Plus de 80% des américaines prennent un médicament pendant leur grossesse

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

14 août 2015

San Diego, Etats-Unis -- Plus de quatre femmes américaines sur cinq ont pris au moins un médicament au cours de leur grossesse, en majorité des antibiotiques. Dans 40% des cas, le médicament utilisé s'avère potentiellement délétère pour le foetus. Tels sont les résultats révélés par une large étude américaine [1]. Prudence donc au moment de prescrire un médicament à une femme enceinte, d'autant plus que les données concernant la sécurité des médicaments sont souvent insuffisantes pour cette population, rappellent les auteurs.

Pour arriver à ces conclusions, le Pr Kristin Palmsten et ses collègues de l'université de Californie (San Diego, Etats-Unis) ont analysé les données portant sur un million de femmes enceintes, inscrites au programme Medicaid, entre 2000 et 2007 (n= 1 106 757).

L'analyse a inclus les médicaments prescrits par les médecins, ainsi que ceux étant en vente libre, mais proposés par les pharmaciens. Elle a, en revanche, exclus ceux choisis par la patiente elle-même, tout comme les médicaments délivrés en milieu hospitalier.

Les antibiotiques en première ligne

Les résultats montrent que 82,5% des femmes de la cohorte ont pris au moins un médicament pendant leur grossesse. Dans la moitié des cas (49,7%), il s'agissait d'un antibiotique.

Indiqué dans le traitement des cystites, le nitrofurantoïne est en première ligne, une femme sur cinq (21,6%) l'ayant pris au moins une fois au cours de sa grossesse.

En consultant le moteur de recherche du Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT), destiné aux professionnels de santé français, il apparait que les données concernant l'usage de cet antibiotique pendant la grossesse sont rassurantes. L'utilisation sur le long terme reste toutefois déconseillée.

En tête de liste, viennent ensuite trois autres antibiotiques: le métronidazole (19,4% des cas), l'amoxicilline (13,5%) et l'azithromycine (19,9%). Là encore, le CRAT ne mentionne pas de contre-indications pour les femmes enceintes.

Les chercheurs notent que les femmes les plus jeunes reçoivent plus souvent ces antibiotiques, comparativement aux plus âgées. Ainsi, la nitrofurantoïne a été prescrite chez près de 24% des moins de 20 ans, contre 15,4% des plus de 35 ans. Pour la métronidazole, les taux sont respectivement de 20,7% et 12%.

Cinq catégories de médicaments
Aux Etats-Unis, la FDA classe les médicaments en cinq catégories, selon le risque associé lors de la grossesse et l'allaitement:
- Catégorie A: absence de risque (études sur la femmes enceinte).
- Catégorie B: absence de risque (études sur l'animal). Pas de données concernant la femme enceinte.
- Catégorie C: Risque non négligeable. Effet indésirable sur le foetus (études sur l'animal). Pas de données concernant la femme enceinte.
- Catégorie D: Risque confirmé. Effet indésirable sur le foetus (études sur la femme enceinte).
- Catégorie X: Contre-indiqué. Risque d'anomalies sur le foetus (études sur la femme enceinte et l'animal).

De l'ibuprofène dans 5% des cas

En 5ème position des médicaments les plus utilisés, on trouve la prométhazine (13,5%), un neuroleptique antihistaminique proposé dans le traitement de l'allergie et de l'insomnie passagère. S'il y a une absence de risque au premier trimestre, une exposition en fin de grossesse peut être associée à des troubles respiratoires dans les premiers jours de vie de nouveau-né, indique le CRAT.

Sur l'ensemble des médicaments consommés par les femmes enceintes, 42% appartiennent aux catégories D ou X, établies par la Food and Drug Administration (FDA) pour désigner, d'un côté, les molécules à risque pour le foetus, en raison de leurs effets secondaires, et, de l'autre, celles associées à des malformations.

Les cinq molécules de la catégorie D les plus consommées par les femmes enceintes sont: la codéine (11,9%), l'hydrocodone (10,2%), l'ibuprofène (4,9%), le sulfaméthoxazole (4,0%), et de l'hydrocortisone (4,0%). Selon l'utilisation, ces molécules peuvent toutefois être classées dans les catégories B et C, moins à risque, soulignent les chercheurs.

Les risques sont en effet variables, selon la période d'administration. Les anti-inflammatoires non stéroidiens (AINS) sont, par exemple, strictement contre-indiqués chez la femme enceintes à partir du 6ème mois de la grossesse, soit 24 semaines d'aménorhée (SA), en raison d'un risque de toxicité foetale et néonatale grave, voire mortelle.

Dans le cas de l'ibuprofène, le CRAT conseille d'avoir plutôt recours à d'autres antalgiques, comme le paracétamol, « quel que soit le terme de la grossesse », ou l'aspirine, qui devra être utilisé ponctuellement et stoppé au-delà de 24 SA, comme n'importe quel AINS.

Risque de malformation avec les AVK

Pour ce qui est de la catégorie X, on retrouve majoritairement les contraceptifs hormonaux (4,9%), la benzodiazépine témazépam (0,11%), deux statines, l'atorvastatine (0,07%) et la simvastatine (0,04%), ainsi que la warfarine (0,04%), qui comme tout anti-vitamine K peut entrainer, entre 6 et 9 SA, un syndrome malformatif, connu sous le nom d'embryopathie aux AVK.

Les auteurs soulignent que la part des médicaments pouvant provoquer la mort du foetus in utéro reste toutefois sous-estimée dans cette étude, puisque celle-ci exclue les femmes ayant eu un avortement spontané.

Selon eux, il convient d'être particulièrement vigilant au moment de prescrire un médicament à une femme enceinte, d'autant plus que les données concernant la sécurité des médicaments sont souvent insuffisantes pour cette population.

« Beaucoup des médicaments prescris sont utilisés depuis longtemps, alors qu'il y a toujours un manque d'information concernant leur utilisation pendant une grossesse ».

 

Les auteurs n'ont pas déclarés de liens d'intérêt.

 

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

 

REFERENCE :

Palmsten K, Hernández-Díaz S, Chambers C, The Most Commonly Dispensed Prescription Medications Among Pregnant Women Enrolled in the U.S. Medicaid Program, Obstetrics & Gynecology, publication en ligne du 31 juillet 2015.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....