Seniors : le palmarès des médicaments à déprescrire en priorité

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

9 juillet 2015

Ottawa, Canada – Les médicaments sur une prescription, c’est un peu comme les pays de la zone euro : pour en rajouter, les procédures, contrôles et autres recommandations valent ce qu’ils valent, mais au moins ne manquent pas. Quand il s’agit d’en retirer, en revanche…, le cas n’est tout simplement pas prévu. Ce déficit est notamment criant pour les personnes âgées, que l’on sait souvent sur-médicamentées, avec les risques d’interactions médicamenteuses, de non observance, de chute, d’impact cognitif, d’hospitalisation, et même de mortalité qui en découlent.

Le Ministère de la santé de l’Ontario prend le problème très au sérieux, et explore la possibilité d’établir des recommandations pour la déprescription – qu’il s’agisse d’affiner une prescription, de la réduire ou de la supprimer. Dans cette logique, une équipe canadienne s’est livrée à une enquête originale auprès de professionnels de la gériatrie, pour identifier les médicaments et/ou classes thérapeutiques qui mériteraient en priorité de telles recommandations. Les résultats sont publiés dans la revue PLoS One (Public Library of Sciences) [1].

Au passage, la liste des médicaments jugés prioritaires pour des recommandations de déprescription, peut également être lue comme la liste des médicaments dont la justification mérite d’être réévaluée régulièrement chez les patients âgés.

« Des approches innovantes sont nécessaires […] pour limiter l’impact négatif de la polymédication sur la population âgée », écrivent les auteurs. « Ces approches doivent faciliter la décision quant à l’éventuel arrêt d’un médicament, et comporter des recommandations claires pour […] assurer la sécurité et l’efficacité de la démarche ».

« Dans ma propre pratique, lorsque je vois un patient âgé, je réévalue tous ses traitements pour voir s’ils restent nécessaires et/ou souhaités », explique le Dr Tom G. Bartol (Richmond, Etats-Unis) dans un point de vue publié par Medscape International. « Le patient a-t-il encore des brûlures d’estomac ? Sinon, il ou elle peut essayer de réduire son IPP ou son anti-H2, en prenant par exemple le traitement tous les deux jours. Si les brûlures ne reviennent pas, je recommande une prise tous les trois jours. Et en l’absence de symptômes, toujours, je recommande l’interruption, ou la prise à la demande. L’absence de brûlure à l’estomac lorsqu’on prend un traitement ne signifie pas que le traitement est efficace ».

Une position parfaitement rationnelle, donc. Mais combien de médecins, par manque de temps, par réticence à retirer un médicament prescrit par un confrère (surtout s’il s’agit d’un spécialiste), par crainte d’une conséquence sur le plan judiciaire, prennent-ils autant de soin à alléger une prescription qu’à l’alourdir ?

La méthode de Delphes
A thème de recherche originale, méthode originale : les canadiens ont procédé par la méthode dite « de Delphes », dont l’IIASA (International Institute for Applied Systems Analysis), cité par Wikipédia , donne la définition suivante.

« La méthode de Delphes se compose d'une série d'interrogations répétées, habituellement au moyen de questionnaires, d'un groupe d'individus dont les avis ou les jugements sont d'intérêt. Après l'interrogation initiale de chaque individu, chaque interrogation suivante est accompagnée de l'information concernant les réponses du tour précédent. L'individu est ainsi encouragé à reconsidérer et, si approprié, à changer sa réponse précédente à la lumière des réponses des autres membres du groupe ».

Dans ce travail, un premier examen de la littérature a été effectué par six auteurs de l’étude (trois pharmaciens, deux médecins généralistes, et un expert en sciences sociales, tous spécialisés en gériatrie) pour identifier les traitements à priori les plus problématiques chez les personnes âgées, à la fois du point de vue de l’impact sanitaire éventuel et des coûts injustifiés.

Les résultats ont été débattus et synthétisés, pour aboutir à une première liste de 29 médicaments et/ou classes thérapeutiques jugés prioritaires pour l’élaboration de recommandations de déprescription.

Cette liste a ensuite été soumise à trois reprises à un panel comprenant 36 pharmaciens, 19 médecins et 10 infirmières, également tous spécialisés en gériatrie.

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