Sleeve gastrectomie : 38% des obèses ont regrossi à 5 ans

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

7 août 2015

Petah Tikva, Israël -- Si la perte de poids est incontestable un an après une gastrectomie partielle par plicature (sleeve gastrectomie) pour traiter une obésité sévère, la tendance s'inverse à plus long terme. Telle est la conclusion d’une étude israélienne destinée à connaitre le devenir métabolique à long terme de sujets ayant bénéficié de cette chirurgie bariatrique [1]. A cinq ans, ce travail constate également une absence d'amélioration du cholestérol total et un retour du diabète (chez les patients diabétique de type 2 avant le sleeve). De quoi soulever des doutes sur une chirurgie en forte augmentation (200 000 personnes opérées en France à ce jour).

Le « Sleeve » première technique de chirurgie bariatrique utilisée
La sleeve gastrectomie est une gastrectomie longitudinale avec résection verticale des deux-tiers de l'estomac réalisée en coelio-laparoscopie Pratiquée depuis une dizaine d'année, cette option est progressivement devenue majoritaire dans le traitement chirurgical de l'obésité sévère (IMC>40), devant l'anneau gastrique et le court-circuit gastrique By-pass).

Les données concernant ses effets à moyen et long terme sur les co-morbidités liées à l'obésité restent toutefois restreintes. Sans compter que, « la plupart des études se focalisent sur la perte de poids et la rémission du diabète », rappellent le Dr Andrei Keidar et ses collègues de l'hôpital Beilinson de Petah Tikva (Israël).

Un patient sur trois en échec à cinq ans

Pour mieux connaitre les répercussions de cette chirurgie sur les co-morbidités de l'obésité, telles que l'hypertension artérielle ou la cholestérolémie, les chercheurs ont entrepris un suivi sur 5 ans de patients opérés par gastrectomie dans leur établissement. Au total, 443 patients ont été inclus.

Le suivi confirme une perte de poids rapide et importante après l'opération. A 1 an, la perte moyenne d'excès de poids est évaluée à 77%. Elle passe ensuite à 70%, puis 56%, à respectivement 3 ans et 5 ans, confirmant ainsi une reprise de poids dès les premières années.

Le taux d'échec, défini comme étant la part des patients passant sous les 50% de perte d'excès de poids, est en progression constante dans la cohorte, pour atteindre 38% à 5 ans, soit plus d'un patient sur trois.

Ces résultats confirment des données rapportées par de précédents travaux. L’étude Swedish Obese Subjects (SOS) [2], menée sur plus de 4 000 patients, a notamment rapporté en moyenne une reprise de 30% du poids perdu, 2 et 6 ans après une chirurgie bariatrique.

Pour ce qui est de la rémission complète du diabète de type 2, elle est observée chez la moitié des patients au bout d'un an. Le diabète tend ensuite à réapparaître, cette rémission ne s'observant plus que chez 32%, puis 20% des patients, à 3 ans et 5 ans.

Disparition de l'hypertension et hausse du HDL-cholestérol

La disparition complète de l'hypertension s’est, en revanche, maintenue. Elle concernait près de la moitié des patients (45 à 48%), tout au long du suivi.

Les résultats montrent, par ailleurs, une modification significative des taux de triglycérides et de HDL-cholestérol, avant et après l'opération. Evalué à 46,7 mg/dL en moyenne avant gastrectomie, le taux de HDL-cholestérol est passé à un taux constant d'environ 52 mg/dL.

Le niveau de triglycérides a, quant à lui, chuté rapidement, passant de 155 mg/dL à 106 mg/dL à un an, avant de progresser à nouveau pour atteindre 126 mg/dL à 5 ans.

La baisse du LDL-cholesterol est moins évidente. Elle est significative uniquement la première et la troisième année, le taux avant l'opération étant de 115 mg/dL, pour passer respectivement à 110 et 105 mg/dL.

Dans le cas du cholestérol total, l'étude révèle une absence d'effet significatif de la gastrectomie, à chaque étape du suivi. A cinq ans, le taux est de 188 mg/dL, soit 1 point de moins seulement par rapport au taux enregistré avant l'opération.

La moitié des patients perdus de vue

L’échec du maintien de la perte de poids, le retour du diabète et des comorbidités devraient peser sérieusement dans l’évaluation du choix de la stratégie thérapeutique.

Les auteurs soulignent qu'au cours du suivi, de nombreux patients ont été perdus de vue, réduisant la cohorte de moitié à 1 an et à 3 ans, ce qui pourrait constituer un biais dans l'interprétation des résultats. « Le grand nombre de sujets perdus de vue après le geste chirurgical est une situation conforme à ce qui est observé après chirurgie bariatrique par d’autres équipes », précisent les auteurs.

La pratique montre, en effet, que les patients sont en majorité perdus de vue entre la deuxième et la sixième année après le traitement chirurgical, souvent en raison d'une insatisfaction liée à la reprise de poids ou à une transformation trop rapide du corps.

La reprise de poids pourrait donc être plus élevée encore.

« L’échec du maintien de la perte de poids, le retour du diabète et des comorbidités devraient peser sérieusement dans l’évaluation du choix de la stratégie thérapeutique pour un patient présentant une obésité sévère.

Ces résultats devront toutefois être confirmés par de plus larges études, sur plus long terme.

REFERENCES :

1. Golomb I, Ben David A, Glass A, Long-term Metabolic Effects of Laparoscopic Sleeve Gastrectomy, JAMA surgery, publication en ligne du 5 aout 2015.

2. Sjöström L, Narbro K, Sjöström D, Swedish Obese Subjects. Effects of bariatric surgery on mortality in Swedish obese subjects, The New England Journal of Medecine, 23 août 2007, Vol 357, pp 741-752.

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