Essais cliniques du diabète : toujours les mêmes investigateurs, ou presque

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

8 juillet 2015

Bristol, Royaume-Uni – En épluchant la littérature scientifique des 20 dernières années sur les hypoglycémiants, des chercheurs néerlandais et anglais ont montré qu’une centaine d’auteurs se partagent le gâteau de la publication d’essais cliniques puisqu’ils sont 110 à apparaitre dans un tiers (32,4%) des 3 782 articles passés en revue [1].

En poussant la recherche un peu plus loin, ils ont même listé – sans les nommer –11 « super investigateurs » qui ont contribué à 10% de l’ensemble des articles. Sachant que nombre d’entre eux ont déclaré des liens d’intérêt et que, seuls 6% des articles ont été considérés comme totalement indépendants, les auteurs s’interrogent sur l’intégrité et la transparence des études en diabétologie.

Quant à l’éditorialiste anglaise, Elizabeth Wager (consultante du BMJ), elle prône, ni plus ni moins qu’un changement culturel radical visant à promouvoir la qualité plutôt que la quantité [2].

Explosion du nombre d’études en diabétologie

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de la publication scientifique ? Une intégrité qui laisserait à désirer ?

La mention d’auteurs honorifiques (le fait d’attribuer la qualité d’auteur à quelqu’un qui n’a fourni aucune prestation scientifique), l’utilisation de « ghost-writer » (auteur rémunéré qui écrit pour le compte et au nom d’une autre personne) et de rédacteurs professionnels sont des pratiques connues du milieu rédactionnel scientifique. L’impression de voir revenir régulièrement les mêmes noms, collaborant très régulièrement avec l’industrie pharmaceutique lorsqu’il s’agit d’études cliniques, est, elle aussi, familière : « certains auteurs sont beaucoup plus prolifiques que d’autres, à tel point que leurs noms semblent vous sauter aux yeux (pop-up) dans chaque revue de diabétologie que vous ouvrez », remarquent le Dr Frits Holleman (médecine interne, Academic medical center, Amsterdam) et ses collègues dans le BMJ non sans une certaine ironie. Mais jusqu’à présent, cette « impression » n’avait pas été quantifiée avec des méthodes statistiques aussi rigoureuses que celles utilisées dans ces fameux essais cliniques.

La sous-spécialité de diabétologie n’a pas été choisie au hasard, par les auteurs néerlandais et anglais. C’est un domaine de la médecine où moult nouvelles classes thérapeutiques sont apparues au cours de 20 dernières années, résultant en une « explosion des études » – 22 en 1993, 70 en 2001 et 566 en 2013 – et nécessitant une fréquente mise à jour des recommandations de pratique clinique.

Palmarès des auteurs les plus prolifiques

Pour s’assurer que certains chercheurs/cliniciens étaient véritablement très productifs, le Dr Holleman et coll. ont passé en revue les essais cliniques contrôlés et randomisés, publiés entre le 1er janvier 1993 et le 31 décembre 2013 et traitant des nouveaux traitements du diabète – à savoir des analogues de l’insuline, les glinides, les glitazones, les agonistes du glucagon-like peptide 1 (GLP-1), les inhibiteurs des dipeptidylpeptidase 4 (DPP-4) et les inhibiteurs sodium-glucose co-transporter-2 (SGLT-2). Les études animales ont été exclues et seules les publications en anglais ont été retenues. N’ont été gardés que 3782 articles rédigés par 13592 auteurs.

Le Dr Holleman et coll ont ainsi établi un palmarès des auteurs les plus prolifiques et montré que 110 d’entre eux étaient mentionnés dans 32,4% des 3782 articles. On les retrouvait donc dans 991 études randomisées/contrôlées, soit l’équivalent de 20 études par auteur. Sur ces 110 auteurs, 44% étaient employés par les compagnies pharmaceutiques et 56% étaient des « institutionnels » entretenant des liens étroits avec l’industrie. Et plus de 80% d’entre eux étaient issus de 4 pays : Etats-Unis, Italie, Royaume-Uni et Allemagne.

Seuls 6% des articles considérés comme totalement indépendants

En affinant leurs statistiques, les chercheurs ont cerné un groupe de 11 auteurs (dont 2 employés de l’industrie pharmaceutique), qualifiés de « super-investigateurs » (supertrialists), c’est-à-dire ayant contribué à 397 articles, soit 42 publications chacun. Sur les 9 investigateurs issus d’instituts de recherche, seuls 2 n’ont jamais rapporté de conflits d’intérêt, les 7 autres en ayant déclaré entre 8 et 21 sur la durée étudiée (soit 16 en moyenne).

Avec 212 articles et 143 articles chacune, Diabetes Care et Diabetes Obesity and Metabolism étaient

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