Pacemaker/Défibrillateur et smartphones 3G/4G : des interférences possibles mais rares

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

1er juillet 2015

Milan, Italie — La question se pose régulièrement avec chaque nouvelle technologie. Après les lecteurs MP3 et les iPad, faut-il craindre un risque d’interférences entre les dispositifs cardiaques (stimulateurs et défibrillateurs) et les smartphones ? Les porteurs doivent-ils s’inquiéter d’un possible dysfonctionnement à type d’arrêt ou de chocs inappropriés quand ils téléphonent en utilisant la 3G ou la 4G? Pour en avoir le cœur net, le Dr Carsten Lennerz (German Heart Care Center, Munich), et ses collègues ont testé le Samsung Galaxy 3, le Nokia Lumia et le HTC One XL sur 3 réseaux téléphoniques différents. Les résultats présentés au congrès EHRA EUROPACE-CARDIOSTIM de Milan montre que le risque, bien que très faible, existe [1]. Mieux vaut éviter de placer son portable dans une poche à proximité du pacemaker et tenir le téléphone mobile dans la main opposée à l’emplacement de l’appareil implanté.

Samsung Galaxy 3, Nokia Lumia et HTC One XL

Le rationnel de l’étude est donné par le Dr Carsten Lennerz : « Les stimulateurs cardiaques sont susceptibles de détecter une interférence électromagnétique et de l’interpréter de façon erronée comme un signal émanant du cœur. Cela résulte en une pause du rythme cardiaque du patient et peut induire une syncope. Quant aux défibrillateurs automatiques implantables (DAI), le signal extérieur mime une tachycardie ventriculaire susceptible de conduire à un choc douloureux ». Ce risque d’interférences entre les dispositifs cardiaques et les téléphones portables est connu et a conduit la FDA à conseiller de garder une distance de 15 à 20 cm entre les 2 types appareils [2]. Des préconisations qui s’appuyaient sur des études faites 10 ans auparavant lorsque les téléphones mobiles n’étaient pas encore tous (ou presque) des smartphones et utilisaient la technologieGSM et non les réseauxUMTS (3G) and LTE ( proche de la 4G) comme aujourd’hui.

Au vu de l’évolution rapide des technologies, des chercheurs allemands ont voulu vérifier si les préconisations en matière de distances de sécurité étaient toujours d’actualité. Ils ont donc inclus 308 patients (147 porteurs de stimulateurs cardiaques et 161 DAI, dont 65 de resynchronisation cardiaque) qu’ils ont exposés aux champs électromagnétiques de 3 smartphones très utilisés (Samsung Galaxy 3, Nokia Lumia, HTC One XL) placés à même la peau directement au-dessus du dispositif cardiaque.
Des études préliminaires ayant montré que les phases de sonnerie et de connexion au réseau étaient les plus sensibles, les chercheurs ont mis au point au protocole standardisé en détaillant les étapes d’un appel téléphonique : connexion, sonnerie, dialogue et déconnection. De même, l’étude a passé en revue 3 réseaux différents : GSM, LTE et UMTS à la puissance maximale de 50 Hz, une fréquence dont on sait qu’elle est susceptible d’impacter les appareils médicaux. Les interférences potentielles ont été enregistrées en continu par électrocardiogrammes (ECGs).

1 dispositif impacté sur 308
Plus de 3400 tests ont été effectués, montrant qu’un seul patient sur les 308 patients (0,3%) avait été sujet à des interférences dues à son smartphones. Plus précisément, chez cette personne, le DAI compatible à l’IRM a confondu les signaux émanant des portables Nokia et HTC opérant sur les réseaux GSM ou UMTS avec des signaux intracardiaques.

Conclusion du Dr Lennerz : « Les interférences entre smartphones et dispositifs cardiaques sont rares mais possibles donc les recommandations de distances de sécurité doivent être maintenues. Il est intéressant de voir que le dispositif qui s’est révélé le plus impacté par les ondes électromagnétiques était un modèle compatible avec l’IRM, ce qui montre que ce type d’appareil est lui aussi concerné. »

Et le Pr Christof Kolb, dernier auteur et chef du département d’électrophysiologie du German Heart Centre, d’ajouter : « Les patients porteurs d’un dispositif cardiaque peuvent utiliser un smartphone, mais prendre quelques précautions : ne pas le garder dans une poche à proximité de l’appareil, et placer le smartphone à l’oreille opposée à l’emplacement du dispositif. »

Informer les patients encore et encore
Interrogé par Medscape, le Dr Walid Amara, cardiologue (CHI le Raincy-Montfermeil) qui avait évalué cette question des téléphones portables lors d'une des enquêtes du groupe de rythmologie du CNCH - présentée à EHRA 2013 et cette année encore -, commente : « l’angoisse des patients est importante et ils ont besoin d'avoir des informations. Notre enquête révèle qu’à peine deux tiers des patients pensent qu'ils peuvent utiliser leur téléphone portable. Les autres ne savent pas ou pensent que non. » Il ajoute : « Sur le principe, on a toujours conseillé aux patients de ne pas mettre le portable dans la poche en regard du PM/DAI car le risque d'interférence n'est pas nul, y compris avec les oreillettes et les aimants de l'IPAd2 ». Il faut donc informer et s’assurer que le message a été compris. Pour rappel, la Fédération Française de Cardiologie a édité deux brochures destinées l’une auxporteurs de stimulateurs cardiaques, l’autre aux porteurs de DAI téléchargeable sous format pdf expliquant comment on vit au quotidien avec de tels dispositifs.

 

 

Le Dr Walid Amara a déclaré des liens comme consultants auprès de Biotronik, Medtronic, Boston Scientific, Saint Jude Medical et d’orateurs pour BMS, Bayer, Boehringer, Daiichi Sankyo, MEDA, de recherché avec Sorin Group.

 

 

REFERENCES:

  1. ESC. Cardiac device wearers should keep distance from smartphones. 22 juin 2015.

  2. FDA. Interference with Pacemakers and Other Medical Devices.10 janvier 2014.

 

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