Recrudescence de la coqueluche : le vaccin acellulaire en cause

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

27 mai 2015

Atlanta, Etats-Unis -- Selon une étude publiée dans la revue Pediatrics, l’efficacité du vaccin coqueluche acellulaire, qui est limitée à 2 à 4 ans, serait en cause dans la recrudescence des cas de coqueluche aux Etats-Unis [1]. L’analyse sérologique d’adolescents vaccinés montre que la protection vaccinale passe de 73,1 % pendant la première année, à 54,9 % pendant la deuxième année et à 34,2 % à 4 ans.  En 2012, une épidémie de coqueluche a concerné tous les Etats-Unis, avec 48 277 cas rapportés par le CDC.

Depuis 20 ans, aux Etats-Unis, le schéma vaccinal contre la coqueluche a été modifié plusieurs fois. Jusqu’en 1997, les enfants recevaient 5 doses de vaccin classique à cellules entières. Par la suite, ce sont des vaccins acellulaires qui ont été utilisés. Enfin, depuis 2005, six doses – dont un rappel à l’adolescence ou à l’âge adulte – d’un vaccin associant tétanos, diphtérie et coqueluche acellulaire sont désormais recommandées.

L’utilisation du vaccin acellulaire généralisée aux E-U

L’état de Washington avait été particulièrement touché par la coqueluche 2012 puisqu’à la fin juin, 2 550 cas avaient été rapportés, soit une augmentation de 1 300 % par rapport à l’année précédente. Et les adolescents vaccinés étaient particulièrement concernés par la maladie. En analysant les données épidémiologiques, le Dr Anna Acosta a noté que le taux le plus important d’infection était retrouvé chez les enfants qui avaient été vaccinés par une combinaison de vaccins cellulaire et acellulaire et chez ceux qui n’avaient bénéficié que d’une vaccination acellulaire.

L’étude des infectiologues du CDC a porté sur des patients nés entre 1993 et 2000, résidant dans 7 cantons de l’état de Washington (les plus concernés par l’épidémie) qui ont été infectés par B pertussis (450 adolescents). Ils les ont comparés avec des enfants témoins vaccinés selon les recommandations en vigueur aux Etats-Unis (1 246 contrôles).

Deux groupes d’enfants ont été individualisés selon leur année de vaccination :  la promotion 1993-97 qui a reçu les deux types de vaccins et celle de 1998-2000 qui a été vaccinée avec le vaccin acellulaire seulement.

Une efficacité qui baisse très rapidement

Seuls 75 % des enfants des deux groupes avaient reçu toutes les injections du schéma vaccinal.

80 % des enfants atteints et 90 % des témoins avaient reçu la vaccination de rappel à 11 ou 12 ans.

Globalement, l’équipe du Dr Acosta a estimé que l’efficacité du vaccin acellulaire était de 63,9 %  avec une décroissance très rapide de l’effet : 73,1 % pendant la première année, 54,9 % pendant la deuxième année et 34,2 % à 4 ans.

Chez les enfants qui avaient reçu les deux types de vaccins de façon combinée, l’efficacité vaccinale globale a été estimée à 51,5 %. Mais ce chiffre varie nettement entre les enfants selon le nombre d’injection de chaque type reçues.

Baisse d’efficacité dans le temps : 3 hypothèses
Les auteurs proposent différentes hypothèses pour expliquer cette baisse de l’immunité :
- la vaccination acellulaire pourrait stimuler imparfaitement l’immunité médiée par les cellules,
- le vaccin pourrait limiter les symptômes mais pas l’infection ni la transmission,
- des mutations du génome de B pertussis auraient pu survenir depuis la mise au point du vaccin. 

 

L’épidémie encore présente en 2014-2015

Depuis l’épidémie de 2012, des infections sont régulièrement rapportées sur le site de la Société Internationale des Maladies Infectieuses. Le CDC explique qu’en 2014, 28 660 cas ont été signalés dans le pays, soit une augmentation de 18 % par rapport à 2013.

En avril 2015, les états de l’Oregon, de la Pennsylvanie, de l’Utah et de Caroline du Nord étaient encore concernés, même si le nombre des cas avait légèrement diminué depuis 2012 (en Pennsylvanie 691 cas en 2014, contre 633 en 2013 et 1 945 en 2012).

En janvier 2015, le CDC d’Atlanta s’était alarmé sur l’absence de recours systématique à des arrêts maladie du personnel de santé en publiant une enquête épidémiologique sur les cas contact de soignants malades dans le Maryland au cours de l’été 2014.

Dans les 50 états, un rappel de vaccination contre la coqueluche est nécessaire au moment de l’inscription à la faculté, mais dans ce pays, cette vaccination peut être refusée pour des raisons religieuses (dans tous les états sauf la Virginie  occidentale et le Mississipi) et dans 20 états elle peut être refusée pour les raisons philosophiques, des objections personnelles ou morales.

Quid du recours au vaccin acellulaire en France ?
En France, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) propose depuis 2013 un calendrier de vaccinations simplifié utilisant exclusivement le vaccin coqueluche acellulaire combiné à d’autre valences (dTcaPolio :  diphtérie, tétanos, coqueluche acellulaire, polio).
La primo-vaccination comporte deux injections à deux mois d’intervalle (2 et 4 mois) suivies d’un rappel à 11 mois. Les rappels suivants ont lieu à 6 ans, puis entre 11 et 13 ans, et chez les adultes qui n’ont pas été vaccinés depuis 5 ans, à l’occasion du dernier rappel de vaccin diphtérie-tétanos-poliomyélite à l’âge de 25 ans.
La vaccination est également recommandée chez les adultes susceptibles de devenir parents dans les mois ou les années à venir (stratégie dite de cocooning). A l’occasion d’une grossesse, la vaccination est conseillée pour tous les membres de l’entourage familial : durant la grossesse pour le père et la fratrie, pour la mère en post-partum immédiat.
En 2014, le HSCP a émis un avis spécifique sur la vaccination des adultes contre la coqueluche : le rattrapage dTcaPolio peut être réalisé jusqu’à l’âge de 39 ans, les personnes en situation de cocooning doivent être revaccinées si leur dernier rappel date de plus de 10 ans, enfin, les professionnels de la santé et de la petite enfance doivent recevoir un dTcaPolio à 25, 45 et 65 ans.
Il faut dire que la France, comme les Etats-Unis, est concernée depuis 2012 par une résurgence de la coqueluche, en particulier chez les adultes. Ici aussi l’utilisation du vaccin acellulaire pourrait être en cause.

 

REFERENCE :

  1. Acosta A, DeBolt C, Tasslimi A et coll. "Tdap vaccine effectiveness in adolescents during the 2012 washington state pertussis epidemic" Pediatrics 2015; DOI: 10.1542/peds.2014-3358.

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