Le portable a-t-il sa place au bloc opératoire ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

31 juillet 2015

retrouvés sur les téléphones de chirurgiens orthopédiques et d’internes à l’entrée et à la sortie de la salle d’opération [8]. Au début du test, 83% des appareils présentaient des germes pathogènes, ils étaient ensuite désinfectés et une semaine après, revérifiés. Le résultat est parlant : 75% d’entre eux étaient à nouveau contaminés. La conclusion l’est tout autant : pas question de recommander aux médecins de laisser leur portable au vestiaire, les auteurs préfèrent leur conseiller de nettoyer très souvent leur téléphone.

Paparazzi des blocs opératoires

Enfin, moins grave en termes de conséquences mais totalement inapproprié et inélégant (et illégal), est la prise de photos au bloc de patients ou de pièces opératoires postées ensuite sur Facebook, voire revendues au marché noir. Dernière affaire en date aux Etats-Unis, les photos de Joan Rivers réalisées par un anesthésiste  au cours d’une opération de la gorge et des cordes vocales, laquelle actrice est, par ailleurs, décédée une semaine après [9]. Si le lien de cause à effet n’est bien sûr pas établi entre les deux évènements, le procès intenté par la fille de l’animatrice a au moins mis à jour l’existence d’agissements, qui, s’ils sont rares, n’en sont pas moins glauques. Ce phénomène de paparazzi des blocs opératoires n’est d’ailleurs pas exclusif des célébrités, ni propre aux Etats-Unis. Même s’il est difficile de trouver des témoignages sur le Net, des images prises à l’hôpital (sur lesquelles figurent prinicipalement des « selfies » d’internes mais aussi des photos de patients qui n’ont probablement pas donné leur accord) sont disponible sur les réseaux sociaux, notamment sur instagram (#urgences). L’anesthésiste évoqué précédemment a d’ailleurs reconnu avoir posté des photos de monitoring sur Facebook, sans que cela ne lui pose de problème, puisque «ce ne sont que des chiffres et que l’on ne voit pas le nom du patient ».

66% des chirurgiens utilisent leur téléphone à l’hôpital, y compris en salle d’opération

Si les interférences ont autrefois servi de prétexte pour interdire l’utilisation d’appareils électroniques dans l’enceinte de l’hôpital, le problème semble aujourd’hui se limiter aux seuls moniteurs cardiaques (et encore sur des distances relativement courtes) et les progrès technologiques qui ont accompagné la généralisation de l’utilisation des appareils connectés ont laissé champ libre aux mobiles, tablettes et autres assistant numérique personnel (PDA) qui ont pénétré la salle d’examens cliniques et bloc opératoire. Difficile pour autant de connaitre l’étendue de l’envahissement numérique. On peut lire ça et là que nombre de chirurgiens se servent de ces appareils connectés pour diffuser de la musique en salle d’opération.

Une étude rapporte ainsi que 66% des chirurgiens utilisent leur téléphone à l’hôpital, y compris en salle d’opération et en unités de soins intensif [10]. Une autre présentée lors d’un congrès d’anesthésiologie a trouvé que dans 54% des cas, les infirmières et les internes étaient distraits par autre chose (et souvent du surf sur le Net) que les soins à apporter aux patients, même en étant surveillés. De la même façon, 56% des infirmiers qui gèrent les appareils de circulation extracorporelle pendant une chirurgie cardiaque ont reconnu se servir de leur téléphone

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