La pollution, même faible, provoque des infarctus ST mais ne les aggrave pas

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

30 août 2015

Londres, Royaume-Uni— Une étude belge présentée lors du congrès annuel de la Société Européenne de Cardiologie (ESC) [1,2] montre que l’augmentation de certains polluants dans l’atmosphère est associée à un sur-risque de STEMI, la forme d’infarctus la plus sévère. Etonnement, le risque accru de STEMI est observé pour des seuils de pollution de l’air inférieurs aux normes établies par l’Union Européenne.

Pour plus d’information sur le congrès, voir aussi notre Liveblog.

Les résultats de cette étude devraient bientôt être publiés dans l’European Heart Journal.

Dr Jean-François Argacha

Lors de sa présentation, le Dr Jean-François Argacha, cardiologue au CHU de Bruxelles, a rappelé que la pollution de l’air était responsable de 1,3 millions de décès dans le monde tous les ans, selon les estimations. Or, souligne-t-il, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère la pollution de l’air comme l’une des principales causes évitables de mortalité.

Si le lien entre maladies pulmonaires et pollution de l’air est clairement fait,comme le précisait encore dernièrement notre bloggeur le Dr Colas Tcherakian , celui entre la pollution de l’air et les maladies cardiovasculaires est loin d’être reconnu à sa juste valeur et mérite plus d’attention.

Pourtant, les études ne manquent pas. A ce jour, plusieurs travaux ont montré que les pics de pollution pouvaient être associés à une augmentation des événements cardiovasculaires comme les AVC, l’insuffisance cardiaque et les infarctus.

Ce nouveau travail belge confirme un peu plus cette relation en montrant, pour la première fois, que la pollution de l’air à court terme augmente le risque de STEMI.

 
Il n’y a pas d’aggravation des infarctus en raison de la pollution. Ils surviennent un peu plus tôt mais ils ne sont pas plus graves -- Dr Argacha
 

Entre 2009 et 2013, les chercheurs ont dénombré 11 428 hospitalisations pour STEMI en Belgique. Au final, ils n’ont pas observé d’association entre les STEMI et les taux d’ozone. En revanche, les taux de particules fines PM2,5 et de dioxyde nitrique (NO2) ont été associés à un risque accru de STEMI de respectivement 2,8 et 5,1% pour chaque augmentation de 10 ug/m³ dans l’atmosphère. Une association observée uniquement chez les hommes.

Pourquoi cette différence entre les deux sexes ?

« Peut-être en raison de la sous-représentation des femmes dans notre étude. Toutefois, auparavant, d’autres travaux ont montré que l’hypertension, la rigidité artérielle et les arythmies secondaires à l’exposition à la pollution de l’air étaient plus marquées chez les hommes. Il est également possible que les différences entre hommes et femmes en termes d’obésité et d’inflammation aggravent les effets des polluants atmosphériques mais, cette hypothèse, n’a pas été validée », note le Dr Argacha.

Une sensibilité différente en fonction de l’âge

Autre résultat intéressant, la population la plus âgée (>75 ans) serait plus sensible aux particules PM10 alors que la population la plus jeune (<54 ans) serait plus sensible au dioxyde nitrique.

« Une personne âgée est moins exposée au trafic automobile et donc aux gaz d’échappement et au dioxyde nitrique du fait qu’elle ne travaille plus et qu’elle a moins d’activités sociales. En revanche, les particules comme les PM10 sont des polluants extérieurs et intérieurs donc les personnes âgées y sont plus exposées », explique le Dr Argacha.

Une bonne nouvelle tout de même : même si le nombre d’infarctus augmente, la mortalité associée à ces infarctus reste stable. « Il n’y a pas d’aggravation des infarctus en raison de la pollution. Ils surviennent un peu plus tôt mais ils ne sont pas plus graves », souligne l’orateur.

Pour le Dr Argacha, l’étude est importante car elle montre que des niveaux de pollution qui sont dans la droite ligne de ce que recommande l’Union Européenne sont quand même associés à une augmentation des risques d’infarctus. « Il est, peut-être temps que l’Union Européenne adopte les normes de l’OMS, plus anciennes, mais plus strictes », conclut le cardiologue qui dénonce l’influence des lobbies industriels sur l’établissement des normes européennes.

Des normes de qualité de l’air européennes bien plus souples que celles de l’OMS

Polluants

Période moyenne

Normes européennes (2008)

Normes de l’OMS (2005)

Unités

 

Particules fines PM2,5

24 heures

1 an

NA

25

25

10

ug/m³

 

Particules PM10

24 heures

1 an

50

40

50

20

ug/m³

 

Ozone (O3)

Max moyenne de 8 heures

120

100

ug/m³

 

Dioxyde nitrique

1 heure

1 an

200

40

200

40

ug/m³

 

Dioxyde de soufre

1 heure

24 heures

Moyenne de 10 minutes

350

125

NA

NA

20

500

ug/m³

 

 

Le Dr Argacha n’a pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

 

REFERENCES:

1. Conférence de presse. Air pollution associated with increase heart attack risk despite « safe » levels. 30 août 2015. ESC 2015.

2. Présentation orale du poster : “Uncovering environmental impacts on cardiovascular health, Dr Argacha. 31 août 2015, ESC 2015.

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