Epreuve effort : la capacité physique peut prédire le risque de FA

Adélaïde Robert-Géraudel

Auteurs et déclarations

25 mai 2015

Détroit, Etats-Unis – Meilleure est la condition physique d’un patient et plus faible est son risque de développer une fibrillation atriale (FA) et ce, d’autant qu’il est obèse. Pour chaque hausse d’un MET de la capacité cardiorespiratoire, le risque de développer une fibrillation atriale baisse de 7% chez des patients à risque.

C’est en tout cas l’observation de Waqas Qureshi (Henry Ford Hospital/Wayne State Universty, Detroit) et ses collègues à l’issue du projet FIT (Henry Ford Exercise Testing), dont les résultats sont publiés dans Circulation [1].

Capacité physique en MET
La plupart des appareils d'ECG d'effort donnent aujourd'hui la capacité physique en MET (metabolic equivalent task) = VO2max en mL/min/Kg divisé/3,5.
Une consommation maximale de 35 mL/min/kg équivaut à une capacité physique fonctionnelle de 10 MET.

L’étude a été menée chez 64 561 patients orientés vers un centre de soins pour une épreuve d’effort sur tapis roulant entre 1991 et 2009, sans signe de FA à l’inclusion.

Au bout d’un suivi médian de 5 ans et demi, 4 616 patients ont développé une FA.

Les patients ont été classés en cinq groupes suivant leur niveau de capacité physique (<6 METS, 6-9 METS, 10-11 METS et >11 METS). Dans le groupe de plus faible capacité physique figuraient plus souvent des femmes, des patients d’origine africaine, obèses, hypertendus, diabétiques ou dyslipidémiques…

L’incidence de FA à 5 ans dans ces groupes était respectivement de 18,8%, 9,5%, 5% et 3,7%.

Dans un modèle ajusté, toute hausse d’un équivalent métabolique MET de la capacité cardiorespiratoire était associée à une baisse du risque de FA de 7% (analyse non ajustée aux facteurs de risque). Le lien était statistiquement significatif (p<0,001) et ce, indépendamment du sexe, de l’origine ethnique ou d’autres facteurs de risque (hypertension, diabète, tabagisme).

Une interaction plus forte chez les patients obèses

L’interaction entre la capacité physique et le risque de FA était plus forte chez les patients obèses (p-interaction = 0,02) et chez les patients les plus âgés, deux sous-groupes de patients considérés comme à plus haut risque de FA.

Une observation limitée chez des sujets à risque

Cette observation conduit Advay Bhatt et Kevin Monahan (Boston University School of Medicine, Etats-Unis), à nuancer la portée des résultats dans un éditorial accompagnant l’article.

Ils soulignent ainsi que la population de cette étude est âgée en moyenne de 54 ans, avec une prévalence élevée de maladies cardiovasculaires et de facteurs de risque de FA et qu’elle a été orientée vers une épreuve d’effort du fait de symptômes cliniques.

Pour eux, le lien entre la capacité physique et le risque de FA est donc vrai dans ce type de population à risque mais n’est peut-être pas extrapolable à une population de risque faible à modéré.

Quoi qu’il en soit, pour les auteurs, la présence d’une interaction plus forte chez les obèses suggère que ce type de patients peut tirer tout particulièrement profit de stratégies améliorant leur capacité physique… pour autant que la capacité physique soit liée au risque de FA de manière causale.

Or, en réalité, l’étude ne permet pas d’affirmer qu’en améliorant la capacité cardiorespiratoire d’un patient, il soit possible d’influencer son risque de développer une FA, comme l’admettent les auteurs. Mais l’hypothèse mérite d’être testée.

Y a-t-il un risque à booster la capacité physique ?

Pour l’instant, les preuves d’un bénéfice d’une hausse de l’activité physique sont beaucoup plus minces dans la FA que pour d’autres pathologies comme les maladies coronaires ou l’insuffisance cardiaque congestive, soulignent les deux éditorialistes.

Ils rappellent en particulier que si un effet bénéfique d’une hausse de l’activité physique sur la FA a été montré dans quelques études observationnelles, de hauts niveaux d’endurance chez des marathoniens, cyclistes ou skieurs de fond ont été associés à un risque plus élevé de FA.

L’étude FIT ne confirme pas cet effet de seuil : il n’y a ni effet inverse ni effet de plateau pour les excellentes conditions physiques.

Mais Qureshi et al. n’excluent pas que cela puisse exister. Il peut très bien y avoir un biais de recrutement dans leur étude : il est peu probable que des athlètes de haut niveau aient été orientés pour le type d’épreuves d’effort à l’origine de l’inclusion dans la cohorte et donc qu’ils y soient représentés.

Il reste donc à apporter la preuve définitive de l’intérêt d’une hausse de l’activité physique sur la FA. Comme le soulignent dans l’éditorial les deux spécialistes « la capacité physique et l’activité physique sont deux marqueurs physiologiques différents ».

La récente étude ARREST-AF, qui a permis de montrer l’intérêt de modifier de manière agressive les facteurs de risque de FA chez les patients subissant une ablation, n’a pas non plus déterminé dans quelle mesure une hausse de l’activité physique ou de la capacité physique, en parallèle de la modification des facteurs de risque, pouvait moduler le traitement de la FA, soulignent-ils.

Advay Bhatt et Kevin Monahan invitent ainsi à la prudence : ils recommandent de ne pas intensifier l’exercice physique des patients atteints de FA tant que l’absence d’un effet de seuil et le bénéfice d’un entraînement physique après apparition d’une FA ne sont pas prouvés et que la meilleure façon d’améliorer la capacité physique dans des populations à risque n’est pas établie…

 

REFERENCES:

1. Qureshi WT, Alirhayim Z, Blaha MJ, et al. Cardiorespiratory fitness and risk of incident atrial fibrillation: results from the Henry Ford ExercIse Testing (FIT) Project. Circulation 2015; DOI:10.1161/CIRCULATIONAHA.114.014833. Abstract

2. Bhatt AG, Monahan KM. Fitness and development of atrial fibrillation. Circulation 2015; DOI:10.116/CIRCULATIONAHA.115.016596. Abstract

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