La vitamine B3 réduit le risque de carcinome cutané à petit prix

Stéphanie Lavaud, avec Nick Mulcahy

Auteurs et déclarations

5 juin 2015

Chicago , Etats-Unis – Dans une étude australienne de phase III, l’absorption de nicotinamide réduit de 23% le risque de nouveau cancer de la peau (non mélanome) chez des patients à haut risque. Ce traitement présente le double avantage d’être à la fois bien toléré et très peu cher, ce qui, dans le contexte actuel, en fait une option préventive de choix chez ce type de patients. L’étude a été présentée au congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO 2015).

La nicotinamide, aussi connue sous le nom de niacinamide, est un dérivé de l’acide nicotinique. C’est l’une des formes de la vitamine B3 ou PP. Son effet sur la réparation de l’ADN après exposition aux ultra-violets est connu. Elle est disponible en vente libre sous forme de compléments alimentaires.

Transposable dès à présent dans la pratique clinique

L’étude de phase III en double aveugle ONTRAC a randomisé 386 patients entre un groupe prenant 500 mg de nicotinamide oral x 2/j (193 patients), soit un placebo (193 patients) pendant 12 mois au cours desquels ils rencontraient un dermatologue tous les 3 mois. L’âge moyen de la cohorte était de 66 ans, avec 63% d’hommes.

Pour être inclus, les patients devaient avoir eu au moins deux carcinomes au cours des 5 dernières années (un peu plus de huit en moyenne). A l’entrée dans l’étude, les patients assignés au placebo avaient 46,2 lésions cutanées de kératose actinique, ceux du groupe nicotinamide 47,7.

 
Le nicotinamide constitue une opportunité préventive contre le carcinome transposable dès à présent dans la pratique clinique -- les chercheurs
 

A l’issue des 12 mois, les patients sous placebo ont développé en moyenne 2,4 nouveaux cancers de la peau contre 1,8 dans le groupe nicotinamide, soit, après ajustement, une réduction du risque relatif de 23% [IC 95% : 0,04 – 0,38 ; p = 0,02].

Dans le détail, la réduction du risque a été de 20% pour les carcinomes basocellulaires [IC 95% : -0,06 – 0,39 ; p = 0,01], de 30% pour les épithéliomes spinocellulaires [IC 95% : 0,00 – 0,51 ; p = 0,05] et de 13% pour les lésions de kératoses actiniques. Aucune différence en termes d’effets secondaires n’a été observée entre les deux groupes.

Deux mécanismes de protection du nicotinamide ont été envisagés par les auteurs : l’augmentation de la réparation de l’ADN dans les cellules de la peau altérées par le soleil et la prévention de la suppression immunitaire de la peau par les rayons ultra-violets.

« Le nicotinamide constitue une opportunité préventive contre le carcinome transposable dès à présent dans la pratique clinique » concluent les chercheurs.

Enthousiasme général

A l’ASCO, l’étude a suscité l’enthousiasme de l’assistance.

« Cette étude montre que nous disposons d’un moyen remarquablement simple et peu coûteux d’éviter aux patients la répétition du diagnostic d’un des cancers de la peau les plus fréquents, a commenté le directeur de l’ASCO, Peter Yu (Palo Alto Medical Foundation, Californie). Pendant la conférence de presse, il a parlé de ces résultats comme d’une avancée majeure dans la prévention, rapportent nos confrères de Medscape International. En dépit de son intérêt pour les résultats de l’étude, le Dr John Lear, dermatologue, (Manchester University et Salford Royal Hospital, Royaume-Uni) insiste, quant à lui, sur le petit nombre de patients de l’étude et s’interroge sur la représentativité de la population australienne très exposée aux rayons solaires par rapport à d’autres latitudes moins bien dotées, de même que sur la rapidité de l’effet rapporté au temps de développement de ces cancers – souvent long après l’exposition aux UV. Dans ses commentaires, le Dr Daniel G. Coit (Memorial Sloan Kettering Cancer Center) a, lui, rappelé qu’il restait un certain nombre de questions concernant le dosage optimal et les effets à long terme du traitement. Mais il n’a pas manqué de pointer l’aspect «économique» du résultat : « si ce que ce nous avons entendu aujourd’hui se confirme, nous allons réduire les coûts de traitement de 25% et faire d’importantes économies. »

 
Si ce que ce nous avons entendu aujourd’hui se confirme, nous allons réduire les coûts de traitement de 25% et faire d’importantes économies - Dr Daniel G. Coit
 

Tout petit bémol : l’effet du traitement n’est pas rémanent. La dermatologue Diona Damian, auteur senior de l’étude et professeur de dermatologie (Université de dermatologie de Sidney, Australie) a indiqué dans sa présentation que si le bénéfice du nicotinamide apparait dès 3 mois après sa prise, il disparait très vite à l’arrêt du traitement. Ainsi 6 mois après la fin de l’étude, quand les patients ne prenaient plus leur traitement vitaminique, les taux de nouveaux cancers étaient redevenus identiques dans les deux groupes de participants.

Deux précisions encore : ces travaux de recherche montrent les bénéfices du nicotinamide chez des patients à risque mais en aucun cas dans la population générale. Il est possible que la vitamine B3 ait un effet préventif sur les peaux abimées par le soleil qui n’ont pas encore développé de carcinome, mais cela n’est pas démontré. De même, les mesures habituelles de protection contre les rayons solaires restent plus que jamais d’actualité, a rappelé le Dr Damian.

L’étude a été financée par l’Australia's National Health and Medical Research Council. Le Dr Damian n’a pas mentionné de liens d’intérêt. Deux co-auteurs ont signalé avoir eu une activité de consultants rémunérée pour des compagnies pharmaceutiques.

 

REFERENCES :

  1. Nicotinamide Reduces Nonmelanoma Skin Cancer Formation, 31 may 2015.

  2. Martin AJ, Chen A, Choy B et al. Oral nicotinamide to reduce actinic cancer: A phase 3 double-blind randomized controlled trial. J Clin Oncol 33, 2015 (suppl; abstr 9000).

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