Hépatite C : au rythme de 15 000 guérisons par an, les hépatologues visent l’éradication

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

2 juin 2015

Paris, France – Eradiquer l’hépatite C en France : c’est l’objectif ambitieux – mais néanmoins rendu possible par l’arrivée de nouveaux médicaments, les antiviraux d’action directe (AAD) – que s’est fixée l’Association Française pour l’Etude du Foie (Société Française d’Hépatologie). Dans ses recommandations publiées le 1er juin 2015 , l’AFEF recommande donc d’élargir ces traitements à plus de patients infectés par un virus de l’hépatite C (VHC) et table sur une baisse progressive des prix pour y arriver [1].

Une position en contradiction avec celle du collège de la Haute Autorité de Santé de juin 2014 qui stipule que « la stratégie de traitement vise la guérison virologique individuelle et que les conditions pour une stratégie d’éradication collective ne sont pas réunies » [2].

L’hépatite C en chiffres
En France métropolitaine, la prévalence du VHC est estimée à 0,84%.
Plus de 360 000 personnes sont porteuses d’anticorps contre le virus de l’hépatite C (AC anti-VHC) dont les deux tiers ont une infection chronique active, soit 230 000 personnes (0,53%). Mais la moitié́ des sujets infectés connaît son statut virologique.
Le nombre de décès associés au VHC a été estimé à plus de 3 600 en 2001, soit 6,1 décès pour 100 000 habitants.
Dans l’enquête Coquelicot menée en 2011 par l’InVS et l’Inserm auprès d’une population d’usagers de drogues, la prévalence des anticorps anti-VHC était estimée à 44%.
La prévalence de l’hépatite chronique C serait de 2,5% dans les prisons françaises.

La France, pionnière en la matière

 
C’est la première fois dans l’histoire de la médecine qu’une maladie chronique peut disparaître grâce à un traitement médical – Pr Victor de Ledinghen
 

« C’est la première fois dans l’histoire de la médecine qu’une maladie chronique peut disparaître grâce à un traitement médical » explique le secrétaire général de l’AFEF, Victor de Ledinghen (Chef du service d’Hépato-Gastroentérologie et d’Oncologie digestive, CHU de Bordeaux). Une petite révolution qui s’explique par l’avènement des nouveaux antiviraux direct (AAD), qui agissent en trois sites différents sur les enzymes de réplication du VHC.

A savoir :

-les inhibiteurs de protéase (simeprevir, paritaprevir),

-les inhibiteurs du complexe de réplication NS5A (daclatasvir, ledipasvir, ombitasvir),

-les inhibiteurs de la polymérase NS5B (sofosbuvir, dasabuvir).

« Ces molécules permettent d’obtenir le plus souvent en 12 semaines (parfois 24 semaines) une éradication virale chez plus de 90 ou 95% des patients, y compris chez les sujets en échec de traitement par interféron et ribavirine, chez les malades ayant une cirrhose ou présentant une récidive après une transplantation et chez les personnes co-infectées par le VIH, sans effets indésirables majeurs. »

Mais pourquoi des recommandations nationales alors que l’ European Association for the Study of the Liver (EASL) en a rédigé tout récemment [3] ?

« La France est le seul pays européens où les 7 molécules sont disponibles, répond le Pr de Ledinghen. Une situation qui lui permet d’être pionnière en la matière et d’aller beaucoup plus loin que les recommandations européennes. Les propositions de notre société savante sont très en avance par rapport aux indications car nous nous sommes placés dans une démarche d’éradication. Par ailleurs, nos recommandations ont intégré les toutes dernières molécules mises à disposition, y compris celles qui ne sont pas encore sur le marché mais pour lesquelles on dispose d’études de phase III. »

Quant aux recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), elles datent de 2014, autant dire que dans le contexte actuel, elles sont totalement dépassées [3]. « En matière de traitement de l’hépatite C, 2014, c’est la préhistoire » a-t-il ajouté.

Elargissement des indications et préventions des contaminations

 
En matière de traitement de l’hépatite C, 2014, c’est la préhistoire -- Pr de Ledinghen
 

Pour atteindre son objectif d’éradication, l’AFEF préconise une double stratégie.

Primo, ne laisser à terme personne non traité. Pour cela, outre les indications d’ores et déjà retenues par les autorités sanitaires (et remboursées), la Société d’hépatologie propose donc un élargissement à d'autres populations. Selon elle, le traitement doit être administré, quelle que soit la sévérité de la fibrose, chez les patients :

- infectés par un génotype 3;

- co-infectés par le VIH ou le VHB ;

- en attente de transplantation d’organe ou ayant reçu une transplantation d’organe ;

- avec une manifestation extra-hépatique significative liée au VHC (vascularite liée à une cryoglobulinémie, néphropathie liée au VHC, lymphome non hodgkinien B) ;

- avec une fatigue invalidante.

Secundo, pour éradiquer une pathologie, il faut enrayer les nouvelles contaminations. L’AFEF préconise donc que le traitement soit administré, quelle que soit la sévérité de la fibrose, chez des patients à risque élevé de transmettre le VHC incluant les usagers de drogues, les homosexuels masculins avec pratiques sexuelles à risque, les femmes désirant être enceintes, les professionnels de santé, les hémodialysés et les patients incarcérés.

« 1 traitement, 1 guérison »

Eradiquer une maladie responsable de 3600 décès chaque année, personne ne saurait être contre, sauf…qu’une telle opération de santé publique a un coût et qu’il est loin d’être négligeable. Autant dire qu’en ces périodes d’économie, et au vu des dernières polémiques sur le prix du Solvadi, le message risque d’avoir du mal à passer auprès des autorités. L’AFEF a néanmoins deux arguments dans sa poche. Le Pr de Ledinghen table, d’une part, sur une baisse du prix des traitements due au jeu de la concurrence.

« Au nombre de 7 aujourd’hui, les médicaments disponibles seront bientôt 9 voire 11 en 2016, cela devrait faire baisser les prix ». A l’appui de sa démonstration, il note que « de 100 000 euros le traitement en 2014, le coût a été divisé par deux en 2015, passant à 50 000 euros, et cela peut baisser encore ». D’autre part, l’AFEF se base sur le chiffre de 15 000 patients traités chaque année, la France n’ayant pas les moyens humains et financiers de faire plus. « Sachant qu’en 2014, ce sont environ 14 000 patients qui ont pu bénéficier de ces traitements en France (contre seulement 500 au Royaume-Uni !) et que probablement de 15 000 à 20 000 patients pourront être traités en 2015, cela représente en deux ans, 30 000 personnes au total qui vont être guéris, dont les plus sévèrement atteints. Ainsi, d’ici peu, tous les patients au stade de cirrhose ou de fibrose avancée auront été traités. Les autres devront progressivement en profiter. » Un rythme qui permettrait en effet de traiter et de guérir en 10 ans, sur la base de l’adage « 1 traitement, 1 guérison », les 150 000 personnes diagnostiquées en France.

 

Les rédacteurs des recommandations ont des liens d’intérêt, en revanche les Prs Olivier Chazouillières et Patrick Hillon qui les ont présidées n’en ont pas dans l’hépatite C.

 

REFERENCES :

  1. Une nouvelle prise en charge de l’hépatite C enfin possible. Conférence de presse organisée par l’AFEF le 29 mai 2015.

  2. HAS. La HAS définit la place des nouveaux traitements de l’hépatite C, juillet 2014.

  3. EASL. Recommendations on Treatment of Hepatitis C 2015 .

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....