Prise de position des Britanniques sur la e-cigarette

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

21 août 2015

Londres, Royaume-Uni – Paradoxe d’un monde complexe : alors que le JAMA publie une étude californienne suggérant fortement que la e-cigarette est bien une porte d’entrée vers le tabagisme, les britanniques publient un rapport officiel qui, lui, dédouane largement la e-cigarette pour souligner son rôle bénéfique dans le sevrage tabagique [1,2].

L’étude américaine, dont nous rapportons les principaux résultats dans un deuxième article, est en fait la première étude longitudinale montrant une association temporelle entre e-cigarette et initiation au tabac combustible dans les 12 mois. Sans établir formellement le lien causal, ce type d’étude montre au moins une séquence temporelle. Là où l’association n’avait jusqu’à présent été suggérée que par des études transversales, il s’agit donc d’un résultat important.

Mais le rapport de Public Health England est aussi un travail sérieux.

Sans entrer dans le détail des 111 pages, le communiqué de presse disponible sur le site gov.uk, met en avant trois conclusions essentielles.

Les meilleures estimations actuelles indiquent que la e-cigarette est environ 95% moins toxique que le tabac à fumer— Les auteurs

Premièrement, « les meilleures estimations actuelles indiquent que la e-cigarette est environ 95% moins toxique que le tabac à fumer ».

Deuxièmement, « près de la moitié de la population (44,8%) n’a pas conscience que la e-cigarette est beaucoup moins toxique que le tabac ».

Troisièmement, « il n’y a pas de preuve que la e-cigarette facilite l’entrée dans le tabagisme des enfants et des non-fumeurs ».

Cette troisième affirmation demanderait sans doute quelques nuances, notamment au regard des derniers résultats américains – même si, stricto sensu, elle est exacte, il n’y a pas de preuve à ce jour.

Mais s’agissant des deux premières, au moins, elles sont parfaitement incontestables.

De plus en plus de gens croient que la e-cigarette est autant sinon plus toxique que la cigarette

Ce qui semble inquiéter les britanniques, c’est qu’alors que l’efficacité de la e-cigarette pour cesser de fumer est bien démontrée, notamment par une revue COCHRANE [3], le public pourrait aujourd’hui s’en détourner.

Le taux de britanniques ignorant la toxicité réduite de la e-cigarette est parlant. Mais l’évolution des chiffes l’est plus encore. Dans l’étude ASH Smokefree GB, le taux d’adultes déclarant la e-cigarette aussi toxique que la cigarette passe de 6,2% en 2013, à 13,5% en 2015, puis 19,5% en 2015. Les proportions de personnes affirmant que la e-cigarette est plus toxique que la cigarette passent, eux, de 1,3% à 1,6%, puis à 2,3% durant la même période.

« Ces dernières années, on a assisté chez les adultes et les jeunes, à une montée en puissance de la perception erronée selon laquelle la e-cigarette est au moins aussi délétère que la cigarette », souligne le rapport, qui pointe par ailleurs « deux études récentes, qui ont fait les gros titres de la presse mondiale », et qui étaient basées sur « des résultats mal interprétés ».

« Les campagnes négatives en cours dans les médias sont une explication plausible de l’évolution de la perception de la sécurité de la e-cigarette », souligne le rapport, qui note aussi que des enquêtes ont permis de montrer que certains fumeurs refusent de passer à la e-cigarette parce qu’ils la croient plus toxique.

Le tir de barrage des « anti », à commencer par l’OMS, aurait-il réussi à faire perdre le bébé avec l’eau du bain ?

« La e-cigarette n’est pas entièrement sans risque, mais comparée au tabac fumé, elle n’expose qu’à une fraction du risque. Le problème est que

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