Santé cardiovasculaire : l’effet protecteur des fruits et légumes est-il dû à la vitamine C ?

Vincent Richeux, avec Deborah Brauser

Auteurs et déclarations

3 août 2015

Copenhague, Danemark - Menée sur près de 100 000 participants, une étude de cohorte danoise montre, en s'appuyant sur une randomisation mendélienne, qu'il existe une corrélation entre l'effet protecteur sur la fonction cardiovasculaire d'une consommation de fruits et légumes et le taux sérique de vitamine C.

Plusieurs études ont suggéré un lien entre un apport quotidien en vitamine C et une baisse du risque de développer des maladies cardiovasculaires. Des travaux américains ont notamment montré que les patients présentant un déficit en vitamine C avaient des taux de CRP ultrasensibles doublés, comparativement aux non carencés.

On connait également l'effet protecteur des fruits et légumes, principale source de vitamine C. Cependant, les résultats des analyses épidémiologique et observationelles se révèlent divergents et ne permettent pas d'affirmer clairement l'effet bénéfique d'un apport en vitamine C, indiquent leDr Camilla Kobylecki et ses collègues de l'hôpital universitaire de Copenhague dans cette nouvelle étude, publiée dans The American Journal of Clinical Nutrition.

Un allèle associé à 11% de vitamine C en plus

Pour rechercher une éventuelle corrélation, les chercheurs sont passés cette fois par une randomisation mendélienne, qui repose sur la génétique. Ils ont ainsi voulu vérifier s'il existe un lien entre une prédisposition génétique à un taux de vitamine C plus élevé, pouvant aussi survenir après une consommation fréquente de fruits et légumes, et un risque plus faible de maladies cardiovasculaires.

Les chercheurs ont travaillé à partir d'une cohorte provenant de la Copenhagen General Population Study (CGPS) et de la Copenhagen City Heart Study (CCHS). Avec 97 200 personnes adultes incluses, cette cohorte est représentative de la population générale du Danemark, âgée de plus de 20 ans.

Un génotypage a alors été effectué sur l'ensemble des sujets pour rechercher l'allèle rs33972313, lié au niveau d'expression d'un transporteur de vitamine C dépendant du sodium. En parallèle, une mesure du taux sérique de vitamine C a été réalisée sur quelque 3 500 participants.

Les résultats montrent que les individus ayant l'allèle rs33972313 ont un taux plasmatique de vitamine C 11% plus élevé par rapport aux non porteurs de l’allèle. Ce qui confirme l'intérêt de ce marqueur pour rechercher des liens de causalité avec un taux élevé de vitamine C.

Pour ce qui est de la consommation de fruits et légumes, elle avait déjà été explorée lors de l'inclusion des participants à l'étude CGPS (n=83 256). Après avoir été interrogés, ils ont été répartis entre une consommation de fruits et légumes > 2/j, 1/j, <1/j ou presque jamais.

Un risque cardiovasculaire réduit de 10%

Dans 37% des cas (n=30 794), les individus ont indiqué consommer >2/j. Ceux qui en consomment 1/j et <1/j ou quasiment jamais, représentent respectivement 34% (n=28 517), 21% (n=17 576) et 8% (n=6 339) de la cohorte.

En effectuant une comparaison avec la mortalité et la prévalence des maladies cardiovasculaires observées au sein de la cohorte, il est apparu que les individus ayant consommé plus fréquemment des fruits et légumes ont un risque de maladie cardiovasculaire réduit de 13% (IC à 95%, 0.78-0.97), par rapport au sous-groupe n'en consommant quasiment jamais.

En outre, la mortalité, toute cause confondue, est réduite de 20% (IC à 95%, 0.73-0.88). Que la consommation soit davantage portée sur les fruits que sur les légumes ou inversement, les résultats apparaissent similaires.

L'analyse de l'ensemble des résultats a permis aux chercheurs de mettre en évidence une corrélation quasi identique entre le niveau naturellement plus élevé de vitamine C et l'effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires.

Les individus génétiquement prédisposés à avoir des taux plus élevées ont, en effet, un risque de maladie cardiovasculaire réduit de 10% (IC à 95%, 0,75-1,08). La différence est plus significative pour le taux de mortalité qui est, quant à lui, réduit de 12% (IC à 95%, 0,72-1,08).

D'autres constituants des fruits et légumes en jeu?

Même si l'étude présente un léger biais d'ordre statistique (IC >1 pour la vitamine C), « nos données ne peuvent pas exclure que l'effet bénéfique d'une consommation élevée en fruits et légumes serait, au moins en partie, due à des concentrations élevées en vitamine C », affirment les auteurs dans leurs conclusions.

« Les fruits et les légumes étant riches en minéraux, vitamines, antioxydants et micronutriments, il est possible que l'effet protecteur sur la fonction cardiovasculaire sont dû à l'un de ces constituants ou à une combinaison de certains d'entre eux », affirment les chercheurs.

Les apports nutritionnels conseillés en vitamine C sont de 110 milligrammes par jour. « Pour assurer la couverture des besoins quotidiens en vitamine C, il est recommandé de consommer environ 500 g de fruits et légumes par jour », précise l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation de l'environnement et du travail (Anses).

 

L'étude a été financée par la fondation Michaelsen, le Danish Council for Independant Research et la fondation Johan Boserup and Lise Boserup. Les auteurs n'ont pas déclaré de conflits d'intérêt.

 

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

 

REFERENCE :

  1. Kobylecki C, Afzal S, Davey Smith G, Genetically high plasma vitamin C, intake of fruit and vegetables, and risk of ischemic heart disease and all-cause mortality: a Mendelian randomization study, The American Journal of Clinical Nutrition, publication en ligne du 6 mai 2015.

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