovasculaires chez les grands buveurs de café (RR=3,9 [1,2 à 12,5]) et les consommateurs modérés (RR=2,8 [0,99 à 7,8]). En outre, après ajustement pour les futurs pré-diabètes, l’association est à la limite de la significativité pour les grands consommateurs de café et n’est plus significative pour les buveurs modérés.

« Notre étude montre que la consommation de café est associée de façon linéaire à un risque accru d’événements cardiovasculaires chez les jeunes adultes avec une hypertension légère. La relation semble partiellement médiée par les effets à long terme du café sur la pression artérielle et le métabolisme du glucose. Ces patients devraient être informés que la consommation de café peut probablement augmenter leur risque de développer une hypertension et un diabète plus sévères plus tard dans la vie », conclut l’auteur.

Le Dr Mos n’a pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

REFERENCE:

1. Poster session 1: "Long term cardiovascular and metabolic effects of coffee consumption in young hypertensive subjects : results from the HARVEST study." 29 août, ESC 2015.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....